La compagnie pétrolière BP s'engage à être neutre en carbone d'ici 2050. "Du greenwashing" ?
Les compagnies pétrolières sont malmenées par l'attention accrue du public sur les conséquences du réchauffement climatique. Au cours des trois dernières années, les treize principales sociétés pétrolières cotées ont ainsi perdu 400 milliards de dollars de capitalisation boursière.
- Publié le 12-02-2020 à 16h18
- Mis à jour le 12-02-2020 à 16h56
Cette neutralité ne concerne pas les produits vendus par BP à ses clients.
Les compagnies pétrolières sont malmenées par l'attention accrue du public sur les conséquences du réchauffement climatique. Au cours des trois dernières années, les treize principales sociétés pétrolières cotées ont ainsi perdu 400 milliards de dollars de capitalisation boursière.
Cette baisse de valorisation n'est probablement pas terminée. La plupart de ces sociétés cotées doivent encore acter les pertes qu'elles subiront par la non-exploitation d'une partie de leurs réserves d'or noir. Le scénario d'un réchauffement de 2 degrés implique, en effet, de laisser sous terre 29 % de leurs réserves de pétrole, soit 360 milliards de dollars. Le scénario d'un réchauffement de 1,5 degré impliquerait, quant à lui, une perte de 890 milliards de dollars !
C'est dans ce contexte que la compagnie britannique BP a annoncé son ambition de devenir neutre en carbone d'ici 2050. Cela signifie que ses propres émissions de carbone devront être compensées par des projets de capture de carbone par ailleurs.
Alors que la presse britannique anticipait que l'objectif de neutralité de BP concernerait également les produits vendus à ses clients, il n'en est finalement rien. Le groupe britannique s'est simplement engagé à réduire de moitié l'intensité carbone de ses produits d'ici 2050. En clair, BP pourra vendre autant d'essence et de diesel qu'il souhaite, pour autant que chaque unité vendue émette moitié moins de carbone. Il n'y a donc pas de limite absolue fixée.
Cette annonce de Bernard Looney, le CEO de BP, a été reçue très négativement par l'association de défense de l'environnement Greenpeace. "C'est du greenwashing , résume Juliette Boulet, porte-parole de Greenpeace Belgique. " Si BP était sérieux avec la question du changement climatique, il aurait simplement annoncé qu'il mettait un terme à son programme de 71 milliards de dollars de prospection de nouveaux champs pétrolifères, qui est incompatible avec les accords de Paris. En se fixant un objectif à 2050, BP pourra continuer à agir exactement de la même manière au cours de la prochaine décennie, dont on sait qu'elle sera cruciale pour le respect des engagements climatiques" .
Greenpeace dénonce également le concept de neutralité nette mis en avant par BP. Il implique que la compagnie britannique fasse pousser des arbres ou investisse dans des techniques de capture de carbone pour compenser ses propres émissions. Or selon Greenpeace-Royaume-Uni, il faudrait un nombre "époustouflant" d'arbres pour compenser les émissions de BP. Quant aux techniques de capture de carbone, "elles n'existent pas à large échelle" .

