Le deuxième "super fonds" belge pour les entreprises de croissance prend son envol : "Notre objectif est de lever entre 350 et 400 millions d'euros"
La SFPI et ses partenaires, BNP Paribas Fortis et PMV, annoncent une première clôture du nouveau "Belgian Growth Fund" (BGF) à 202 millions d'euros. Le premier BGF, lancé en 2019, a démontré l'efficacité du modèle pour les scale-up et entreprises belges de croissance.

- Publié le 27-12-2024 à 08h05
- Mis à jour le 27-12-2024 à 08h06

C'est reparti pour un tour ! Cinq ans après le lancement du premier Belgian Growth Fund (BGF I), la Société fédérale de participation et d'investissement (SFPI) – le bras financier de l'État belge – annonce, ce vendredi, avoir réalisé une première clôture d'un deuxième "super fonds" (BGF II) à hauteur de 202 millions d'euros.
BGF I, alimenté à hauteur de 312 millions d'euros par la SFPI et une série d'investisseurs institutionnels belges (dont PMV et BNP Paribas Fortis, mais aussi AG Insurance, Ethias, KBC Insurance, Belfius Insurance, Crelan, etc.), a déjà permis, en cinq ans, d'investir plus d'un demi-milliard d'euros (576 millions, très précisément) dans 40 scale-up et entreprises en croissance belges. Et cela, grâce à l'effet multiplicateur inhérent au modèle hybride du BGF.
Un fonds de 19 fonds
Le Belgium Growth Fund est ce qu'on appelle, dans le jargon financier, un "fonds de fonds". Cela signifie que BGF n'investit pas directement dans des entreprises, mais par l'intermédiaire de fonds de capital-risque et de croissance spécialisés. En fonction des opportunités et au terme d'une sélection rigoureuse des dossiers, ces fonds investissent dans des scale-up et des entreprises de croissance.
Le BGF I a clôturé sa phase d'investissement en juin dernier. Entre 2019 et mi-2024, il a investi dans 19 fonds belges et transfrontaliers. "Au total, on prévoit que BGF I fournira plus de 300 millions d'euros en capital à risque à une soixantaine de scale-up et sociétés de croissance belges", indique, à La Libre, Pierre Demaerel, président du Belgium Growth Fund. Sur les 130 sociétés investies à ce jour par les 19 fonds, on trouve déjà 40 sociétés belges.
L'objectif du BGF est de soutenir la croissance et l'internationalisation de scale-up et entreprises belges prometteuses en leur donnant accès à du capital à risque, grâce aux fonds dans lesquels BGF investit, tout en assurant leur ancrage belge. La Belgique reste en effet à la traîne, par rapport à ses voisins, en matière financement des scale-up et de sociétés de croissance. Lorsqu'elles doivent lever 20 ou 30 millions d'euros, elles sont souvent contraintes de s'adresser à des fonds étrangers ou bien se faire absorber par des sociétés non implantées en Belgique. Le risque est alors grand de perdre les bénéfices, en termes de création de valeur et d'emplois, de ces pépites en devenir.
Une feuille de route respectée
En s'appuyant sur des fonds spécialisés (tels que Smartfin, Fortino, Sofindev, Andera, Kurma, M80, Forbion, Apheon, etc.), BGF I s'est constitué un solide portefeuille de scale-up et entreprises de croissance belges actives dans différents secteurs. C'est le cas de sociétés telles que Theo Technologies (société louvaniste qui développe de technologies vidéo), Ampacimon (entreprise liégeoise de logiciels de surveillance et de capteurs pour les réseaux électriques) et Acumen (société bruxelloise de lobbying). Sur les 40 sociétés investies à ce jour, il faut bien admettre que l'on trouve peu de sociétés wallonnes (Hex-Rays, Sigma Conso, Haulogy, Ampacimon…). "C'est le reflet de la réalité économique de la Belgique (en termes de sociétés de croissance et de fonds de capital-risque, NdlR)", se borne à constater Pierre Demaerel.
"Avec 576 millions d'euros investis dans 40 scale-up belges par les fonds dans lesquels nous avons investis, on atteint déjà 3,7 fois le montant que Belgian Growth Fund a libéré auprès de ces fonds."
Les performances financières de BGF I sont, en tout cas, à la hauteur des objectifs affichés lors du lancement du fonds en 2019. "Avec 576 millions d'euros investis dans 40 scale-up belges par les fonds dans lesquels nous avons investi, on atteint déjà 3,7 fois le montant que BGF a libéré auprès de ces fonds", se félicitent Wouter Winnen (Head of Fund Investments chez PMV) et Koen Broothaers (directeur des investissements de BNP Paribas Fortis).
Les actionnaires du BGF I ont déjà commencé à toucher les premiers fruits de leurs investissements grâce au versement, par certains des 19 fonds investis, de plus-values réalisées lors de cessions d'actions. "À la fin du 3e trimestre, 16 millions d'euros avaient été reversés aux actionnaires de BGF I, poursuivent les représentants de PMV et de BNP Paribas Fortis. Cela représente 9 % des moyens que nous avons actuellement libérés pour les différents fonds dans lesquels nous sommes". Le rendement financier, mesuré par l'IRR net (c'est-à-dire après déduction des frais de gestion dus aux différents fonds), atteint déjà 8,04 %. "C'est une belle performance, pour un fonds de fonds, à ce stade de l'investissement et alors qu'on n'est pas encore au tiers de sa durée de vie (18 ans). Jusqu'ici, on a délivré ce qu'on avait promis aux investisseurs du fonds. Selon nos projections, nous estimons que l'IRR net devrait se situer entre 10 et 15 %", souligne Pierre Demaerel.
BGF II, copier-coller du I
Le deuxième fonds BGF est un copier-coller du premier. La seule véritable nouveauté concerne la part dédiée aux fonds ESG (75 % des moyens investis dans des fonds articles 8 et 9).
PMV et BNP Paribas Fortis ont à nouveau été choisis par la SFPI pour gérer le fonds. Ils figurent aussi parmi les premiers investisseurs : tandis que la SFPI prévoit d'investir jusqu'à 150 millions d'euros dans BGF II, PMV injectera un total compris entre 25 et 40 millions et BNP Paribas Fortis 25 millions. AG Insurance et Ethias ont aussi déjà décidé de rempiler. Et vu les bonnes performances de BGF I, on s'attend à ce que la plupart des autres suivent. Les nouveaux éventuels investisseurs, de leur côté, devraient se manifester lors d'un deuxième closing prévu dans le courant de 2025.
"On aimerait attirer des family offices belges. Désormais, grâce au BGF I, on peut faire valoir les performances financières et un portefeuille très solide. On a respecté notre feuille de route."
Le BGF II s'est fixé comme objectif final de lever 350 millions d'euros (avec un plafond de 400 millions). "On aimerait attirer des family offices belges, explique Pierre Demaerel. C'est un produit très diversifié en termes de risque. Désormais, grâce au BGF I, on peut aussi faire valoir les performances financières et un portefeuille très solide. On a respecté notre feuille de route, ce qui donne confiance aux investisseurs existants, mais aussi à de futurs investisseurs".
Pour le surplus, la stratégie reste inchangée : l'objectif de BGF II est d'investir dans 10 à 15 fonds d'investissement spécialisés.
