Cassandre Laurent : "L'Agence du Numérique n'est ni une administration, ni une boîte de com"
Ce Liégeois de 38 ans est le nouveau directeur général de l'Agence wallonne du Numérique. Pour sa première interview, il explique à "La Libre" la manière dont il entend amplifier la stratégie numérique de la Wallonie et le rôle que doit jouer l'Agence.

- Publié le 25-09-2024 à 08h58

Depuis le 2 septembre, Cassandre Laurent est aux commandes de l'Agence wallonne du Numérique (AdN). Au terme d'un long processus de sélection, il a été choisi par le gouvernement wallon pour prendre la succession de Benoît Hucq.
Un "recasage" pour services rendus ? Conseiller de Willy Borsus sous la précédente législature (2019-2024) pour le numérique, Cassandre Laurent l'avait déjà été pour le compte Pierre-Yves Jeholet (2018-2019). Depuis cet été, ce dernier a retrouvé la compétence du numérique et a donc la tutelle sur l'Agence du Numérique. "Parler de recasage est à la fois très injuste et très frustrant dans le sens où la procédure de recrutement a été très longue et très difficile, se défend Cassandre Laurent. Je peux vous assurer que le jury qui m'a auditionné, connaissant mon parcours de conseiller de cabinet, ne m'a fait aucun cadeau !".
Nouvelle dynamique
Détenteur d'un baccalauréat en journalisme (ULiège) et d'un double master en relations publiques et management (UCLouvain), Cassandre Laurent évolue dans le numérique depuis plusieurs années. Avant de rejoindre les cabinets de MM.Jeholet et Borsus, il avait notamment travaillé chez Leansquare, le fonds d'investissement pour les start-up numériques du groupe Noshaq, et id Campus (consultance en innovation).
En écho aux propos de Benoît Hucq, qui affirmait en avril que la Wallonie numérique se trouvait au milieu du gué, Cassandre Laurent reconnaît que le chemin à parcourir reste important. "Mais je sais aussi d'où on vient. Un énorme travail a déjà été mené. Aujourd'hui, tout est en place pour qu'on réussisse (la transformation numérique de la Wallonie, NdlR)".
"Pour la première fois, le numérique est traité de manière transversale dans la Déclaration de politique régionale, au sens où il implique toutes les compétences ministérielles. C'est inédit."
Tout en se gardant de "faire de la politique", le nouveau directeur général de l'Agence du Numérique se réjouit de la nouvelle dynamique en train de se mettre en place en Wallonie. "Je me réfère tout simplement à la teneur de la nouvelle DPR (Déclaration de politique régionale 2024-2029, NdlR). Pour la première fois, le numérique est traité de manière transversale, au sens où il implique toutes les compétences ministérielles. C'est inédit. La DPR parle aussi explicitement de Digital Wallonia et de l'Agence du Numérique, avec l'objectif, dans les deux cas, d'amplifier la dynamique. C'est un vrai témoignage de confiance de la part du gouvernement envers l'AdN".
Davantage qu'un simple exécutant
Société anonyme de droit public (dont l'unique actionnaire est le gouvernement wallon), l'Agence du Numérique assure la mise en œuvre et le suivi de la stratégie Digital Wallonia. Mais Cassandre Laurent souhaite que l'Agence joue aussi un rôle plus prononcé en matière de "policy design". "L'AdN est devenue acteur de la transformation numérique ; j'aimerais aussi qu'elle devienne auteur de la transformation numérique. L'Agence est là pour servir les ambitions du gouvernement, mais elle est aussi là pour faire des propositions et inspirer l'action du gouvernement". Et M.Laurent d'ajouter : "On est ni une administration, ni une boîte de com. On est là pour être force de proposition et, une fois que les décisions sont prises, pour mettre en œuvre les politiques avec les partenaires".
"Face à l'essor du numérique et à la croissance exponentielle des attentes, l'AdN a probablement voulu trop en faire par moment. Je pense qu'il faut en faire un peu moins, en simplifiant et rationalisant certaines missions, mais le faire mieux."
Un des objectifs de Cassandre Laurent est de renforcer les collaborations entre les acteurs wallons du numérique, privés et publics, et de repositionner l'Agence au centre de l'écosystème numérique. "Il y a un travail à mener sur ce que doit faire l'Agence et ce qu'elle ne doit plus faire. On doit être plus clair sur nos priorités. Face à l'essor du numérique et à la croissance exponentielle des attentes, l'AdN a probablement voulu trop en faire par moments. Je pense qu'il faut en faire un peu moins, en simplifiant et rationalisant certaines missions, mais le faire mieux".
Cassandre Laurent cite, en exemple à suivre, ce qui a été réalisé en matière de cybersécurité. "Avec le programme CyberWal, la Wallonie a réussi à rassembler tous les acteurs de la recherche, de la formation, de l'accompagnement des entreprises, etc. Ces acteurs travaillent ensemble et on se rend compte que ça fonctionne très bien. Il faudrait qu'on élargisse cette démarche à d'autres domaines avec, comme acteur central, l'Agence du Numérique. Cela ne signifie pas que l'Agence doit imposer sa façon de faire. L'Agence est là pour se mettre au service des acteurs de terrain, avec l'objectif d'agir dans une même direction sous l'étendard Digital Wallonia".