L'IEEPA, la bombe atomique du commerce que pourrait activer Donald Trump: "Le 22 janvier, nous allons basculer dans un autre monde"
Le futur locataire de la Maison-Blanche menace de frapper vite et fort sur le front des douanes. Pour l'économiste Bruno Colmant, Trump ne bluffe pas. Et les temps qui viennent s'annoncent très difficiles.

- Publié le 09-01-2025 à 16h22
- Mis à jour le 09-01-2025 à 16h25

International Emergency Economic Powers Act (IEEPA). C'est le nouvel épouvantail qui depuis quelques jours inquiète les investisseurs un peu partout sur la planète. On parle ici du mécanisme qui permettrait à Donald Trump de frapper très fort, dès son arrivée à la Maison-Blanche, sur le clou des droits de douane frappant les importations arrivant sur le sol américain.
En tout début de semaine, un petit vent d'optimisme avait pourtant soufflé sur les marchés boursiers, certaines indiscrétions de presse laissant entendre que Trump pourrait avoir la main moins lourde que prévu initialement sur la question des droits de douane. "Fake news" a rapidement rétorqué le Républicain, agitant donc au contraire la perspective d'activer cet IEEPA qui lui permettrait d'avoir une latitude beaucoup plus grande pour fixer de manière unilatérale le seuil de ces droits de douane, sans devoir en référer au Congrès.
Promulgué le 28 octobre 1977 par le président de l'époque, Jimmy Carter, l'IEEPA est une loi fédérale américaine autorisant le locataire de la Maison-Blanche à réglementer le commerce après avoir déclaré une situation d'urgence nationale en réponse à une "menace inhabituelle et extraordinaire" pour la sécurité nationale des États-Unis, sa politique étrangère ou son économie et qui serait "entièrement ou partiellement d'origine étrangère". Cette loi fédérale permet aussi au président de bloquer certaines transactions et de "confisquer" les actifs des pays, entreprises ou personnes qui seraient liés ou impliqués dans cette attaque.
Déjà utilisé après les attentats du 11 septembre 2001
Après les attaques du 11 septembre 2001, c'est cette loi qui avait été activée par Georges W. Bush pour bloquer les actifs financiers d'organisations terroristes. Et en mai 2019, Trump avait déjà laissé entendre qu'il utiliserait les pouvoirs de l'IEEPA pour taxer massivement les importations mexicaines en réponse à l'immigration illégale provenant de son voisin.
Bref, le champ d'application de cette loi est très large, de même que sa marge d'interprétation. Comment décrypter la stratégie de Trump ? À l'image des contours de sa politique étrangère qui s'annonce des plus musclées – ne pensons qu'aux dernières sorties expansionnistes sur le Canada, le Panama ou le Groenland – Donald Trump, en jouant la carte de la menace, entend donc s'inscrire tout de suite dans un rapport de force avec ses principaux partenaires commerciaux. Et même si rien n'a été décidé à ce stade de prouver sa détermination à défendre coûte que coûte les intérêts américains, quitte à s'inscrire dans un scénario de guerre commerciale.
Comme le disait Winston Churchill, il faut toujours lire ce qu'écrivent les fous car ils font ce qu'ils disent."
Pour l'économiste Bruno Colmant, fin connaisseur de la société américaine, Donald Trump ne bluffe pas en agitant cette menace. "Il faut prendre ce que dit Trump très au sérieux. Le 22 janvier, nous allons basculer dans un autre monde. Car comme le disait Winston Churchill, il faut toujours lire ce qu'écrivent les fous car ils font ce qu'ils disent. Trump est en train de signer tous les décrets présidentiels. Il va devoir agir et il ne pourra pas s'adoucir par la suite. Ce sera très dur", nous explique-t-il. Et d'ajouter que la posture très agressive de Trump est porteuse de contradiction puisqu'elle devrait générer de l'inflation pour le consommateur américain, sous l'effet de la forte hausse des prix des produits importés. "Mais Trump tentera de contenir cette inflation de manière réglementaire, notamment en empêchant la Réserve fédérale américaine d'augmenter ces taux et cela de manière autoritaire et forcée. Cela permettra aux Américains de continuer à s'endetter à des taux bas", ajoute-t-il.
"On s'est mis la corde au cou"
Face à ce péril américain, quelle attitude devra observer l'Europe ? "Elle devra opter pour une politique monétaire ultra-laxiste avec des taux fortement abaissés pour maintenir nos capacités exportatrices. Mais l'Europe devra aussi, à l'instar des États-Unis, se lancer dans un mouvement de déréglementation dans une série de domaines, comme la finance, l'énergie ou de la transition écologique. D'autant que certains pays en Europe comme l'Italie ou la Hongrie vont nouer des accords bilatéraux avec les États-Unis. Les autres, obéissants au cadre contraignant de l'Union européenne, risquent eux de crouler sous le poids des réglementations. Regardez ce qui est en train de se passer dans le secteur automobile avec la fin des moteurs thermiques en 2035 : on s'est mis la corde au cou. À force de vouloir être vertueux, nous nous sommes punis nous-mêmes", conclut Bruno Colmant.