Agroécologie : la Wallonie doit faire bien plus pour soutenir l'évolution du modèle agricole
La Région est en faveur de la transition agri-environnementale, mais y consacre trop peu d'argent.

- Publié le 15-05-2024 à 18h58

La volonté politique est bien présente. Voilà exactement deux ans, la ministre wallonne de l'Environnement, Céline Tellier (Écolo), précisait le plan d'action du gouvernement wallon en faveur de la transition agri-environnementale. Huit actions complémentaires avaient alors été exposées. Elles sont appelées à épauler "les nombreux agriculteurs qui testent et mettent en place des pratiques agroécologiques, répondant à la nécessité de produire tout en prenant soin de la terre et de celui qui la cultive".
Mais c'est quoi, précisément, l'agroécologie ? Avant tout, ce n'est pas du bio, même si les deux peuvent aller de pair. "Le bio répond à une réglementation stricte définie au niveau européen et à une certification des producteurs et de leurs produits", rappelait la ministre Tellier en réponse à une question écrite de juillet 2022 posée par le député Nicolas Janssen (MR).
Bonnes pratiques
L'agroécologie, c'est plutôt un ensemble de bonnes pratiques, qu'elles soient environnementales, sociales ou encore économiques. "Au niveau environnemental, il s'agit de minimiser, voire supprimer, le recours aux ressources sensibles (engrais de synthèse, pesticides, énergie, aliments importés…), de préserver la biodiversité, améliorer la qualité des sols, de lutter contre le changement climatique tout en s'y adaptant", poursuivait la ministre Ecolo, qui n'est pas esseulée dans son approche au sein du gouvernement wallon.
Au contraire, même : si ce plan est dû à l'initiative de la ministre Tellier, ses collègues Willy Borsus, ministre de l'Agriculture (MR), et Philippe Henry, ministre du Climat (Ecolo), avaient collaboré. De quoi se dire que l'agroécologie allait réaliser une jolie moisson de coups de pouce.
Ce n'est, dans les faits, pas vraiment le cas. Au-delà des divers plans et autres discours, l'agroécologie reçoit une portion congrue des financements, de l'ordre de 10 % de l'enveloppe totale destinée aux systèmes alimentaires entre 2019 et 2024.
"Le compte n'y est pas", tranche une étude menée par Sytra, l'équipe de recherche qui s'intéresse aux systèmes agricoles et alimentaires à l'UCLouvain à la demande d'un collectif d'organisations au sein duquel on retrouve les acteurs de l'agroécologie (Mouvement d'action paysanne, Union nationale des agrobiologistes belges), mais aussi des organisations comme Greenpeace, Oxfam, Humundi (ex-SOS Faim) ou encore Canopea (Fédération des associations environnementales belges).
Le collectif, s'appuyant sur cette étude, a logiquement plusieurs requêtes. La première est de joindre le geste à la parole : arriver, au minimum, à un niveau de 25 % des fonds pour soutenir l'agroécologie d'ici la fin de la prochaine législature (2029). Deuxièmement, que le ministère de l'Agriculture soit plus présent dans ce processus et plus généreux : 8 % de son budget est consacré à l'agroécologie, contre 41 % pour le ministère de l'Environnement. "Cela demande d'impliquer de manière plus importante le ministère de l'Agriculture et ses financements dans la transformation agroécologique des systèmes alimentaires."
La Pac (Politique agricole commune) est d'ailleurs épinglée pour avoir "des ambitions de transformation de l'agriculture et de l'alimentation beaucoup trop faibles par rapport aux enjeux sociaux et environnementaux du secteur".
Le social, justement, qui est le parent pauvre du financement de l'agroécologie. Et le collectif de plaider en faveur de l'adoption de "mesures réglementaires et ou financières qui améliorent les revenus et les conditions de travail des agriculteurs, les couvrent contre les risques liés à la transition et les rémunèrent pour les services environnementaux rendus".