Rémunération des artistes et ventes de catalogues d'artistes : avis de tempête pour Spotify
Au lieu de négocier avec des producteurs (les maisons de disques), c'est avec des investisseurs purs et durs que Spotify discutera pour proposer dans le futur le contenu de ces catalogues.

- Publié le 04-07-2023 à 09h23

Le coup de semonce est venu de Belgique. Il y a un an, lors de la transposition en droit belge de la directive européenne sur les droits d'auteur, un amendement s'est invité en dernière minute par l'intermédiaire du député PS Pierre-Yves Dermagne (ministre de l'Économie et vice-Premier ministre PS). Il vise à introduire plus d'équité dans la redistribution des droits reversés par les plateformes de streaming. L'objectif est que les petits artistes ne soient plus les laissés-pour-compte. Pratiquement, Playright, une société de gestion collective des droits, est chargée de réclamer aux plateformes le dû de ces artistes et de le leur verser directement.
Jusqu'alors, Spotify négociait avec les maisons de disques à qui l'entreprise dit reverser 70 % de son chiffre d'affaires. À charge pour ces dernières d'effectuer la répartition. À Stockholm, on voit rouge avec cet amendement parce qu'on paye deux fois !
Jusqu'ici, seule la Belgique avait adopté semblable amendement à la directive européenne sur les droits d'auteur. Cela semble en avoir inspiré d'autres. La semaine dernière, c'est Emmanuel Macron qui a émis l'idée d'une taxe sur les revenus du streaming. Une contribution de 1,75 % sur les revenus des abonnements et sur l'écoute gratuite financée par la publicité. Objectif : assurer une juste rémunération des artistes et créateurs tout en préservant la souveraineté culturelle française.
De gros montants en jeu
Autre vent mauvais en vue : les ventes de catalogues d'artistes. Elles se multiplient avec à la clé des chiffres faramineux : 100 millions de dollars pour David Guetta, 140 millions pour les Red Hot Chili Peppers, 150 millions pour Neil Young, 300 millions pour Bob Dylan et jusqu'à 500 millions pour Bruce Springsteen. Il se dit que celui de Queen se négocie actuellement autour du milliard de dollars ! Pour les artistes qui procèdent de la sorte, l'enjeu est clair : récolter aujourd'hui les fruits que généreront leurs titres dans le futur.
Quant aux acheteurs, ils misent sur la rentabilité de l'investissement sur le long terme. Qu'est-ce que ça change pour Spotify ? Beaucoup de choses. Au lieu de négocier avec des producteurs (les maisons de disques) c'est avec des investisseurs purs et durs qu'il faudra discuter pour proposer dans le futur le contenu de ces catalogues. Ce sera une autre paire de manches, nous glisse discrètement à l'oreille un représentant de la plateforme suédoise…