Le patron de Superdry fustige le géant de la fast fashion Shein
Julian Dunkerton, CEO de Superdry, s'en est pris à la chaîne de vêtements chinoise lors d'une interview, et appelle les autorités à agir.

- Publié le 24-09-2024 à 17h49
- Mis à jour le 24-09-2024 à 18h13

Le patron de Superdry, Julian Dunkerton, monte au créneau contre Shein, le géant chinois de la mode rapide (fast fashion), qu'il accuse de profiter d'une faille fiscale pour éviter de payer des impôts au Royaume-Uni. Dans une interview accordée à la BBC, le cofondateur et CEO de la chaîne de vêtements a dénoncé les pratiques fiscales de Shein. Cette faille permettrait à l'entreprise de ne pas payer de droits d'importation sur les colis de faible valeur expédiés directement aux consommateurs britanniques.
"Nous permettons à quelqu'un de venir au Royaume-Uni et d'échapper à l'impôt."
Une réglementation inéquitable
Les colis envoyés d'une valeur inférieure à 135 livres sterling échappent en effet aux droits d'importation. Une exemption qui date d'une époque où le commerce en ligne était bien moins développé.
Sauf que désormais, des entreprises comme Shein, avec ses pratiques d'expédition directes depuis l'étranger, exploiteraient cette réglementation, selon Julian Dunkerton, pour éviter de contribuer équitablement au fisc britannique. "Les règles n'ont pas été conçues pour permettre à une entreprise d'envoyer des colis individuels [et] de réaliser un chiffre d'affaires d'un milliard de livres au Royaume-Uni sans payer le moindre impôt", a-t-il déclaré avant d'ajouter : "Ici, nous permettons à quelqu'un de venir au Royaume-Uni et d'échapper à l'impôt."
Shein, qui a refusé de commenter directement ces accusations, a affirmé que son succès repose sur une "chaîne d'approvisionnement efficace", et non sur des avantages fiscaux.
Le Trésor britannique a également réagi en affirmant que le régime fiscal actuel vise à trouver un équilibre entre les intérêts des consommateurs, des détaillants britanniques, et ceux des entreprises qui importent des biens. Cependant, pour le patron de Superdry, la situation actuelle crée une distorsion du marché au détriment des détaillants nationaux.
Il est important d'indiquer que la marque britannique souffre depuis quelques années. Si en 2018, l'entreprise était valorisée à 1,8 milliard de livres sterling, elle vaut désormais moins de 10 millions.
Un désastre environnemental ?
Outre les accusations fiscales, Julian Dunkerton a également qualifié Shein de "désastre environnemental complet". Il a suggéré que l'entreprise soit soumise à une taxe environnementale en plus de la TVA et des droits d'importation.
La méthode de production de Shein, qui repose sur la fabrication de produits en fonction de la demande "en temps réel", a été critiquée par les associations et autres acteurs du secteur pour encourager une consommation effrénée et un cycle de mode jetable. Shein, cependant, défend sa méthode comme plus efficace que celle des détaillants traditionnels, affirmant que sa stratégie réduit le gaspillage. Cependant, les critiques persistent, soulignant que ses prix bas et sa stratégie marketing incitent les consommateurs à acheter des vêtements de manière impulsive pour les porter une seule fois.
À noter que la question des exonérations fiscales de Shein et d'autres entreprises de vente directe aux consommateurs comme Temu dépasse les frontières de la Manche. Les États-Unis et l'Union européenne ont déjà entamé des discussions pour renforcer leur réglementation fiscale face à ces nouveaux géants du commerce en ligne. En effet, des législateurs américains, inquiets des liens supposés de Shein avec la République populaire de Chine, ont également intensifié leurs appels à la régulation.
