Pierre Wunsch (BNB) : "Il faudrait encourager une électrification du chauffage"
Le gouverneur de la Banque nationale a une vision très pragmatique et même parfois critique en matière des politiques à suivre pour assurer la transition climatique.

- Publié le 21-10-2024 à 18h26
- Mis à jour le 21-10-2024 à 18h46

Le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch, ne manie pas la langue de bois quand il aborde le sujet qui lui tient à cœur de la transition vers la neutralité d'ici 2050. Il l'a encore prouvé ce lundi à l'occasion d'une rencontre avec la presse où il a eu l'occasion de rappeler ses idées, également défendues dans un chapitre qu'il a écrit dans un ouvrage scientifique cosigné par plusieurs économistes de renom – dont le médiatique Jean Pisani-Ferry (1).
Son message est pragmatique, parfois critique mais non moins confiant sur le but à atteindre : "en regardant le coût de diverses technologies de décarbonation, les effets économiques de la transition devraient être gérables. Le soutien public et politique à la transition ne doit cependant pas être tenu pour acquis. Nous avons besoin d'une transition rentable vers la neutralité climatique".
À l'entendre, certaines mesures qui visent le carbone zéro sont inappropriées. Exemple : "Quand les Allemands disent qu'il faut supprimer le chauffage à gaz dans un délai de deux ans, ça ne va pas", lance-t-il. Pour lui, "il faut commencer par cibler la décarbonisation sur un public qui peut le payer". Tout comme il faut s'interroger sur les technologies les plus chères. Exemple la captation de CO2 qui coûte entre 200 et 700 dollars la tonne.
Face à cette nécessité d'agir pour le climat "qui est unanimement acceptée", il fait le constat que "la décarbonation des maisons sera la plus facile "à réaliser comparativement au transport ou certaines industries. Mais, de nouveau son approche se veut pragmatique. Plutôt que de fixer des normes coûteuses au niveau de l'isolation, le gouverneur suggère de tenir compte des émissions de gaz à effet de serre de l'habitation. Ainsi une petite habitation mal isolée qui n'émet toutefois pas beaucoup de CO2 ne serait pas exagérément pénalisée au niveau du certificat PEB..
Parmi les "objectifs" à poursuivre, il cite "l'électrification du chauffage, et donc la technologie des pompes à chaleur "qu'il faudrait rendre compétitive", alors qu'elle est pénalisée par des prix de l'électricité élevés et bien supérieurs à ceux du gaz. "Le gouvernement devrait créer les conditions pour qu'elles soient plus rentables". Et de fustiger une fiscalité sur l'électricité pour le moins dissuasive. "Si quelqu'un rénove tout avec l'électrique (NdlR produite à partir de l'énergie verte), pour moi c'est vert", dit-il, tout en apportant la nuance que "cela ne peut pas marcher si on pense qu'il n'y aura pas assez d'électricité". Ce qui n'est pas le scénario auquel il croit. Lui se repose sur des hypothèses où le coût moyen de production du renouvelable pourrait descendre au-dessous de 50 euros/Mwh quand on aura "verdurisé le parc électrique", vers 2050.
"L'agenda où il faut vivre plus modestement, dans des plus petits logements, où il faut prendre moins d'avions, où il faut vouloir gérer la pénurie, je ne crois pas que cela peut marcher."
Mauvaise communication
Il tire aussi la sonnette d'alarme sur la communication qui entoure les politiques climatiques avec pour effet de refroidir une grande partie de la population. Il pense que "négliger les secteurs et les ménages les plus durement touchés pourrait saper la volonté politique de soutenir l'action climatique et entraîner des retards injustifiés. L'agenda où il faut vivre plus modestement, dans des plus petits logements, où il faut prendre moins d'avions, où il faut vouloir gérer la pénurie, je ne crois pas que cela peut marcher. Ce type de narratif ne passe pas". Plutôt que de proscrire le transport en avion, il prône la solution de rendre celui-ci plus cher (de 25 %, par exemple). Dans le même ordre d'idées, il n'a aucun problème avec celui qui veut "rouler dans une veille Porsche" pour autant qu'il achète en contrepartie des permis d'émission CO2.
Pierre Wunsch pointe aussi du doigt le "désaccord" sur un prix carbone (le prix carbone prend en compte les coûts cachés des émissions CO2 dans les prix de marché, NdlR) "qui serait réaliste dans le cadre d'une décarbonation totale". Ce désaccord est "un des facteurs à l'origine de l'incertitude économique planant sur la transition".
(1) The Green Frontier : Assessing the Economic Implications of Climate Action