Il faudra bientôt avoir un smartphone pour pouvoir embarquer dans un avion de Ryanair : "Une pratique discriminatoire", selon Testachats
La compagnie irlandaise veut supprimer les cartes d'embarquement en papier au printemps prochain. Testachats demande aux autorités, en particulier européennes, de "se saisir sérieusement de cette question".

- Publié le 08-10-2024 à 19h34
- Mis à jour le 08-10-2024 à 20h18

C'est ce qu'on appelle un virage digital radical. À partir de mai 2025, la compagnie aérienne Ryanair n'autorisera plus l'utilisation de cartes d'embarquement imprimées. "Nous travaillons pour qu'à partir du 1er mai, tout se fasse sur l'application, plus rien ne se fasse sur papier", a ainsi expliqué Michael O'Leary, le patron du groupe irlandais, lors d'un événement presse organisé à Dublin et relayé par plusieurs médias anglophones. "Nous allons supprimer les guichets d'enregistrement des billets et il n'y aura alors plus de raison de faire payer les gens pour l'enregistrement à l'aéroport". Pour rappel, la compagnie irlandaise facture actuellement 55 euros les enregistrements au comptoir, alors qu'ils sont gratuits s'ils se font en ligne. Dans le nouveau règlement de la compagnie, il sera obligatoire de faire l'enregistrement via l'application et, ensuite, de montrer sa carte d'embarquement digitale.
M. O'Leary devra s'adapter lui-même
Tout le processus devra donc désormais passer via un smartphone ou une tablette. M. O'Leary a admis que lui-même devrait s'adapter à cette nouvelle mesure. "Je suis l'une des dernières personnes à se présenter encore avec son bout de papier". Selon lui, ce changement ne devrait pas poser de problèmes majeurs à ses passagers dont la majorité utilise déjà leur smartphone pour pouvoir accéder aux avions de la compagnie. D'après Ryanair, 80 % des utilisateurs utiliseront ainsi l'application en guise de billet d'ici la fin de l'année.
Du côté des Irlandais, champions des coûts bas, on y voit un gain économique. "Cette mesure diminuera le nombre de travailleurs nécessaires à l'aéroport et aidera à maintenir les prix des billets d'avion bas", indique la compagnie.
Ryanair l'affirme aussi : le passager ne doit pas s'inquiéter si son téléphone tombe subitement en panne ou se trouve à court de batterie au moment de l'embarquement. "Nous avons une solution, poursuit M. O'Leary. Il existe déjà des procédures lorsque le téléphone d'un passager ne passe pas sur un scanner. Avec votre nom et votre passeport nous pouvons vous faire embarquer".
Cette mesure ne plaît pas à tout le monde et certains s'interrogent sur sa mise en pratique. Plusieurs aéroports européens n'acceptent ainsi encore uniquement que des cartes d'embarquement imprimées.
Du côté de l'organisation des consommateurs Testachats, on déplore en tout cas cette décision. "Nous ne pouvant que constater que de plus en plus de sociétés pénalisent, voire privent les personnes ne disposant pas de smartphone de services essentiels", explique Julie Frère, la porte-parole de Testachats.
"Nous pensons qu'il s'agit d'une pratique discriminatoire et enjoignons les autorités, en particulier européennes, à se saisir sérieusement de cette question"
Une action en justice contre la SNCB
"Dans ce contexte, nous avons d'ailleurs donné instruction à notre avocat de lancer, conjointement avec Unia, une action en justice contre la SNCB pour sa politique tarifaire discriminatoire qui permet d'obtenir de meilleurs tarifs lorsque l'on réserve son billet via l'app qu'au comptoir ou à la borne, ou qui réserve certains tarifs avantageux à celles et ceux disposant d'un smartphone".
Selon l'organisation, la décision prise par Ryanair privera les personnes ne disposant pas d'un smartphone de la possibilité de prendre l'avion. "Pour Testachats, la décision de Ryanair de supprimer les cartes d'embarquement papier est un pas de plus vers l'exclusion des personnes qui ne disposent pas d'un smartphone. Nous pensons qu'il s'agit d'une pratique discriminatoire et enjoignons les autorités, en particulier européennes, à se saisir sérieusement de cette question", insiste Julie Frère, porte-parole de Testachats.
