Qpinch, "l'alchimiste" qui va permettre au port d'Anvers d'économiser 400.000 tonnes de CO2 par an
Le commissaire européen Thierry Breton et le CEO du port d'Anvers visitaient les locaux de Qpinch vendredi.

- Publié le 25-06-2021 à 18h57
- Mis à jour le 26-06-2021 à 18h02

"Vous défiez les lois de la thermodynamique… Pourtant, ça a l'air très simple comme fonctionnement… vous avez des brevets pour protéger cette technologie ?". Le commissaire européen à l'industrie Thierry Breton se veut pragmatique lorsqu'il questionne le cofondateur de Qpinch, Wouter Ducheyne, lors de sa visite des locaux de la start-up (ou scale-up étant donné sa phase de croissance), situés au port d'Anvers, vendredi après-midi. Cette dernière, fondée il y a dix ans, a pour objectif de réduire de plus de 10 % les émissions de CO2 des industries clientes.
"Nous en avons plusieurs, évidemment…", lui rétorque, prudemment, l'entrepreneur, qui a travaillé pendant des années chez BASF.
"C'est très simple. On copie la nature, en fait. Toutes les cellules, de la faune et de la flore, utilisent le même système énergétique, c'est-à-dire l'utilisation d'adénosine triphosphate pour produire de l'énergie", nous glisse-il en parallèle de la visite. Vulgarisons : le procédé utilisé par Qpinch permet de réutiliser la chaleur émise par l'activité industrielle des entreprises pour alimenter un autre processus de production de chaleur. Résultat ? L'énergie "résiduelle" auparavant perdue est désormais une nouvelle source de production de nouvelle chaleur, pouvant atteindre jusqu'à 250 °C. Sur 400 MW d'énergie résiduelle, le procédé permettrait donc de récupérer 200 MW, soit une économie de 400 000 tonnes de CO2 par an, rien que pour le port d'Anvers. L'équivalent de ce que génèrent 250 000 voitures chaque année, nous explique-t-on, dans les grandes lignes, dans les locaux de Qpinch.
"C'est un système qui répond aux besoins d'entreprises pétrochimiques par exemple, qui ont besoin de températures élevées. Nous avons déjà plusieurs clients, comme le groupe autrichien Borealis, le japonais Kurarey ou encore Sabic, le géant chimique saoudien", avance également Wouter Ducheyne. L'installation coûte une poignée de millions d'euros mais permettrait aux industries de réduire leur empreinte carbone… et la facture liée à la taxe carbone, qui peut vite être salée lorsqu'elles dépassent les quotas.
"Il y a un engouement"
"Nous avons un partenariat depuis six mois avec Qpinch. C'est est une start-up très prometteuse qui a dû faire de très gros investissements", nous glisse Jacques Vandermeiren, le CEO du port d'Anvers, qui se réjouit de la visite du commissaire européen. "Nous avons investi un million d'euros et nous détenons donc un peu moins de 5 % des parts de Qpinch. Cet argent est issu de notre fonds à la transition, qui est alimenté grâce au surplus de production d'électricité issu de nos éoliennes", ajoute-t-il. Un fonds qui atteindrait aujourd'hui les 12 millions d'euros. Qpinch devrait par ailleurs procéder à une nouvelle augmentation de capital prochainement, nous dit-on.
"Il y a un engouement pour ce genre d'entreprises, qui ont besoin de financement. Nous lui apportons donc des capitaux mais également de la visibilité. C'est une pièce du puzzle pour atteindre la neutralité carbone que nous visons", précise encore Jacques Vandermeiren. Car c'est via ce genre de projets que le CEO espère donner l'impulsion et atteindre les objectifs de neutralité carbone du port d'ici 2050, avec une forte diminution obligatoire des émissions d'ici 2030.
"L'enjeu est d'être prêt pour demain, au niveau numérique et écologique. Notre objectif n'est pas d'être le plus grand port, ce qui est difficile avec les ports chinois qui n'ont pas les mêmes contraintes, mais le plus développé", affirme le dirigeant. "On a un également un grand projet de captation de carbone avec BASF, Borealis, Total, ExxonMobil et Air Liquide. Le but ? Capter 9 millions de tonnes de CO2 par an", alors que le port en émet 16 millions, sur les 120 millions qu'émet la Belgique dans son ensemble, chaque année. "Ce sont des projets de transition, avant d'arriver à remplacer le fossile par des énergies renouvelables. Mais le chemin est encore long", reconnaît le CEO "On n'a plus de temps à perdre et l'avantage du port d'Anvers est d'avoir toutes ces forces, toutes ces entreprises, qui peuvent s'allier pour faire avancer ces projets", renchérit-il.
Trois questions à Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur et à la politique industrielle

1. Pourquoi venir ici, au port d'Anvers, en particulier ?
En Belgique, le port d'Anvers est un acteur majeur de la transition, écologique comme numérique. C'est le premier fournisseur d'électricité issu d'éoliennes, c'est aussi le premier endroit en Belgique où le réseau 5G sera déployé de façon dense. La transition énergétique est un enjeu majeur et il faut s'y atteler. Le fonctionnement du port repose encore aujourd'hui sur des modes de combustion fossile, pour la mobilité comme pour les différentes industries. Mais il a la volonté d'être le premier à prendre le virage de la transition. Des projets de stockage d'hydrogène doivent voir le jour également.
2. On parle d'hydrogène depuis des décennies… Qu'est-ce qui change la donne aujourd'hui ?
Le Green Deal pousse tout cela, donne une impulsion. Les plans de relance également. La Commission européenne va mettre près de 200 milliards d'euros pour encourager des projets de cette nature. Le moment est venu d'agir, concrètement.
3. Quels sont les montants alloués par l'Europe pour le port d'Anvers ?
Ils ne sont pas encore arrêtés mais ça sera de l'ordre d'une vingtaine de millions d'euros. Il y a beaucoup de projets, qu'on va analyser et accompagner.