Une trentaine de leaders mondiaux affirment que le nucléaire fera "partie de la solution"
L'industrie nucléaire réclame de pouvoir accéder aux financements des grandes institutions internationales, comme la Banque européenne d'investissement et la Banque mondiale.
- Publié le 21-03-2024 à 19h39
- Mis à jour le 21-03-2024 à 20h25

Une trentaine de pays ont participé au premier sommet sur l'énergie nucléaire, organisé ce jeudi à Bruxelles. Cette réunion est intervenue alors qu'une vingtaine de pays avaient déjà affirmé, lors de la Cop 28 de Dubaï, qu'ils ambitionnaient de tripler la capacité nucléaire installée d'ici 2050 (par rapport à 2020).
Au cours du sommet de ce jeudi, le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a réaffirmé que l'énergie nucléaire faisait partie des solutions pour atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Mais, interrogé sur la possibilité de construire des nouvelles centrales nucléaires en Belgique, le libéral flamand a répondu que cette option n'était pas sur la table en ce moment. M. De Croo a évoqué la possibilité de construire des petits réacteurs modulaires (ou SMR) sur notre territoire d'ici dix "ou plutôt vingt ans". Le Premier ministre a estimé qu'il n'était donc pas nécessaire de modifier, dès aujourd'hui, la loi de 2003 sur la sortie du nucléaire.
Par ailleurs, Alexander De Croo a mis en avant le fait que son gouvernement avait prolongé de dix ans la durée de vie de Doel 4 et Tihange 3, taclant au passage les pays qui ont décidé de ne pas prolonger leurs propres réacteurs nucléaires. Une pique que l'on imagine adressée à l'Allemagne, qui a décidé de fermer ses derniers réacteurs. Notons que le Premier ministre a réitéré son souhait que Doel 4 et Tihange 3 soient prolongés de vingt ans, au lieu de la prolongation de dix ans décidée par la Vivaldi.
La Chine était présente
Parmi les pays représentés au sommet nucléaire, il y avait l'Argentine, l'Azerbaïdjan, le Bangladesh, le Brésil, la Bulgarie, le Canada, la Chine, l'Égypte, l'Inde, l'Italie, le Japon, le Kazakhstan, le Pakistan, les Philippines, la Corée du Sud, l'Arabie saoudite, l'Afrique du Sud, la Turquie, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni et les États-Unis. Contrairement à la déclaration de la Cop 28 sur le triplement des capacités nucléaires d'ici 2050, la Chine était donc impliquée. Mais pas la Russie, le plus gros exportateur de réacteurs nucléaires dans le monde.
La déclaration finale du sommet indique que les participants s'engagent à "débloquer le potentiel de l'énergie nucléaire". Les pays signataires ont notamment insisté sur la question du financement des projets de prolongation et de construction de nouveaux réacteurs nucléaires.
En effet, pour plusieurs raisons, les projets de construction de nouvelles centrales nucléaires sont compliqués à financer. Étant donné la durée très longue des chantiers, il y a un laps de temps énorme entre le moment où l'argent est investi et le moment où la centrale commence à rapporter de l'argent. En outre, les dépassements de budgets et de délais, qui ont caractérisé les derniers projets de nouvelles centrales nucléaires, ont effrayé les investisseurs privés.
Appel aux institutions internationales
Les pays intéressés par le nucléaire réclament donc de pouvoir accéder aux financements d'institutions internationales, telles que la Banque mondiale et la Banque européenne d'investissement (BEI). Selon le Financial Times, la Banque mondiale n'a plus soutenu de projet nucléaire depuis 1959, en raison de l'opposition de Berlin et de l'inquiétude de certains de ses actionnaires par rapport au risque de prolifération nucléaire. Toujours selon le FT, la BEI, quant à elle, n'a plus soutenu de projet nucléaire depuis 1987, en partie à cause de l'opposition de l'Allemagne.
Le communiqué final du sommet invite donc les institutions financières internationales à renforcer leur soutien financier aux projets nucléaires. Néanmoins, il ne sera pas simple d'obtenir ces investissements en faveur du nucléaire. Comme l'a expliqué Teva Meyer, titulaire du programme NucTerritory à Université de Haute-Alsace, à nos confrères de La Tribune, les décisions de la BEI se prennent à l'unanimité. L'Allemagne, ou d'autres pays anti-nucléaires, peut donc facilement bloquer un financement. Et, au sein de la Banque mondiale, il y a relativement peu de pays impliqués dans le nucléaire civil. Toute ouverture à l'énergie nucléaire risque donc de diminuer les financements disponibles pour les autres projets, explique, en substance, Teva Meyer.
Par ailleurs, les pays signataires estiment que des investissements publics directs dans les projets nucléaires doivent être envisagés. C'est ce qui a été fait chez nous pour la prolongation de Doel 4 et Tihange 3.
Les signataires se sont aussi engagés à soutenir tous les pays, en particulier les pays nucléaires émergents, dans leurs efforts d'ajouter des capacités nucléaires à leur mix électrique.
Notons que l'effort à réaliser est colossal. Pour atteindre l'objectif de tripler la capacité nucléaire installée d'ici 2050, il faudra installer 27 GW de nouvelles capacités nucléaires chaque année pendant 27 ans. Or, ces cinq dernières années, la capacité du parc nucléaire mondial n'a quasiment pas augmenté. En effet, le dynamisme que l'on constate en Chine a à peine compensé les fermetures de réacteurs ailleurs dans le monde.
