La capture du CO₂, "piège" miracle... ou simple piège ?
La capture du CO₂ fait partie des solutions de plus en plus mises en avant afin d'atteindre les objectifs de neutralité carbone d'ici 2050. Néanmoins, le procédé reste coûteux, énergivore et comprend certaines limites. Pour le moment ?

- Publié le 09-11-2021 à 09h02
- Mis à jour le 10-11-2021 à 11h32

Capture, captation, séquestration du CO₂… Autant de termes pour un procédé qui semble prometteur pour l'être humain, confronté à un souci majeur : l'énorme quantité de CO₂ que ses activités génèrent et qui est rejetée dans l'atmosphère. En 2019, environ 45 gigatonnes de CO₂ ou d'équivalent carbone d'autres gaz ont été émises, contre presque la moitié vingt ans auparavant.
Le procédé de captation consiste donc à récupérer une partie du CO₂ émis par nos activités et à l'injecter dans les sous-sols, afin de réduire sa présence atmosphérique donc et réduire le réchauffement climatique. Si les océans et les forêts "capturent" du CO₂, on parle bien ici de procédés industriels à part entière, appelé capture et séquestration du carbone (CSC).
Les différentes techniques possibles
Parmi les options testées, seules quelques-unes sont pour le moment envisageables à l'échelle industrielle. Une vingtaine de sites de grande taille à travers le monde existent déjà et ont permis de capter environ 35 millions de tonnes de CO₂ en 2020, soit… moins d'un millième de ce qui a été émis.
La plupart des techniques consistent à récupérer le CO₂ directement à la sortie de l'activité industrielle, le liquéfier et l'injecter dans des poches de gaz naturel ou de pétrole vides. C'est dans un projet de ce genre que le port d'Anvers, qui émet l'équivalent de 10 % des émissions annuelles belges, s'est inscrit récemment.
"C'est un projet qu'on met sur pied avec huit partenaires industriels et qui va coûter énormément d'argent. Mais cela pourrait réduire de moitié les émissions dans le port. Et ce dès 2030", déclarait à La Libre le CEO du port, Jacques Vandermeiren.
Parmi les autres pistes les plus crédibles, l'injection du carbone dans des aquifères salins profonds, soit des poches d'eau trop salées pour le développement d'écosystèmes, est également envisagée. L'avantage est que la pression permet de garder le carbone sous forme liquide et de réduire les risques de fuites et donc de retour de celui-ci dans l'atmosphère.
Une autre option est la carbonatation minérale. En simplifiant, cela permettrait de transformer le CO₂ en roche inerte ou en matériaux utilisables dans la construction par exemple.
Enfin, d'autres solutions comme la transformation du CO₂ en carburant ou même la mise sur pied d'usines de capture du CO₂ directement depuis l'atmosphère existent, même si cette dernière est particulièrement énergivore et complexe.
Les limites
Si l'on reste sur le principe de captation du carbone depuis des sites industriels, on se confronte tout de même à certaines limites.
D'abord financière : la mise en place du procédé est assez coûteuse, en énergie comme en financement. Les coûts ont tendance à diminuer avec les années mais varient entre 30 et 200 euros par tonne de CO₂ capturée selon les différents projets.
Ensuite, d'un point de vue environnemental : si les rapports scientifiques semblent plutôt rassurants sur les risques de fuites du carbone des poches de gaz et autres, il est difficile pour le moment d'avoir une vue précise à long terme. De plus, il faut avoir la place disponible et procéder à l'acheminement du CO₂ vers ces sites.
On en vient donc également à la limite financière : le procédé peut engendrer des coûts très élevés et il est difficile de motiver les industries les plus polluantes à investir dans ces solutions, au niveau mondial et à long terme.
Enfin, des critiques existent sur le fait que ces solutions n'inciteraient pas les entreprises à réaliser également d'autres investissements, primordiaux, qui consistent avant tout à réduire leurs émissions.
Les solutions
La technique reste pourtant prônée par beaucoup d'acteurs, dont le GIEC, le groupe intergouvernemental d'experts sur le climat. Les hypothèses avancées restent d'ailleurs souvent très optimistes par rapport à la capacité réelle de capture de carbone, en tout cas par rapport aux capacités actuelles. Néanmoins, cela peut faire partie du "mix" d'actions à réaliser pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, thème central de la Cop 26 qui se déroule à Glasgow actuellement.
C'est pour cela que certains avancent la solution de taxe carbone. Pour le moment, en Europe, on parle de "prix du carbone", car il y a un marché du carbone qui varie selon les prix de l'énergie, de la demande, etc. C'est une solution qui a été poussée par les industriels, entre autres, pour éviter une taxe pure et simple.
En 2021, la tonne de carbone a par ailleurs atteint 65 euros, alors qu'elle variait plutôt entre 7 et 30 euros les années précédentes. Mais sans un coût élevé et pérenne du carbone – qui a un effet direct sur l'activité économique et la croissance -, difficile de rendre la capture du CO₂ compétitive et donc inciter les entreprises et industriels à investir à grande échelle et à long terme. D'où l'importance des décisions politiques, qui se doivent d'être durables dans le temps, afin de gagner la confiance et inciter, par la carotte comme par le bâton, les entreprises et les États à agir.
