Cher, le nucléaire pourra-t-il s'imposer face à "ses vrais concurrents" ?
Libre Eco week-end | Retour en force du nucléaire ? La filière nucléaire fait cependant face à de sérieux concurrents, comme les centrales à hydrogène.
- Publié le 09-09-2023 à 14h55

"Les coûts élevés du nucléaire sont probablement le principal obstacle à sa renaissance, écrit le consultant Woodmac, dans une étude publiée en mai 2023. Selon nos estimations, l'énergie nucléaire coûte, au minimum, quatre fois plus cher que l'énergie éolienne et photovoltaïque."
Néanmoins, le consultant britannique insiste sur le fait que les centrales nucléaires, contrairement aux éoliennes et aux panneaux photovoltaïques, peuvent produire de l'électricité 24 heures sur 24, même s'il n'y a pas de vent et pas de soleil. Selon lui, il ne faut donc pas comparer les coûts élevés du nucléaire avec ceux de l'éolien et du photovoltaïque.
D'après Woodmac, les vrais concurrents du nucléaire sont la géothermie, les centrales à hydrogène (bleu et vert), les centrales à gaz accompagnées d'un dispositif de stockage du CO2 et les systèmes de stockage à long terme de l'électricité. Toutes ces technologies sont capables de fournir une électricité décarbonée même s'il n'y a pas de vent et de soleil. Et pour s'imposer face à elles, le nucléaire devra baisser ses coûts, estime Woodmac. "À l'heure actuelle, le nucléaire n'est qu'une technologie parmi d'autres fournissant une énergie décarbonée de façon non intermittente", insiste le consultant. Selon lui, il sera nécessaire de soutenir la filière nucléaire pour l'aider à se développer. À la fois en lui octroyant des subsides, mais aussi en harmonisant les règles internationales de sûreté et en facilitant l'octroi de permis.
Le nucléaire trop lent à se déployer ?
De son côté, Matt Robinson, Head of Strategic Services chez le consultant américain PSC, estime que les concurrents du nucléaire devraient se déployer nettement plus rapidement que lui, à l'horizon 2035-2040. En effet, vu l'urgence de réduire nos émissions de CO₂, les technologies rapides à déployer ont un sérieux avantage, estime-t-il. "La vitesse de déploiement des technologies bas carbone est un facteur crucial à prendre en compte", appuie Matt Robinson. Selon lui, cette obligation d'aller vite pourrait favoriser les centrales à hydrogène, plus rapides à installer que de nouvelles centrales nucléaires. "Des turbines, compatibles à la fois avec le gaz et l'hydrogène, sont déjà déployées en ce moment sur le marché, avance Matt Robinson. Et on prévoit que ces turbines fonctionneront uniquement à l'hydrogène d'ici 2030." Néanmoins, à plus long terme (d'ici 2050), le consultant estime que le nucléaire pourrait avoir un rôle plus important à jouer. Notamment pour décarboner les derniers 20 % de la production d'électricité.
Ugo Salerno, CEO de la société italienne d'ingénierie RINA, est plus positif vis-à-vis du nucléaire. "L'énergie nucléaire sera une pierre angulaire de notre bouquet énergétique, explique-t-il. Si les technologies alternatives sont très prometteuses, le rôle de l'énergie nucléaire restera essentiel." Il précise, par exemple, qu'une centrale à gaz accompagnée d'un dispositif de stockage du CO₂ a un impact environnemental plus important qu'une centrale nucléaire.
Enfin, Damien Ernst, professeur à l'ULiège, pense que plusieurs technologies précitées sont une vraie menace pour le nucléaire. "On va assister au développement de hubs énergétiques dans le monde, où les coûts de production de l'électricité seront très bas, explique-t-il. Je pense à des endroits très ensoleillés ou très venteux où les éoliennes et les panneaux photovoltaïques pourront produire de l'électricité renouvelable à très bas coûts." Avec cette électricité bon marché, il serait possible de produire de l'hydrogène vert à un prix compétitif, selon Damien Ernst. D'après lui, il serait aussi possible de combiner cet hydrogène vert avec du carbone capté dans l'air, pour produire du méthane synthétique relativement bon marché.
Or, selon Damien Ernst, les centrales fonctionnant au méthane synthétique ou à l'hydrogène sont un concurrent sérieux pour le nucléaire. Bref, la compétition sera rude.
Notons que la grande majorité des experts consultés estime que l'éolien et le photovoltaïque se tailleront la part du lion de la croissance verte. C'est derrière ces deux technologies que la bataille fera rage.
Enfin, soulignons que construire de nouvelles centrales nucléaires est devenu vital pour la filière nucléaire. Selon Woodmac, environ 75 % du parc actuel a été installé entre 1970 et 1990.
