La Chine tremble, une menace pour l'économie européenne ? "L'Allemagne est la première à en souffrir"
La reprise économique chinoise est toujours compliquée et le pays est en situation de déflation. Mais la Chine fustige les commentaires occidentaux alarmistes à son encontre.

- Publié le 17-08-2023 à 08h02
- Mis à jour le 17-08-2023 à 10h21

Le soldat chinois a du mal à se relever. Après la bataille contre le Covid, la reprise est "tortueuse", pour reprendre les propos tenus par Wang Wenbin, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois. Et après quelques va-et-vient, difficile de nier les difficultés alors que le pays entre en déflation, un signe clair de marasme économique.
"La reprise économique chinoise va devoir affronter les vagues et connaîtra une avancée tortueuse, avec inévitablement des difficultés et des problèmes", a par ailleurs déclaré ce porte-parole lors d'un point presse, tout en affirmant que le pays n'a jamais reculé face aux problèmes et fustigeant les critiques occidentales, dont le commentaire de Joe Biden qui a qualifié le pays de "bombe à retardement".
"Un petit nombre de politiciens et de médias occidentaux exagèrent et montent en épingle les difficultés périodiques de la reprise économique post-épidémique en Chine. Au final, les faits leur donneront tort", a conclu le porte-parole.
Des colosses immobiliers fragiles
Pour l'économiste Eric Dor, il faut d'abord rappeler que la Chine est un "pays continent très hétérogène", donc qu'il faut rester prudent sur d'éventuelles conclusions hâtives. Néanmoins, le manque de clarté au niveau des statistiques, les problèmes immobiliers dont la situation critique du promoteur Country Garden qui rappelle le désastre d'Evergrande et même la crise des subprimes sont des signaux à ne pas prendre à la légère. Country Garden a d'ailleurs reconnu que "à l'heure actuelle, il existe des incertitudes considérables quant au remboursement des obligations". Ce qui n'a pas manqué d'inquiéter les investisseurs. "Les colosses immobiliers ont laissé des villes fantômes, des gens se retrouvent sans rien, alors qu'ils ont payé leur projet immobilier, et ils ont peur de la répression policière", poursuit Éric Dor.
"Enfin, dans un régime semi-didactorial, on sait que lors de marasme économique, on a tendance à trouver des ennemis extérieurs pour mobiliser le peuple."
"De plus, la Chine mise sur la reprise de la demande interne pour pallier les manques au niveau de la demande externe et des exportations. Mais rappelons qu'avec l'absence de sécurité sociale ou de retraite, dans la situation actuelle, les gens épargnent beaucoup et cela pèse sur la demande. Et il y a toujours ce problème de vieillissement de la population. La croissance continue de ralentir. Elle reste plus élevée qu'en Europe, ce qui est normal puisque c'est un pays toujours considéré comme émergent, mais la déflation pose problème. La dette va peser encore plus lourd", ajoute-t-il..
Notons également que de nombreux chinois se tournent vers l'économie collaborative et les quelque 300 applications de transport avec chauffeur qui existent désormais dans le pays. Un signal positif ? Pas sûr, car cette ruée sur les applications serait due au chômage grandissant.
"L'Allemagne va mal et subit le plus"
Pour l'économiste, le principal inconvénient pour l'Europe se situe au niveau des exportations. "L'Allemagne, qui était le moteur économique mais qui va mal en ce moment, subit la situation du ralentissement chinois. C'est la première à en souffrir. Elle qui a déjà du mal car son industrie automobile est moins compétitive que celle en Chine et l'adaptation à l'électrique est plus difficile", souligne-t-il.
L'avantage, relativement fragile, serait qu'un ralentissement chinois pourrait freiner la hausse des prix de l'énergie, en particulier cet hiver, si la demande chinoise reste affaiblie. "Il pourrait y avoir un léger effet d'aubaine. D'autant plus que l'Arabie saoudite et la Russie ont trouvé un accord pour réduire leur production de pétrole et tirer les prix à la hausse. Le retrait de la Russie de l'accord sur les céréales est également un facteur d'inflation. Donc cela peut atténuer un facteur d'inflation", ajoute-t-il. Mais ce serait cher payé pour les entreprises et pays exportateurs européens…
"Enfin, dans un régime semi-dictatorial, on sait que lors de marasme économique, on a tendance à trouver des ennemis extérieurs pour mobiliser le peuple. Taiwan pourrait en payer les frais", termine-t-il.