Bientôt des avions sans pilote ? "L'autonomie finira par s'imposer"
Série d'été | La technologie permet déjà de se passer en grande partie de l'humain dans les moyens de transport. Mais de nombreuses questions, certaines éthiques, restent à trancher.

- Publié le 19-08-2024 à 08h36
- Mis à jour le 02-09-2024 à 16h56

L'intelligence artificielle (IA) est déjà bien présente dans notre manière de bouger. On pense évidemment aux voitures "autonomes", sans doute l'une des avancées les plus spectaculaires de l'IA ces dernières années. Notons d'entrée que les automobiles sans aucun conducteur ne sont pas encore prêtes à circuler massivement sur nos routes. Un véhicule totalement autonome (niveau 5) est ainsi encore inexistant à ce jour. Mais les engins "semi-autonome" disposant de différents systèmes d'aide à la conduite ou de conduite semi-automatisée supervisée par le conducteur (niveau 2) ou même des automobiles à délégation de conduite (niveau 3) sont désormais commercialisés en Europe.
La tendance est là. La plupart des automobiles sont dorénavant munies d'une multitude de capteurs (caméra, lidar, ultrasons…) analysés par des logiciels d'intelligence artificielle. La voiture est devenue un objet numérique et les partenariats entre les géants de l'informatique et constructeurs se multiplient, comme celui de Google avec Renault-Nissan, ou encore Volkswagen et Microsoft. Ces aides automatisées à la conduite visent avant tout à amener davantage de sécurité. L'IA peut analyser des obstacles ou des "lignes blanches" au milieu d'une route. Elle peut aussi intervenir si la distance de sécurité avec un autre véhicule atteint un seuil critique ou même si le conducteur s'assoupit au volant.
Mais si la technologie est là, les freins réglementaires sont encore nombreux avant le déploiement massif de ce type d'engins intelligents. Avec l'avènement de l'autonomie est aussi arrivé ce qu'on appelle le "dilemme du tramway". Des véhicules autonomes pourraient devoir "choisir" entre qui vit et qui meurt en cas de défaillance des freins ou de collision inévitable. Une voiture autonome qui ne pourrait éviter l'accident doit-elle épargner les piétons ou ses passagers ? D'autres questions n'ont pas été tranchées, notamment en termes d'assurances (qui est responsable en cas d'accident ? Le constructeur ou le chauffeur ?) ou de sécurité face aux potentielles cyberattaques.
Dans les airs aussi, on se pose beaucoup de questions. En quelques années, l'intelligence artificielle a fait d'énorme progrès. Les deux géants du ciel, Airbus et Boeing, travaillent sur l'automatisation avancée des avions et des logiciels sont déjà capables de gérer des opérations au sol et en vol sans intervention humaine. Récemment, le constructeur européen a même réussi à faire décoller et atterrir un énorme Airbus A350 sans l'aide de pilotes à bord.
Des freins importants
Mais là aussi il y a des freins réglementaires et psychologiques. Alors qu'il est déjà compliqué pour beaucoup d'entre nous de lâcher son volant sur une autoroute, voire même pour certains d'être transporté par un métro sans conducteur, les réticences s'accentuent à 10 000 mètres d'altitude. Selon un sondage réalisé en France l'année dernière, 82 % des sondés considèrent que l'IA ne doit pas supplanter l'homme dans les avions. Et 83 % "ne réserveraient pas un vol sur un avion copiloté avec une IA". Pourtant tous les jours, des appareils volent déjà sans pilote. C'est le cas des drones militaires et civils de surveillance et de livraison, et cela devrait être le cas très bientôt pour la plupart des futurs taxis volants. "L'autonomie finira par s'imposer dans tous les avions", expliquait David Calhoun, l'ancien patron de Boeing, début 2023.
Jusqu'ici très réticentes à voir des avions voler sans pilote, les autorités européenne et américaine entrouvrent désormais timidement les portes à ce type de projets. Mais uniquement pour des raisons de sécurité. "En cas d'incapacité de l'équipage, des systèmes autonomes avancés devraient être mis en place pour piloter l'avion sans qu'un pilote soit aux commandes", estime ainsi Patrick Ky, directeur exécutif de l'Easa, l'agence européenne de sécurité aérienne. La navigation nautique n'est pas en reste, avec, là aussi des projets de bateaux autonomes et des systèmes d'aide à la navigation de plus en plus performants.
"Grâce à ses capacités de traduction, l'IA générative peut lever la barrière de la langue qui, pour les touristes étrangers, constitue souvent le principal obstacle à une expérience positive des transports"
"Réduire la possession de voitures"
Enfin, d'après le consultant Capgemini, l'intelligence artificielle permettra de "réduire la possession de voitures" avec "un report important du trafic vers des mobilités collectives, partagées et/ou actives". Selon le consultant, l'IA générative aura un impact très significatif sur deux domaines clés : l'efficacité opérationnelle – avec des calculs de trajets de plus en plus précis et personnalisés — et l'expérience des voyageurs. "Cela aura pour conséquences, des bénéfices significatifs pour les entreprises de la mobilité, leurs collaborateurs, leurs clients… et l'environnement". Pour rappel, l'IA générative est une forme d'intelligence artificielle capable de générer du texte, des images, de la vidéo, de l'audio, ou un mélange de ces médias.
D'après Capgemini, ce type d'intelligence permettra notamment de mettre en place des agents conversationnels (ou chatbots) beaucoup plus évolués qu'aujourd'hui. "Ils seront capables d'échanger dans un langage comparable à celui de l'homme. Grâce à ses capacités de traduction, l'IA générative peut lever la barrière de la langue qui, pour les touristes étrangers, constitue souvent le principal obstacle à une expérience positive des transports".
À l'occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, la RATP et la SNCF ont ainsi mis en place, de manière expérimentale, plusieurs dispositifs se basant sur l'IA. L'un d'eux permet de traduire instantanément en plusieurs langues, puis prononcer par une voix synthétique, les annonces sonores diffusées dans une gare. "Une autre solution passera par la mise à disposition des agents d'une application de traduction instantanée spécialisée : la demande, que le voyageur exprimera dans sa langue, sera d'abord traduite en français pour l'agent, qui pourra formuler sa réponse en français avant que celle-ci ne soit à son tour traduite dans la langue du voyageur." De petites choses peut-être, mais qui, selon Capgemini, devraient rendre les transports en commun beaucoup plus attractifs.
Série d'été | L'IA : opportunité ou danger ? (2/5)
L'intelligence artificielle (IA) est déjà une réalité : elle est en train de s'immiscer dans tous les domaines de la société et touche déjà, de façon très concrète (et souvent sans le savoir), nos vies quotidiennes. Ce samedi, La Libre entame sa dernière série estivale en se penchant précisément sur cette IA qui est l'objet de nombreuses attentes mais qui suscite aussi de grandes craintes. Dans ce premier volet, nous nous penchons, avec quelques professionnels du secteur, sur la médecine, où les besoins seront immenses dans les décennies à venir sur fond de vieillissement de la population.
- Premier volet, 17/08: "Si on continue à faire de la médecine comme aujourd'hui, on court à la catastrophe. L'IA aidera à faire face au papy-boom"
- Prochain volet mardi 20 août : Comment l'IA va révolutionner le monde de l'enseignement.
