Intelligence artificielle : reflet fidèle de la société ou trompe-l'œil ?

Une chronique de Roald Sieberath, entrepreneur (Accelerate. AI), investisseur pour Noshaq, professeur invité à l'UCLouvain et l'UNamur.

Dans son essai, Shannon Vallor, prof de philosophie à l’université d’Edimbourgh. nous invite à considérer l’IA comme un miroir...déformé.
Dans son essai, Shannon Vallor, prof de philosophie à l’université d’Edimbourgh. nous invite à considérer l’IA comme un miroir. ©Copyright (c) 2020 Kicking Studio/Shutterstock. No use without permission.

L'IA d'aujourd'hui, telle qu'on la conçoit depuis l'avènement de ChatGPT et des LLM (Large Language Model), continue de fasciner. Parce qu'elle nous répond dans notre langue, nous avons l'impression qu'elle nous comprend et nous lui prêtons une intelligence (quasi) humaine. D'ailleurs, ChatGPT a réussi le fameux test de Turing qui est censé vérifier si une conversation provient d'un humain ou d'une IA.

Pourtant ceux qui se penchent sur les rouages de ces IA insistent pour nous rappeler qu'il ne s'agit pas d'intelligences au sens de l'intelligence humaine. Certains ont rebaptisé AI Alien Intelligence, pour capturer qu'elle vient en bonne part d'une autre planète et que même si elle fait mine de parler notre langue, elle fonctionne avec des sous-jacents bien différents. Ou certains utilisent la métaphore du "perroquet stochastique", pour indiquer que les LLM procèdent par accumulation d'exemples statistiques.

Un monde déformé

Une dernière métaphore pour comprendre l'IA, particulièrement pertinente, nous vient de Shannon Vallor, prof de philosophie à l'université d'Edimbourgh. Dans son essai AI Mirror, elle nous invite à considérer l'IA comme un miroir… mais pareil à celui des sculptures d'Anish Kapoor : qui nous renvoie un reflet de notre monde certes, mais déformé.

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Cela met le doigt sur un point crucial de ces IA : ce serait une erreur de croire qu'elles nous renvoient une image fidèle, objective, parfaitement rationnelle de notre monde et des réponses qu'il faut lui apporter. Non, au contraire ; elles sont truffées de biais sous-jacents plus ou moins explicites ou cachés. Vallor n'est pas du tout "anti IA" mais elle en souhaite un usage raisonné : des modèles IA dédiés à des thématiques spécifiques, bien cernées, dotés de garde-fous, testés, et justifiés d'un point de vue moral et environnemental.

Pour ce qui est des IA généralistes, qui ont une réponse à tout sur tous les sujets, elle nous met en garde en appelant le mythe de Narcisse : à nous absorber dans le dialogue avec l'IA, n'est-ce pas de notre image déformée dont nous nous tombons amoureux, au point de nous y perdre ?

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