"Plus de 85 % des panneaux photovoltaïques sont fabriqués par la Chine, c'est un problème"
Fatih Birol, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, met en garde contre la dépendance vis-à-vis d'un seul fournisseur.
- Publié le 16-04-2024 à 17h00
- Mis à jour le 17-04-2024 à 09h35

Fatih Birol est directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), l'une des institutions internationales les plus influentes au niveau énergétique. Le Turc était de passage au Collègue d'Europe à Bruges, ce mardi, pour évoquer la crise énergétique qui a secoué le Vieux Continent.
Selon le directeur de l'AIE, l'Europe a commis trois erreurs stratégiques sur le plan énergétique : sa dépendance au gaz et au pétrole russes ; sa dépendance aux panneaux photovoltaïques chinois ; et le déclin du nucléaire dans la production d'électricité.
"Avant la guerre en Ukraine, 75 % des importations de gaz et 65 % des importations de pétrole venaient de Russie, a-t-il déclaré. On ne fait pas ça, même avec le pays le plus innocent du monde. Dès 2004, l'AIE avait critiqué l'Allemagne à propos de sa dépendance à Gazprom".
Abandon du photovoltaïque
En outre, le directeur de l'AIE a déploré le fait que l'Europe avait abandonné la production de panneaux photovoltaïques, au profit de la Chine. "Il y a 25 ans, c'est l'Europe qui a commencé l'aventure de l'énergie photovoltaïque, nous étions les leaders, a-t-il déclaré. Aujourd'hui, au niveau mondial, plus de 85 % des panneaux photovoltaïques sont fabriqués par la Chine, ce qui est un problème".
Fatih Birol a ajouté, qu'il y a 20 ans, le nucléaire représentait 30 % de la production d'électricité en Europe. "C'est une technologie dans laquelle l'Europe était un leader, a-t-il déclaré. Depuis lors, la part du nucléaire dans la production d'électricité a baissé significativement".
En dépit de ce qu'il juge être trois erreurs historiques, le Turc estime que l'Europe a bien géré la crise énergétique, déclenchée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie. "On ne doit pas sous-estimer ce qui a été accompli en deux ans par la Commission européenne, a-t-il estimé. L'Europe n'a pas gelé et elle n'a pas basculé dans la récession économique".
Ceci dit, le directeur de l'AIE est inquiet quant à la perte de compétitivité de l'industrie européenne, face notamment à ses concurrents américains et chinois. Ainsi, la perte du gaz russe "bon marché et abondant" a augmenté les prix de l'énergie en Europe. Résultat, l'industrie européenne paierait son énergie "trois à quatre fois plus cher" que ses concurrents. Selon Fatih Birol, les secteurs automobile, de la pétrochimie, du ciment, de l'aluminium seraient les plus menacés par un risque de délocalisation, particulièrement aux États-Unis.
Selon le directeur de l'AIE, le Net Zero Industry Act, le volet industriel du Pacte vert, est insuffisant face aux politiques industrielles mises en place en Chine et aux États-Unis. Et de citer l'Inflation Reduction Act (IRA) américain, qui a mis 370 milliards de dollars d'argent public sur la table pour produire, sur le sol américain, les biens nécessaires à la transition énergétique. Quant à la Chine, elle s'arroge une part de marché de… 75 % de la production de ces équipements de transition énergétique à l'échelle mondiale. Cela comprend les véhicules électriques, les panneaux photovoltaïques, les pompes à chaleur, les électrolyseurs… La tâche principale de la prochaine Commission européenne sera donc, selon Fatih Birol, la mise sur pied d'un "masterplan" pour sauvegarder la compétitivité industrielle de l'UE.
L'Europe a assez de capitaux privés
Par ailleurs, le directeur de l'AIE estime que l'Europe dispose de suffisamment de capital privé pour financer la transition énergétique. "Mais il faut mettre les bonnes politiques en place pour attirer ce capital", estime-t-il, d'où le regain de vigueur des discussions, au niveau européen, sur l'union des marchés des capitaux.
Sur le plan de la vitesse de la transition énergétique, le Turc a tenu à sortir des chiffres positifs. Ainsi, une voiture sur cinq vendues en 2023 était électrique, contre une sur vingt-cinq il y a trois ans. Quant aux investissements dans les nouvelles capacités de production d'électricité, 85 % étaient du renouvelable en 2023. "On va dans la bonne direction mais pas assez vite", a résumé le directeur de l'AIE.
