József Váradi, le Hongrois qui défie Ryanair : "Mon travail n'est pas d'être aimé, mais d'être respecté"
Cofondateur et patron de la compagnie Wizz Air, József Váradi a un parcours rempli de polémiques. Fils d'un ancien résistant de la révolution hongroise et marié à une vice-championne olympique de canoë-Kayak, l'homme d'affaires envisage de faire de sa compagnie le plus grande d'Europe.

- Publié le 25-01-2025 à 13h16

Plusieurs de ses employés le surnomment le "dictateur". Mais József Váradi n'en a cure. L'important pour l'homme d'affaires hongrois est de faire décoller sa compagnie Wizz Air vers les sommets. Et si possible que le cours de l'action de l'entreprise prenne le même chemin : les actionnaires lui ont promis un bonus exceptionnel de 118 millions d'euros si la valeur boursière de l'entreprise atteignait un certain niveau d'ici trois ans.
"Pire transporteur aérien d'Europe"
Certains des actionnaires de la compagnie low cost n'ont toutefois pas ménagé le natif de Debrecen lors de la dernière assemblée générale de Wizz Air en octobre dernier. Fait assez rare, un cinquième d'entre eux ont ainsi voté contre la prime annuelle de près de 2,5 millions d'euros promis au patron. Leurs principaux griefs ? L'année a été jugée décevante d'un point de vue boursier et les avis des passagers restent trop négatifs envers Wizz Air. Pour la troisième année consécutive, la compagnie hongroise a ainsi été nommée "pire transporteur aérien d'Europe" par l'association de consommateurs britannique Which ?
"Malgré la vision socialiste imposée par certains lobbies, nous avons gagné la confiance des actionnaires."
Un classement "faussé" , selon József Váradi, qui préfère mettre en avant le nouveau record de 62 millions de passagers transportés par sa compagnie en 2024, soit une hausse de près de 10 % en un an. À la sortie cette assemblée générale mouvementée, l'homme, qui aura 60 ans cette année, parlait même d'une "victoire absolue". "Malgré la vision socialiste imposée par certains lobbies, nous avons gagné la confiance des actionnaires", expliquait-il. En Hongrie, ce n'est un secret pour personne : József Váradi a la dent dure contre tout ce qui est à gauche et surtout à l'extrême gauche sur l'échiquier politique.
Le patron se souvient ainsi que c'est un gouvernement mené par le social-démocrate Medgyessy qui l'a limogé quand il était à la tête de l'ancienne compagnie nationale Malév. Mais József Váradi a surtout en mémoire le sort réservé par le régime communiste hongrois à son père, l'un des nombreux participants de la révolution de 1956. Brièvement emprisonné, ce dernier ne trouva plus jamais de boulot stable par après, ce qui obligea la mère de l'actuel patron de Wizz Air à travailler dans une usine pour aider à subvenir aux besoins de la famille.
J'ai senti que je devais faire quelque chose pour le sang (de notre famille), pour prouver que nous valons plus que ce que mon père a obtenu."
L'épisode marqua au fer rouge le jeune Váradi. Il le poussa à gravir l'échelle sociale à toute allure. "J'ai senti que je devais faire quelque chose pour le sang (de notre famille), pour prouver que nous valons plus que ce que mon père a obtenu". Marié à Kinga Bóta, la vice championne de canoë-kayak aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004, le patron de Wizz Air est devenu l'une des plus grandes fortunes de Hongrie. Il exploite également un vignoble en famille.
Le parcours a toutefois été semé d'embûches. Élevé dans la pauvreté dans l'est de la Hongrie, l'homme part pour Budapest à 18 ans pour y effectuer un Master en économie. Il finance ses études en travaillant dans une usine chimique et de peinture. De là, il rejoint la multinationale Procter & Gamble, où il restera dix ans, dont une partie à Londres où il poursuivra ses études. Puis tout s'enchaîne très vite. Entré au sein de la compagnie aérienne nationale Malév quelque mois plus tôt, on lui demande d'en prendre la tête en 2001.
A "moitié ivre"
Le conseil d'administration de la compagnie nationale est très politisé. C'est alors un certain Victor Orbán qui est premier ministre de la Hongrie et il veut faire le ménage. Váradi est en train de boire avec des collègues quand il reçoit l'appel lui annonçant sa nomination. Il admettra être alors "à moitié ivre" . Il mettra 24 heures pour accepter ce poste qu'il ne gardera que très peu de temps. En 2003, le nouveau gouvernement socialiste le met à la porte de Malév, qui fera faillite dix ans plus tard.
Deuxième compagnie à Charleroi
Váradi rebondit très vite. À l'époque, la Hongrie s'apprête à entrer dans l'Union européenne et un marché énorme s'ouvre, celui du transport. Avec cinq autres hommes d'affaires, il fonde une compagnie aux couleurs rose et pourpre du nom de Wizz Air. La compagnie s'inspire largement du modèle Ryanair, en visant le même type d'aéroports secondaires. Dès 2004, le transporteur hongrois débarque ainsi à Charleroi. Aujourd'hui, Wizz Air est le deuxième opérateur à Gosselies, derrière la toute-puissante Ryanair, avec près de 10 % de part de marché. La compagnie aérienne propose aujourd'hui treize destinations depuis la Belgique, dans huit pays européens (Albanie, Bulgarie, Géorgie, Hongrie, Italie, Macédoine du Nord, Pologne et Roumanie).
"Presque la même taille que Ryanair en 2030"
C'est surtout l'une des compagnies à la croissance la plus impressionnante sur le Vieux Continent. "En 2030 on aura presque la même taille que Ryanair", nous expliquait il y a un peu moins de deux ans. Si Wizz Air surfe toujours sur l'essor économique de l'Europe centrale et de l'Est, elle s'ouvre aussi vers le Moyen-Orient et a même des vues sur le sous-continent indien. La compagnie a aussi créé le buzz en lançant des abonnements pour des "vols illimités" et affirme avoir des coûts moindres que Ryanair.
Des économies qui se font sans doute sur le dos du personnel. M. Váradi n'avait pas hésité une seconde à licencier 1 000 membres d'équipage, soit environ 20 % de ses effectifs, lors de la crise du Covid. À l'époque, une vidéo avait fuité où l'on voyait un cadre de la low cost qui expliquait que cette crise était "l'occasion de faire le ménage dans la compagnie". Il fallait se débarrasser en premier "des pommes pourries" et "des pilotes qui sont trop souvent malades". Váradi lui-même avait eu des propos très durs envers ses pilotes. "Nous sommes tous fatigués, mais il est parfois nécessaire de faire un effort supplémentaire, avait-il déclaré. Nous ne pouvons pas gérer cette entreprise si une personne sur cinq dans une base se déclare malade parce qu'elle est fatiguée".
Le Hongrois ne jouit pas d'une grande popularité auprès de son personnel. Mais il s'en fiche. "Mon travail n'est pas d'être aimé, mais d'être respecté", a-t-il déjà expliqué à plusieurs médias.
En quelques dates :
- 1965 : naissance à Debrecen (Hongrie).
- 2001-2003 : CEO de Malév.
- 2003 : création de Wizz Air.
