Un nouveau millionnaire belge en cryptomonnaies : "Je ne suis pas fan de Trump mais il m'a fait gagner 600 000 euros en quelques jours"
Le bitcoin a battu un nouveau record, mercredi, en passant la barre des 90 000 dollars. De quoi faire la fortune d'un jeune Bruxellois qui a investi depuis le début dans cette devise numérique. Mais entre piratages, arnaques et incertitudes fiscales, le parcours de l'investisseur est loin d'être un long fleuve tranquille.

- Publié le 14-11-2024 à 08h10
- Mis à jour le 15-11-2024 à 10h12

Il y a certains conseils d'ami qu'on ne regrette pas d'avoir suivis. Lorsque, fin 2012, un copain de Christian (nom d'emprunt) lui parle d'une nouvelle monnaie qui fait son trou sur le (dark) web, il l'écoute attentivement. "À la base, cette devise numérique ne valait quasi rien, mais chaque fois que mon ami en rachetait, elle prenait de plus en plus de valeur", explique le Bruxellois. Cette cryptomonnaie, c'est le bitcoin. Christian est d'emblée intrigué par ce qui apparaîtra être l'un des plus grands phénomènes financiers de ce siècle. "Ce qui m'a plu, dès le départ, c'était le côté idéaliste du bitcoin : un système qui permet d'échanger de la valeur avec n'importe qui à travers le monde sans passer par le système bancaire. On avait encore tous en tête la grave crise de 2008, avec le rôle contesté des banques. Il y avait un côté underground, antisystème que je trouvais très intéressant dans cette cryptomonnaie".
Il y a près de douze ans, l'informaticien achète plusieurs bitcoins "entre 20 et 30 dollars" chacun. La vertigineuse ascension commence. Fin 2013, le bitcoin atteint déjà 1 000 dollars. Mercredi, il a dépassé la barre des 90 000 dollars, un nouveau record. Le dernier bond spectaculaire a eu lieu juste après l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Il y a une semaine, le cours de la cryptomonnaie était ainsi encore à moins de 70 000 dollars. Mais les promesses de mesures très favorables aux devises numériques ont fait exploser le bitcoin. Christian a fait ses comptes. "Je ne suis pas fan de Trump mais il m'a fait gagner près de 600 000 euros en quelques jours", sourit-il.
À la base, je pense que Donald Trump ne connaît pas grand-chose aux cryptos. Il avait d'ailleurs dit que le bitcoin était une arnaque, il y a quelques années".
Le jeune quadragénaire est un bien trop fin connaisseur du secteur pour attribuer cette folle envolée à la seule élection de Trump au Bureau ovale. "D'autres critères jouent. Il y a tout d'abord toujours un cycle naturel de quatre ans du bitcoin. On constate très souvent une hausse six mois après le halving (moment où l'offre de nouveaux bitcoins est réduite de moitié, NdlR). Or ce dernier a eu lieu en avril. Mais je pense que la décision la plus importante a eu lieu en début d'année, lorsque des géants financiers, comme BlackRock, ont intégré le bitcoin dans leurs investissements". Selon notre interlocuteur, Trump a senti "le vent tourner" en la matière. "À la base, je pense qu'il ne connaît pas grand-chose aux cryptos. Il avait d'ailleurs dit que le bitcoin était une arnaque, il y a quelques années. Mais il a compris que beaucoup d'Américains voteraient avec leur portefeuille. Or les cryptomonnaies sont très répandues aux États-Unis et Trump a été chercher des voix, peut-être décisives, au sein de cet électorat. À mon sens, les Démocrates ont commis une lourde erreur en étant peu clairs sur le sujet".
"J'ai eu jusqu'à 250 bitcoins. Aujourd'hui, j'en ai une trentaine, ainsi que d'autres devises numériques".
Mais que va réellement faire Donald Trump ? "Personne ne le sait. C'est quelqu'un d'imprévisible. Mais le message compte parfois plus que le reste. Dans les cryptos, on dit 'Buy the rumours, sell the news'. Il faut acheter un actif quand il y a des rumeurs positives et le vendre une fois qu'elles sont confirmées". Depuis plus de dix ans, Christian en a vu des rumeurs passer sur les cryptos. Victime à plusieurs reprises de piratages ou d'arnaques, il a connu des moments de désillusion et de stress, mais aussi de grande joie et de découverte. "C'est un univers passionnant que je suis de très près. J'écoute les conseils de spécialistes sur les réseaux sociaux, tout en restant très critique car leurs avis sont parfois biaisés : ce sont souvent des gens très favorables aux cryptomonnaies. Il faut faire le tri". Au final, le Bruxellois a eu le nez fin : il est devenu millionnaire grâce aux cryptos. "J'ai eu jusqu'à 250 bitcoins. Aujourd'hui, j'en ai une trentaine, ainsi que d'autres devises numériques".
À l'époque, les plateformes étaient beaucoup moins sécurisées qu'aujourd'hui. C'était le Far West complet !"
Il y a dix ans, le jeune papa a toutefois cru tout perdre. "À l'époque, il n'y avait quasiment qu'une plateforme, du nom de Mt. Gox, pour acheter et échanger des bitcoins. Or, en février 2014, cette plateforme japonaise, rachetée par le Français Mark Karpelès, a été victime de différents piratages informatiques et a fait faillite dans la foulée. J'avais 212 bitcoins sur cette plateforme et, du jour au lendemain, ils ont tous disparu". Fort heureusement, Christian a gardé quelques bitcoins placés dans des wallets, des portefeuilles numériques.
