Pourquoi l'énergie va bientôt reprendre le dessus… coupant court aux scénarios baissiers
Une chronique de Ken Fisher, fondateur de Fisher Investments.
- Publié le 09-04-2024 à 09h25

Abracadabra ! Les actions mondiales comme celles de la zone euro sont en pleine effervescence depuis le début 2024, à l'instar de la bonne à excellente année que j'avais annoncée en janvier dernier. Il ne s'agit là que l'une des nombreuses surprises que réserve cette année aux partisans d'un scénario baissier. Vous en voulez d'autres ? Les valeurs énergétiques prendront appui sur la reprise naissante de mars pour mener la danse. Je m'explique.
Rares étaient ceux qui anticipaient un recul de l'énergie en 2023, alors que les actions mondiales caracolaient à +19,6 %. Dans la zone euro, le secteur s'en est mieux sorti, pointant à +6,0 %, mais toujours en net retrait par rapport à l'envolée de 18,8 % des actions européennes. Après avoir profité de la hausse des prix du pétrole pour surperformer en 2022, au moment de l'invasion de l'Ukraine par Poutine, beaucoup avaient anticipé l'arrivée de pénuries sans fin à l'échelle mondiale, aggravées par les contraintes d'approvisionnement de l'OPEP +.
Je dénonçais déjà tout cela dans ma chronique de mai 2023, en démontrant comment le pétrole avait plongé depuis le pic de mars 2022. La production mondiale avait balayé les craintes de pénurie et semblait vouloir continuer d'augmenter en Norvège, en Guyane et en Amérique du Nord. Les prix du pétrole ont dès lors oscillé entre 70 et 95 USD, mettant en difficulté les entreprises du secteur de l'énergie, dont les bénéfices évoluent de concert avec les prix du brut.
Aujourd'hui, de nombreux investisseurs répètent cette erreur en estimant que le secteur sera à nouveau à la traîne en 2024, réduisant leurs positions sur l'énergie par la même occasion. Pourtant, les prix du pétrole devraient augmenter, poussant les actions du secteur de l'énergie à gravir un immense mur érigé par les inquiétudes.
Pourquoi ? La cause n'est pas à chercher du côté des baisses de production de l'OPEP +. Celles-ci sont déjà intégrées depuis longtemps et leur portée est largement symbolique. Elle n'est pas due à la décision du président américain Joe Biden de suspendre les permis pour construire de nouveaux terminaux d'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). Cette décision se heurte déjà à des réactions négatives au niveau des États, cela n'empêche pas non plus les terminaux déjà autorisés et en cours de construction d'approvisionner largement le monde. Les capacités d'exportation de GNL nord-américaines devraient doubler au cours de cette décennie.
Non, il s'agit simplement des incitations. Lorsque les entreprises du secteur de l'énergie ont constaté une hausse des prix en 2022, elles ont augmenté leur production pour en tirer profit. Et aujourd'hui ? Les producteurs américains achèvent la complétion de leurs puits plus rapidement qu'ils n'en forent de nouveaux. Le nombre de puits forés mais non achevés aux États-Unis a diminué de 17,5 % par rapport à l'année précédente, avec à la clé un ralentissement de l'approvisionnement.
Les producteurs ne reconstituent pas ce stock. Après des années de consolidation, les méga-foreurs règnent désormais en maîtres. S'appuyant sur des objectifs de production prudents, ils ont fait passer le nombre d'appareils de forage aux États-Unis de 621 à la fin de 2022 à 509 aujourd'hui. Les puits forés américains sont en baisse de -16,2 % en glissement annuel. La production présente un décalage d'environ six mois par rapport aux puits forés et devrait donc bientôt ralentir.
Par ailleurs, beaucoup sous-estiment la demande mondiale de pétrole et s'inquiètent des poches de faiblesse économique comme en Allemagne. Pourtant, des conditions économiques supérieures aux attentes dans la zone euro, la croissance solide du PIB américain et la stabilité de la demande chinoise pointent toutes vers une demande de pétrole plus forte que ne le prévoient les analystes.
Les prix du pétrole devraient dès lors s'approcher des sommets atteints en 2023. Tous ces facteurs, combinés à une certaine discipline en matière de coûts, devraient doper les bénéfices du secteur de l'énergie. Même si les producteurs de la zone euro devraient en bénéficier, je privilégie les sociétés pétrolières américaines et britanniques. Pourquoi ? Leurs bilans plus solides, leur production à moindre coût et leurs modèles d'entreprise intégrés leur sont très utiles lorsque les prix du pétrole augmentent, sans grimper en flèche.
Optez pour une diversification à l'international et profitez de ce marché haussier lorsque l'énergie fera grimper les actions dans le courant de 2024.

