Une start-up belge développe un "pantalon intelligent" pour améliorer les performances et la revalidation des sportifs
Skinetix, fondée par deux doctorants de la VUB avec l'imec, teste actuellement un prototype en collaboration avec la fédération belge d'athlétisme et des clubs de football. Révolutionnaire ?

- Publié le 13-11-2024 à 17h06
- Mis à jour le 13-11-2024 à 17h09
Un pantalon de sport (du type collant), des mini-capteurs intégrés, une plateforme de traitement de données, des algorithmes d'intelligence artificielle… Telles sont les principales composantes de Skinetix, une start-up dont la création vient d'être annoncée par la VUB (Vrije Universiteit Brussel) et l'imec (centre de recherche en microélectronique et nanotechnologie basé à Louvain).
Cette jeune pousse, fondée par deux jeunes doctorants de la VUB (Joris De Winter et Kevin Langlois), a mis au point une plateforme pour aider les sportifs professionnels, et les équipes médicales qui les accompagnent, à s'entraîner de manière plus performante, mais aussi à récupérer plus rapidement à la suite de blessures aux ischio-jambiers (groupe de trois muscles situés à l'arrière de la cuisse).

Des données captées à même les terrains de sport
L'une des particularités du projet est de récolter les données, en temps réel, c'est-à-dire lorsque les sportifs sont en action sur les terrains. Il n'est donc plus nécessaire de les envoyer dans des laboratoires pour des tests physiques. Il leur suffit d'enfiler un pantalon de sport doté de capteurs d'électromyogramme (EMG), qui vont enregistrer les impulsions électriques que le cerveau envoie aux muscles pour réaliser un mouvement spécifique. Ces données sont envoyées vers la plateforme Skinetix, où elles vont être traitées dans un modèle biomécanique personnalisé, alimenté par l'IA, dont on va extraire une série d'informations (qualité du mouvement, condition musculaire et fatigue).
"Grâce à des informations biomécaniques axées sur les données et collectées sur le terrain, Skinetix permet d'optimiser la manière dont les athlètes s'entraînent, afin qu'ils puissent s'améliorer ou récupérer plus rapidement d'une blessure."
La méthode développée par Joris De Winter et Kevin Langlois, en collaboration avec imec, offre l'avantage de mesurer chaque muscle ischio-jambier séparément. L'équipe médicale des sportifs peut ainsi assurer des suivis individuels des ischio-jambiers. En cas de blessure, la plateforme indiquera, en temps réel, quel muscle est soumis à quelles tensions. Elle informera aussi sur l'équilibre musculaire et le niveau de fatigue. "Autant de paramètres essentiels qui aident les sportifs dans le cadre de leur rééducation ou de l'optimisation de leur programme d'entraînement", explique-t-on chez Skinetix.

Skinetix cible, en priorité, les sportifs professionnels qui effectuent des efforts physiques intenses et récurrents. "Avec un calendrier de compétitions plus que rempli, souligne Joris De Winter, CEO de Skinetix, il est très difficile de ne pas se blesser. Grâce à des informations biomécaniques axées sur les données et collectées sur le terrain, Skinetix permet d'optimiser la manière dont les athlètes s'entraînent, afin qu'ils puissent s'améliorer ou récupérer plus rapidement d'une blessure. Vu les coûts énormes qu'engendrent les blessures, cette technologie peut révolutionner le sport de haut niveau."
Les joueuses d'Anderlecht comme cobayes
Les deux fondateurs de Skinetix prévoient de commercialiser leur produit à partir de 2026 en visant, dans un premier temps, les compétitions internationales de football. Leur intention est, par la suite, de s'étendre au football américain, à l'athlétisme, au basket et au baseball. Soit un marché potentiel de 1,5 milliard d'euros et de plus de 250 000 sportifs professionnels, ressort-il de leurs projections.
Financièrement, Skinetix a bénéficié du soutien du fonds DeepTech de l'imec et du BlueHealth Innovation Fund. Skinetix a aussi travaillé en étroite collaboration avec la fédération belge d'athlétisme et plusieurs grands clubs de football belges pour mettre au point sa solution. C'est notamment le cas de l'équipe féminine d'Anderlecht, qui a déjà eu l'occasion de tester le dispositif.
Fibretronique, microélectronique, nanotechnologie
La création de vêtements intelligents, ou connectés, n'est pas neuve. Cela fait déjà plusieurs années que des entreprises, dont de nombreuses start-up, présentent des prototypes lors du Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas. À l'aide de micro-capteurs situés dans le tissu du vêtement, ces vêtements permettent, au même titre d'ailleurs que les montres ou les bracelets connectés, de surveiller différents paramètres biométriques (température corporelle, rythme cardiaque, niveau d'hydratation, etc.).
S'il existe différentes technologies, dont celle de la fibretronique (intégration de technologies dans les textiles), les avancées en matière de microélectronique et de nanotechnologie, dont le centre de recherche flamand imec a fait sa spécialité, permettent aujourd'hui de concevoir des capteurs de plus en plus petits, légers et précis. Ce dont semble profiter Skinetix.