La négociation avec les États-Unis sur les droits de douane est le plan A de l'Europe, mais elle "garde le plan B sous le coude"
Malgré leurs divergences de vue sur la nature et l'ampleur de la réplique aux tarifs américains, les Vingt-sept ont affiché leur unité lors de la réunion des ministres européens du Commerce qui s'est tenue lundi à Luxembourg.
- Publié le 07-04-2025 à 20h28
- Mis à jour le 08-04-2025 à 08h35

Les points de vue diffèrent entre les Vingt-sept quant à la nature et l'ampleur de la réplique de l'Union européenne (UE) aux tarifs douaniers imposés par les États-Unis européens. Néanmoins, la réunion des ministres du Commerce des Vingt-sept a accouché d'un message d'unité - de façade, au moins -et de soutien à l'approche de la Commission, qui défend les intérêts commerciaux de l'UE, lundi, à Luxembourg. "Nous préférions tous une solution négociée qui écarterait une guerre commerciale qui détruirait des emplois et de la richesse", a précisé le ministre polonais Michal Baranowski, qui présidait la réunion. "Le but est d'avoir ce plan, en gardant un plan B, avec une réponse ferme, sous le coude".
L'Union se donne le temps d'élaborer sa réponse aux droits de douane de 20 % – qualifiés de "réciproques" par Washington – sur les produits importés aux États-Unis, qui entrent en vigueur ce 9 avril. "Nous voulons tous éviter une action précipitée. Nous voulons également donner aux partenaires économiques le temps d'y réfléchir en profondeur", a exposé M. Baranowski. Certains États membres, comme la France ou l'Allemagne adoptent un discours musclé et plaident pour cibler les services américains et les géants du numérique en particulier. "Je crois qu'il faut tout mettre sur la table et absolument ne rien exclure", a déclaré avant la réunion le ministre français Laurent Saint-Martin, qui estime que l'UE doit envisager une réponse "extrêmement agressive" et peut-être utiliser pour la première fois son instrument anti-coercition L'Italie, l'Espagne, les pays baltes ou l'Irlande ont exprimé leur souci d'éviter une spirale de représailles. "Nous devrions avoir une réponse robuste, non pour nous lancer dans une escalade, mais pour avoir un levier de négociations", a synthétisé le Danois Lokke Rasmussen.
L'UE a proposé des droits de douane nuls
Le commissaire européen Maros Sefcovic a fait le point des discussions qu'il a eu avec ses homologues américains, avec lesquels il poursuit le dialogue. "L'Union préfère la négociation, mais nous n'attendrons pas indéfiniment" que Washington saisisse la main tendue, a averti le Slovaque. Il a précisé que dès la mi-février, l'UE a proposé aux États-Unis "des droits de douane nuls pour les voitures et d'autres produits industriels". La proposition n'a pas eu d'impact sur la volonté de l'administration Trump d'imposer des droits de douane prohibitifs sur les produits européens.
D'autant que ce sont davantage les barrières non tarifaires de l'Union qu'elle cherche à démanteler : la TVA (aucune chance d'y parvenir, a cinglé Maros Sefcovic) et les réglementations européennes, sanitaires, phytosanitaire, environnementales, encadrant le numérique.
Riposte sur les tarifs sur l'acier et l'aluminium dès le 15 avril
Si la réplique sur les tarifs réciproques ne sera pas immédiate, celle sur les tarifs américains de 25 % sur l'acier et l'aluminium européens, appliqués depuis le 12 mars, devrait être effective dès la semaine prochaine. La Commission devait présenter lundi soir la liste des produits américains frappés par des surtarifs douaniers, élaborée en consultation avec les États membres et "660 parties prenantes", a détaillé M. Sefcovic. Celle-ci doit être approuvée par les Vingt-sept mercredi puis entrer en vigueur en deux temps, le 15 avril et puis le 15 mai.