L'informaticien achète d'autres cryptos et se lance dans le" minage", à savoir la création de devises numériques et la validation de transaction. Des tâches qui sont récompensées par l'octroi de nouvelles cryptos. "Il suffisait d'acheter des cartes graphiques d'ordinateurs et de les laisser tourner. On en avait installé une vingtaine dans les caves de nos bureaux. Cela nous coûtait en électricité et cela faisait beaucoup de bruit. Mais, d'un autre côté, cela chauffait aussi nos locaux", sourit-il. À l'époque, il n'y avait pas beaucoup de mineurs, et on recevait pas mal de cryptomonnaies en échange. Maintenant, on ne recevrait plus rien."
Tout ce processus de sécurité amène pas mal de stress, beaucoup plus que si j'avais cet argent sur un compte bancaire".
Christian connaît des hauts et des bas, se fait arnaquer plusieurs fois, notamment "par des Russes et des Bulgares". Parfois, il est victime de piratages et certaines de ses cryptos disparaissent subitement, sans qu'il ne puisse rien faire. "À l'époque, les plateformes étaient beaucoup moins sécurisées qu'aujourd'hui. C'était le Far West complet !" Les cryptos de notre passionné se trouvent soit sur des portefeuilles numériques, qui peuvent être physiques (ledgers), ou sur des plateformes. La sécurité est un enjeu clé, le risque de piratage existe toujours. "Pour avoir accès à votre portefeuille numérique, vous recevez un code de 12 à 16 mots aléatoires. Il faut bien le noter sur un papier qu'il ne faut surtout jamais perdre ou se faire voler. Tout ce processus amène pas mal de stress, beaucoup plus que si j'avais cet argent sur un compte bancaire".
J'imagine que ma banque va me poser des questions sur l'origine de ce montant".
Certains cas d'oubli ou de perte de ces mots de passe ont fait le tour du monde : de potentiels millionnaires ne l'ont pas été par simple maladresse ou oubli. Selon la société spécialisée Chainalysis, environ 20 % des bitcoins existants se trouveraient dans des portefeuilles perdus ou bloqués. Ce qui représente plusieurs centaines de milliards de dollars. On dénombre aussi des agressions, des cas de vol de personnes qui ont fait fortune avec les cryptos. "Moi j'essaie de ne pas trop m'exposer, souffle Christian. Je fais très attention. Je vais aussi acheter un coffre-fort cette semaine". Car la vie du quadragénaire a de nouveau basculé il y a quelques mois. Suite à une procédure collective lancée il y a dix ans, Christian vient de récupérer une partie de ses bitcoins placés sur la plateforme Mt. Gox.
Pour la première fois, l'informaticien a aussi vendu plusieurs bitcoins, à savoir 10. Là aussi, le flair a joué : Christian a vendu ses cryptomonnaies à 88 000 l'unité, soit quasiment au moment où la devise numérique atteignait son record historique. Le jeune homme rentre dans l'inconnu et il a d'ailleurs engagé un avocat fiscaliste pour le conseiller. "J'ai déjà rapatrié 5 000 ou 6 000 euros de cryptomonnaies sur mon compte bancaire mais jamais une telle somme d'argent. J'imagine que ma banque va me poser des questions sur l'origine de ce montant".
Taxé de 0 à 50 % : la grande inconnue de la fiscalité
Et puis, il y a la grande inconnue de la fiscalité. "Il y a trois options : être considéré comme un bon père de famille et ne rien payer, être considéré comme spéculateur avec une taxation de 33 % et, enfin, comme un trader professionnel avec une taxation de 50 %. Le problème en Belgique est qu'il n'y a aucun critère objectif qui te place dans l'une ou l'autre catégorie. C'est le flou total. Je connais beaucoup de gens qui préfèrent garder leurs cryptos plutôt que de les vendre à cause de cette incertitude". Les devises numériques font partie du quotidien de cet ancien étudiant de l'UCL. "J'ai une carte Visa que je recharge avec des devises numériques qui sont "transformées" en euro. Cela me permet de faire mes courses de tous les jours."
Tant qu'il y aura Internet, il y aura des cryptomonnaies".
Quoi qu'il arrive, notre interlocuteur continuera à investir dans les cryptomonnaies. "Les États ont compris qu'ils ne pouvaient pas faire grand-chose pour les arrêter. Tant qu'il y aura Internet, il y aura des cryptomonnaies. Pour l'instant, il y a une grosse attention sur le bitcoin. C'est un peu devenu l'or numérique et tout le monde se rue dessus, notamment parce qu'il va devenir de plus en plus rare. Mais il n'est certainement pas trop tard pour investir dans cette devise que je vois encore progresser jusqu'à 120 000 dollars facilement". Pour Christian, il existe aussi d'autres grandes cryptomonnaies, "comme l'Ethereum, par exemple". "Il y a également des destins assez incroyables, comme celles de ces devises numériques parodiques, les Memecoins, qui étaient, à la base, une blague, ne valent rien intrinsèquement et qui sont aujourd'hui capitalisées à plus de 55 milliards de dollars".
Le rôle de l'homme le plus riche de la planète, Elon Musk, a joué sur l'attrait de ce type de cryptos. "À une époque, chaque fois qu'il tweetait sur le Dogecoin, la principale Memecoin, le cours s'envolait". Christian le rappelle : ces investissements restent à risque et il y a aussi beaucoup de fausses promesses dans les devises numériques. "Si j'ai un conseil à donner, c'est de ne jamais investir plus que ce que l'on est prêt à perdre. Personnellement, je n'ai plus investi un euro dans les cryptos depuis 2017. Je ne rachète des devises que suite aux ventes d'autres". Conseil d'un nouveau millionnaire.
