"Le moteur thermique ne disparaîtra pas si vite, le marché a besoin de diesel"
Peter Vanacker va prendre la tête de LyondellBasell, géant de la pétrochimie.

- Publié le 13-02-2022 à 14h10

Libre Eco week-end | Face & profil
"La grande majorité de ma carrière a été effectuée à l'extérieur de la Belgique." Peter Vanacker, actuel dirigeant de Neste et futur CEO du géant de la pétrochimie LyondellBasell, a un profil international, ce n'est rien de le dire. S'il a grandi en Flandre Occidentale et étudié la chimie à Gand, il a vite été repéré par Bayer, pour qui il a travaillé pendant 22 ans. D'abord dans le Benelux, puis en Allemagne. "Je n'ai passé que quatre ans en Belgique pendant cette période", dit-il.
"J'ai alors déménagé en Allemagne, où j'ai rencontré ma femme et où ma fille est née, puis à São Paulo, où mon fils est né. Je suis resté trois ans au Brésil", ajoute-t-il, "Donc je parle un peu la langue", glisse-t-il en portugais et en riant.
Après cela, il s'est dirigé vers les États-Unis, en 2001, toujours sous la bannière Bayer.
Une nouvelle aventure
Mais après 22 ans de loyauté, il a décidé de se lancer dans une nouvelle aventure. Il a donc été à la tête d'une entreprise spécialisée dans les films alimentaires pendant trois ans, dont il a géré la restructuration. Ensuite, des investisseurs de fonds privés ont fait appel à lui pour gérer une autre entreprise. Enfin, en 2018, alors que le dirigeant du groupe finlandais Neste partait à la retraite, le board cherchait un profil et l'a repéré. "J'ai donc déménagé en Finlande." Tout simplement.
"Neste était auparavant une entreprise de raffinage de pétrole. Elle est désormais leader en solutions renouvelables et circulaires. Je suis le premier dirigeant qui vient de l'étranger d'ailleurs", détaille-t-il. "L'entreprise est prospère, la capitalisation boursière a grimpé ces dernières années pour atteindre 30 milliards d'euros (malgré une année 2021 plutôt à la baisse, NdlR)", se réjouit-il.
"On récolte les déchets pour en extraire le carbone. On produit du 'diesel fossil oil free', on crée ce qu'on appelle le carburant durable d'aviation. On récupère également les huiles de cuisson, etc. On est la plus grosse entreprise du secteur", avance-t-il. Son objectif, alors qu'il ne lâchera les manettes qu'en juin ? "Créer une planète plus saine pour la génération suivante. C'est un travail d'équipe." Qui serait contre ?
"Grâce à ces techniques, on pourra produire du diesel plus durable, car on en aura encore besoin sur une longue période. Pour le transport, par exemple. Le moteur à combustion ne va pas disparaître complètement de sitôt ; cela va prendre du temps. Il y a beaucoup de travail et de défis avant un passage complet à l'hydrogène ou l'électrique. Le marché a besoin de diesel", affirme-t-il.
"Il y a 900 millions de tonnes de diesel consommées chaque année dans le monde. Si on regarde le kérosène, c'est 340 millions de tonnes. Et ce chiffre était en croissance substantielle avant la crise sanitaire. Il faudra du temps avant que les avions volent avec des batteries. Surtout pour les vols intercontinentaux. Donc réduire nos émissions de CO₂ via du diesel plus durable, c'est une solution", affirme-t-il, précisant que l'entreprise en produit principalement à Rotterdam et Singapour pour le moment.
L'opportunité d'une vie
Si Peter Vanacker a accepté de lâcher son poste chez Neste pour LyondellBasell, c'est pour le défi.
"C'était une énorme opportunité pour moi, pour continuer sur cette lancée du changement. Je vais pouvoir être à la tête d'une des plus grandes entreprises spécialisées dans les polymères et la chimie du monde. C'est l'opportunité d'une vie", lance-t-il.
"Nous avons besoin des polymères. Si on électrifie toutes nos voitures en particulier. Les batteries pèsent jusqu'à 900 kg, donc il faut réduire leur poids global. C'est ce que permettent les polymères", assure-t-il. Un argument avancé par Solvay d'ailleurs, le géant belge de la chimie. Sont-ils concurrents ? "Non… Tout le monde parle de polymères, mais ce ne sont pas les mêmes domaines. Solvay est spécialisé dans certaines applications, LyondellBasell est plutôt dans la production à grande échelle", explique-t-il, ajoutant que le recyclage est un point essentiel à améliorer.
"LyondellBasell est une entreprise prospère. Je vais faire en sorte qu'elle le reste. Elle a d'ailleurs annoncé de gros investissements, donc je vais m'assurer que les projets qui en découlent aboutissent", termine-t-il, dans la retenue mais excité par le défi.
Direction Houston, Texas, dans la LyondellBasell Tower, au mois de juin. Car si le siège social est à Rotterdam, le cœur des activités est contrôlé depuis les États-Unis. Welcome on board captain !
Peter Vanacker, en bref
1966: naissance de Peter Vanacker, en Flandre occidentale.
1990-2012 : après des études de chimie à Gand, il occupe de nombreux postes à travers le monde chez Bayer.
2018: quelques expériences plus tard, il arrive chez Neste. Il prendra la tête de LyondellBasell en juin 2022.
