Le défi d'Orange Cyberdefense Belgique : Une fusion d'entreprises… en ligne
Le nouveau patron d'Orange Cyberdefense Belgium a débuté en gérant ses troupes à distance, à la mi-mars.
- Publié le 16-05-2020 à 17h27
- Mis à jour le 12-06-2020 à 15h12

Filip Verstockt est un homme heureux : au mois de mars dernier, il a été nommé directeur général d'Orange Cyberdefense Belgique, une nouvelle branche d'activités du groupe de télécoms Orange. Une branche belge composée de plusieurs entreprises (SecureLink Belgium et Zionsecurity) acquises par le groupe français dans le but de créer un acteur de premier plan dans le secteur de la cybersécurité axée sur la défense d'entreprises en Belgique. Le "hic"… c'est qu'à peine entré en fonction, Filip Verstockt a été confronté comme beaucoup de patrons, au confinement, en ayant à peine eu le temps de rencontrer physiquement ses troupes. Chargé de la fusion des différentes composantes du groupe, le voilà donc forcé de gérer un processus réputé complexe à distance, par écrans interposés. Un sérieux défi.
"L'expérience Covid ? C'est intense, mais ça m'amuse", avoue Filip Verstockt. "En prenant ce poste, début mars, j'avais immédiatement demandé d'organiser des réunions dans les cinq bâtiments occupés par les différentes entités du groupe, à Bruxelles, Nivelles ou Gand, en vue de préparer la fusion. De ce fait, j'ai vu presque tout le monde, très vite, mais très peu individuellement. Et puis, on est tous passé au télétravail, deux jours avant l'annonce du confinement".
Une fusion positive d'éléments éloignés
Techniquement, dans un groupe qui œuvre dans le secteur informatique, le travail à distance n'est pas un problème. Certains y sont habitués et préfèrent cela. "C'est exact, mais je suis un… "inclusive manager", j'aime être près des gens, des clients, avoir des contacts physiques. En Belgique, de plus, "people do business with people". Pour moi, ça a donc été un défi de m'adapter. Mais, encore une fois, ça m'amuse".
Un mauvais départ pour la fusion ? "En fait, après analyse, j'ai de la chance : le gr oupe est solide, on a des liquidités, on est positifs, et il s'agit d'une fusion positive puisque les entités sont très complémentaires et les gens sont très impliqués dans leurs métiers. Il n'y a pas de réel problème à régler. La seule complexité est plutôt culturelle. Mon job, ici, c'est de faire en sorte que les gens s'ouvrent aux autres entités. Leur réflexe naturel est de rester centrés sur leur propre business. Je dois donc leur expliquer Dans quelle mesure ils ont des cultures très semblables, et qu'ils peuvent compter sur les spécialistes ou les solutions des autres entités. De plus, ce nouveau groupe de 300 personnes fait partie lui-même de la filiale d'Orange dédiée à la cybersécurité, soit plus de 2 100 personnes. On peut y trouver des ressources. Moi-même, en cas de problème, je peux me faire aider très rapidement. J'y travaille depuis 19 ans. Nous nous situons dans une branche du groupe Orange qui constitue, comme la banque (Orange Bank), un nouveau pôle de croissance, avec une ambition européenne".
Un des problèmes de cette fusion actuellement, n'est-il pas la conservation des unités à Bruxelles, à Nivelles ou à Gand ? "En fait, nous avons préféré conserver les entités là où elles se trouvent pour éviter à des Gantois de devoir venir à Bruxelles, perdre du temps dans le trafic. C'est moi qui suis censé bouger pour faire le lien", explique encore Filip Verstockt.
Le courant des affaires est positif aussi dans le domaine de la sécurité. "Tout le monde est sous pression : les cas de hacking ont augmenté ces derniers temps. Parfois, les entreprises croient que leurs systèmes sont propres, mais elles ne voient la réalité qu'avec des mois de retard. Alors la demande explose et les investissements suivent. Je dois avouer avec un peu de gêne, qu'avril a été un très bon mois et que mai sera excellent… pour nous".
Gérer les retours et les problèmes
En pratique, la gestion des personnes à domicile pose toutefois des problèmes dans beaucoup d'entreprises. "Nous avons décidé de ne pas recourir aux mesures de chômage technique. En fait, nous continuons de travailler sur des projets. Puis, nous avons organisé des formations en interne, et des certifications, pour donner de nouveaux outils au personnel. Enfin, nous recrutons des talents, des universitaires, dont beaucoup devaient commencer sur le terrain à installer du matériel… le 1er avril ! On les a donc réaffectés temporairement au helpdesk à Evere. Et, cette flexibilité paie : tout le monde se sent responsable et solidaire. On a nommé un responsable Covid-19, on communique beaucoup au niveau du management, et vers les employés, pour anticiper leurs questionnements. On a aussi mis à disposition des documents sur l'Intranet, des cours de yoga, des méthodes pour travailler efficacement tout en s'occupant des enfants. On organise des drinks virtuels. On a aussi une cellule créative pour créer de la cohésion dans les équipes".
Quid de la reprise ? "On a donné la priorité aux solitaires et à ceux qui n'en peuvent plus de rester chez eux. Il y a des situations touchantes… Mais on ne laisse revenir dans un premier temps que 45 % du personnel. Et il faut réserver son poste de travail. Le télétravail reste la priorité. Quant à la présence chez les clients, nous nous alignons sur leurs choix".
