Un journaliste sur cinq sacrifié au Los Angeles Times : les licenciements s'accélèrent dans la presse américaine
Qu'il s'agisse de médias locaux ou de titres phares, les rédactions de la presse américaine vivent des moments douloureux.
- Publié le 25-01-2024 à 07h56
- Mis à jour le 25-01-2024 à 08h33

La tendance n'est pas neuve mais, depuis quelques mois, elle s'accélère et prend des allures très inquiétantes alors que les États-Unis entrent dans une année électorale que d'aucuns jugent cruciale pour le devenir de la démocratie américaine.
Cette tendance, que l'on connaît aussi dans le reste du monde occidental, est celle de la diminution des effectifs au sein des rédactions des médias américains, presse écrite en tête, et la disparition de nombreux quotidiens (surtout locaux). Dans leur dernier rapport annuel, publié fin 2023, les experts de l'école de journalisme de la Northwestern University (Illinois) livrent une série d'indicateurs qui montrent une accélération de cette tendance de fond.
En 2023, plus de 130 journaux locaux ont disparu ou été absorbés aux États-Unis. Soit une moyenne de 2,5 fermetures (ou absorptions) par semaine, là où elle n'était "que" de deux en 2022. D'ici la fin 2024, le rapport de la Northwestern University pronostique que les États-Unis auront perdu un tiers de leurs journaux locaux en un peu moins de vingt ans.
Un journaliste sur cinq sacrifié au "L.A. Times"
Le dernier journal à avoir été frappé par cette vague destructrice n'est autre que le vénérable Los Angeles Times, montrant que les journaux locaux ne sont pas les seuls concernés. Au moins 115 journalistes du quotidien, soit plus d'un cinquième de la rédaction, devraient être licenciés pour faire face à des pertes annuelles comprises entre 30 et 40 millions de dollars. C'est ce qu'a annoncé, mardi, Patrick Soon-Shiong, le propriétaire du grand journal californien dont la création remonte au 4 décembre 1881.
"La décision est douloureuse pour tous, mais il est impératif que nous agissions rapidement et prenions des mesures pour construire un journal viable et florissant pour les générations futures", avec plus d'abonnements et de revenus publicitaires, a expliqué M. Soon-Shiong, dans les colonnes du L.A.Times. Cet entrepreneur, qui a fait fortune dans le secteur des biotechnologies, avait racheté le journal californien pour 500 millions de dollars en 2018. Septante postes avaient déjà été supprimés en juin 2023 et, début janvier, le directeur de la rédaction du Los Angeles Times, Kevin Merida, avait quitté ses fonctions, début janvier, sur fond de désaccords avec le propriétaire.
Les "pure players" ne sont pas épargnés
Le même jour que l'annonce faite par le patron du L.A. Times, Jessica Sibley, CEO de Time Magazine, communiquait à ses équipes "la difficile décision de supprimer des postes au sein de plusieurs services", sans encore donner de chiffres.
Ces annonces font suite à d'autres faites en 2023. Du Washington Post, propriété du milliardaire et fondateur d'Amazon Jeff Bezos, à la radio publique NPR, en passant par Vox Media (New York Magazine, The Verge, Vox), 2023 a été marquée par de nombreux plans de licenciements dans les rédactions américaines, un mouvement qui se poursuit depuis plusieurs années.
Les difficultés de la presse américaine ne touchent pas que la presse dite traditionnelle. Les médias en ligne, ceux qu'on appelle les "pure players", sont aussi touchés. En mai, le groupe Vice Media s'était déclaré en faillite. Un mois plus tôt, c'était BuzzFeed qui avait annoncé la fermeture de son site d'infos BuzzFeed News, avec 180 licenciements à la clé.
Un cocktail explosif
D'après un récent rapport de la société de conseil en ressources humaines Challenger, Gray&Christmas, près de 2 700 emplois auraient été supprimés dans les médias d'information américains en 2023, contre 1 800 en 2022 et 1 500 en 2021.
Au-delà de la nécessaire adaptation au monde numérique, qui ont nécessité d'importants investissements de la part des groupes de médias d'information depuis plusieurs années, les éditeurs de journaux, qu'ils soient américains ou européens, sont confrontés à une diminution des revenus publicitaires et à la perte d'abonnés. Un cocktail explosif qui a pour effet de fragiliser les comptes des entreprises de presse, lesquelles s'engagent dans une spirale de réductions de coûts qui passent, inévitablement, par des suppressions d'emplois.
