Le groupe d'armement Herstal, en pleine forme, change de nom et devient FN Browning
Le groupe d'armement "Groupe Herstal" devient FN Browning, en cette année 2024 qui renoue avec la rentabilité et une croissance solide. Les partenariats avec l'État belge et l'armée française renforcent le bilan.

- Publié le 14-06-2024 à 16h00
- Mis à jour le 17-06-2024 à 08h56

Saviez-vous que le Lidar – nom des célèbres radars qui vous flashent sur les routes – est une technologie commercialisée par le spécialiste de l'armement wallon Groupe Herstal ? Surprenant non ? Mais parlons de "FN Browning" désormais. Car au-delà de l'anecdote routière, le fait important de ce vendredi, c'est bien cela. Le célèbre groupe d'armement fondé en 1889 change son nom pour le holding international, mais conserve le nom "FN Herstal" pour son site de Liège.
Et FN Browning – hommage à John Browning, pionnier américain de l'armement et l'un des grands noms de l'histoire du groupe -, pour plusieurs raisons, se porte bien. Le groupe industriel d'armement détenu par la Région wallonne publie ce vendredi ses résultats 2023. L'essentiel tient en une phrase : 908 millions d'euros de chiffre d'affaires, et 75 millions de résultat net, avec des filiales désormais toutes rentables, contrairement à 2021 et 2022 où des pertes avaient été constatées.
Le rôle de la guerre
"Le contexte sécuritaire a joué un rôle", reconnaît Julien Compère, le CEO de FN Browning. "Mais ça ne se limite pas à la guerre en Ukraine. Il y a un réinvestissement global de Défense", explique-t-il. Rappelons effectivement que les pays européens reconstituent, entre autres, leurs stocks de munitions et anticipent davantage les conflits depuis l'invasion de l'Ukraine.
Et si les chiffres sont très bons, ils n'explosent pas non plus (+12 % du chiffre d'affaires sur un an) étant donné la situation exceptionnelle, c'est pour une bonne raison. "Nous fonctionnons avec les capacités industrielles qui sont les nôtres. Très similaires à ce qu'elles étaient en 2021. Le contexte a un impact, mais nous ne pouvons pas produire au-delà de nos capacités", lance-t-il.
Prudent, le dirigeant annonce tout de même la construction d'une nouvelle ligne de production de munitions, à cheval sur les sites de Herstal et de Zutendaal.
"L'engagement avec l'État Belge sur 20 ans pour un partenariat exclusif sur les munitions signé cette année est donc une bonne nouvelle. Les nouvelles capacités seront mises en place dans les 3 ans. L'investissement sera autour de 100 millions d'euros", précise-t-il. Rappelons que le groupe emploie environ 1 500 équivalents temps plein sur le site de Herstal et entre 60 et 100 à Zutendaal, le site sur lequel les munitions sont "chargées" de poudre.
"Le partenariat avec l'Etat belge est substantiel mais rappelons que nous sommes sur un montant d'environ 1,4 milliard d'euros sur 20 ans. Ce n'est pas uniquement grâce à cela qu'on va gagner notre vie."
"C'est un partenariat substantiel et qui donne une visibilité à long terme mais rappelons que nous sommes sur un montant d'environ 1,4 milliard d'euros sur 20 ans. Ce n'est pas neutre mais ce n'est pas uniquement grâce à cela qu'on va gagner notre vie. On va continuer à travailler. Le pôle Europe est en croissance. On attend une stabilisation dans les prochaines années, il faut garantir la rentabilité", assume le patron sans détour.
"Pour le partenariat avec la France, on ne peut que se réjouir. On a longtemps voulu que notre marché "captif" s'agrandisse, ce qu'on arrive à faire. Mais c'est un partenariat d'une autre ampleur que celui avec l'État belge, qui comprend munitions, recherche et développement,... En France, on sera sur une fourniture d'une partie du matériel, dont des mitrailleuses. Il est trop tôt pour évaluer les recettes mais l'armée française reste l'armée de référence en Europe", glisse-t-il.
"Pour un million d'obus, pour pouvez faire 5-6 milliards de munitions petits calibres. Donc la forte demande en obus de 155 mm pourrait provoquer des pénuries sur le petit calibre."
Pénurie de poudre
Si FN Browning se veut donc confiant, le groupe tient à l'œil sa chaîne d'approvisionnement. Sans pouvoir entrer dans les détails, Julien Compère signifie que la pénurie de poudre a touché l'industrie de la Défense. "Pour un million d'obus, vous pouvez faire 5-6 milliards de munitions petit calibre. Donc la forte demande en obus de 155 mm pourrait provoquer des pénuries sur le petit calibre. Et nous restons vigilants sur la capacité de fourniture en matière première", à savoir la nitrocellulose pour la poudre, dont les États-Unis, l'Afrique du Sud, la France mais aussi la Chine sont d'importants producteurs.
Et à la question de savoir si l'Europe est trop dépendante de la Chine, il répond : "La Chine reste un acteur extrêmement important. Mais les acteurs cherchent à alimenter leur marché, pour la 'consommation personnelle' de chaque pays. Donc les marchés se sont un peu refermés sur eux-mêmes".
Confiant après les élections ?
Le dirigeant se montre prudent mais ne cache pas une certaine crainte par rapport aux résultats des élections européennes et ce que cela pourrait changer en termes de politique industrielle et d'échanges entre pays. Quoi qu'il en soit, au niveau belge, il se réjouit du travail effectué avec la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) qui a remis la question de l'industrie de Défense au centre des débats et se veut confiant pour la succession.
Mais le groupe ne sabre pas non plus le champagne pour autant et veut rester prudent."On va voir ce que réserve l'avenir pour les revenus. On doit déjà réinvestir beaucoup pour répondre à la demande actuelle en Belgique, en France et aux Pays-Bas, et s'assurer que cela se fasse de manière gérable. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation", et donc pas devenir trop gros, trop vite, affirme-t-il.
Néanmoins, notons que le groupe est troisième mondial, derrière l'américain Sig Sauer et l'Italien, numéro 1 de loin, Beretta. "Si on exclut la Chine, pour laquelle on n'a pas de visibilité", termine Julien Compère, annonçant un dividende de 15 millions d'euros pour l'actionnaire wallon, contre 10 millions un an plus tôt.
Un autre marché : le "non létal"
En amont de la conférence de presse, FN Browning a présenté une version de son arme non létale FN303 (lancée en 2004) équipée d'un nouveau système "intelligent" qui détecte les visages et bloque automatiquement le tir. En clair, une arme de neutralisation qui peut éviter les blessures graves lors d'une neutralisation (ou de bavures).
Et est-ce que le groupe veut se positionner sur le marché en France, où éborgnements liés aux LBD40 et autres flashballs ont fait couler beaucoup d'encre et de sang ? "Pourquoi pas. Si on peut éviter les problèmes connus pendant la crise des gilets jaunes", glisse une personne interne au groupe. De quoi diversifier les sources de revenus et se positionner sur plusieurs secteurs, dont la Défense, la sécurité et la police, la chasse et le tir sportif.


Chiffres clés 2024 de FN Browning :
- Chiffre d'affaires dans le monde: 908 millions d'euros (Plus de 500 millions vai le pôle Défense et Sécurité et plus de 400 millions pour la chasse et le tir sportif).
- Résultat net : 75 millions d'euros.
- Ebit: 90 millions euros.
- Dividende 2024 pour Wallonie Entreprendre, l'actionnaire (Région Walonne): 15 millions d'euros (10 millions l'année précédente).