Le premier avion avec du carburant durable a décollé depuis Bruxelles : "Aucun danger pour les passagers"
Depuis ce 1er janvier, le pipeline de l'Otan, qui approvisionne l'aéroport de Bruxelles, est ouvert au kérosène durable. Brussels Airlines a effectué son premier vol avec ce mélange plus écologique vers Malaga ce dimanche matin.

- Publié le 01-01-2023 à 17h10

Il était passé minuit de quelques minutes cette nuit de la Saint Sylvestre lorsque les premiers litres de carburant durable sont arrivés à l'aéroport de Bruxelles, via un oléoduc depuis Gand. Ce kérosène a un nom : le SAF, pour "Sustainable Aviation Fuel", et est l'espoir du secteur aérien pour assurer sa transition écologique. Fabriqué à partir de déchets et de matières premières résiduelles d'origine durable, comme des huiles de cuissons usagées ou des déchets de graisse animale, le SAF réduit les émissions de gaz à effet de serre de près de 80 % par rapport au carburant classique.
L'avion des Diables rouges pour une première
Pour des questions de sécurité, la limite actuelle de SAF qu'un avion peut embarquer est de 50 % de son carburant total, le reste étant constitué de kérosène classique. "Ce type de vol ne représente aucun danger pour les passagers", explique Luc Maes, responsable des opérations pour Skytanking, l'une des deux sociétés en charge de la mise à, bord à l'aéroport de Bruxelles. "Les avions les plus modernes sont même, techniquement, capables de voler avec 100 % de SAF", assure le manager qui s'est levé de bonne heure en ce premier jour de la nouvelle année. Il faut vérifier que tout se passe bien pour cette grande première. Le véhicule électrique est arrivé à temps. Via le sous-sol du tarmac, il remplit de carburant "vert" le "Trident", le fameux Airbus A320 de Brussels Airlines aux couleurs des équipes nationales de football belges. La scène se déroule sous le regard intrigué et lointain -depuis le terminal – de passagers impatients d'embarquer dans l'avion. Destination : le soleil de Malaga. La compagnie belge a acheté 2000 barils de 1000 litres chacun avec un mélange de 38 % de SAF.

Des vols "durables" et plus chers ?
Une quantité suffisante pour effectuer quelques vols "durables", sachant qu'un Airbus A320 consomme environ 3000 litres de carburant par heure de vol. Mais pourquoi ne pas avoir acheté davantage de biokérozène ? En fait, il y a deux grands freins. Le SAF est produit en très faible quantité, il ne représente toujours que moins de 1 % de la consommation mondiale. Ensuite, son prix est très élevé, trois à cinq fois plus cher que le kérosène normal. "Nous n'allons pas facturer un supplément aux passagers pour compenser cette différence, explique la porte-parole Joëlle Neeb. Pour ce projet pilote, Brussels Airlines prend ses frais à sa charge". Et la compagnie belge de rappeler que le client peut "acheter" du carburant durable, dans le système de compensation carbone de Brussels Airlines. À terme, il n'y a pas de miracle. D'une manière ou d'autres, le prix de cette transition écologique devrait se faire ressentir sur le prix du billet. "Il faut mettre cela dans le contexte d'inflation générale actuelle, relativise Joëlle Neeb qui compare l'arrivée du SAF à celle du bio dans le monde de l'alimentation. L'espoir des compagnies aériennes est aussi que l'explosion attendue de la production de SAF, encore marginale actuellement, fasse chuter les prix. Du côté de l'aéroport, on y croit aussi. Brussels Airport a ainsi pour objectif d'avoir 5 % de SAF sur la totalité de son carburant disponible d'ici 2026, soit un chiffre plus ambitieux que celui des autorités européennes.


Récolter les huiles de friture usagées
Brussels Airport a un avantage pour assurer sa transition énergétique : il est le seul aéroport belge à être entièrement (mis à part sa section cargo) approvisionné en kérosène par l'un des pipelines de l'Otan. "C'est le cas depuis 1993. Avant, il fallait une centaine de camions par jour pour transporter le carburant", rappelle Luc Maes. Cet héritage provient de la Guerre froide, lorsque l'organisation politico-militaire a décidé de déployer un vaste réseau d'oléoducs en Europe. Destinée, au départ, aux aéroports militaires, la "toile d'araignée" s'est élargie à différentes infrastructures civiles, dont le principal aéroport belge, voisin du siège de l'Otan. C'est ainsi via l'un de ces oléoducs "atlantistes" que le carburant "vert" est arrivé à Zaventem ce 1er janvier depuis les installations de mélange du spécialiste finlandais Neste à Gand.
Notons enfin que si l'aéroport national n'envisage pas de produire son propre SAF, il entend promouvoir la collecte de matières premières permettant sa création. Brussels Airport va ainsi lancer une campagne de sensibilisation afin de collecter les huiles de friture usagées. Également partiellement relié au réseau d'oléoducs de l'Otan, l'aéroport de Liège se dit "convaincu de pouvoir annoncer très prochainement le décollage du premier vol cargo propulsé par du SAF" au départ de Bierset.
