Avion "invisible" et qui "fait peur à Poutine", casque à 400 000 euros, prix de l'heure de vol qui explose,… Le F-35 arrive en Belgique
Le dossier de La Libre Eco | Bijou de technologie, le F-35 a un gros avantage sur ses concurrents. Les quatre premiers avions belges arrivent ce lundi à la base de Florennes. Cet engin de la démesure pose aussi beaucoup de questions.

- Publié le 10-10-2025 à 16h58

Ils sont prêts à traverser l'Atlantique. Ce lundi, les quatre premiers avions de combat F-35, sur 34 commandés, atterriront à la base de Florennes (Namur) en provenance des États-Unis. Une arrivée en grande pompe, avec des invités prestigieux dont le Roi Philippe. D'aucuns parlent déjà d'un "moment historique" : les F-35 sont amenés à remplacer nos F-16 qui arrivent en fin de carrière, après, pour certains, plus de quarante ans de service.
L'Armée belge ne fait pas un grand saut dans l'inconnu, puisque c'est à nouveau le constructeur américain Lockheed Martin, qui nous livre ces avions dits de "cinquième génération". Un choix américain, au détriment de candidats européen (l'Eurofighter Typhoon et le Rafale français) qui date de 2018 et du gouvernement Michel. Selon Xavier Tytelman, ancien aviateur et expert en aéronautique, la compétition aurait été "truquée". "Ce choix, purement politique, a été fait alors qu'aucun pilote belge n'avait testé le F-35".

Depuis cette date et avant même d'avoir volé en Belgique, ce chasseur multifonction fait couler beaucoup d'encre. Ces détracteurs lui reprochent notamment d'être trop cher, d'accumuler les retards dans son développement et de ne pas permettre à la Belgique de l'utiliser comme elle l'entend. Ces aficionados, dont la force aérienne belge et le ministre de la défense Theo Francken (N-VA), louent ses qualités technologiques et sa furtivité. Tentons d'y voir plus clair.
1. Le F-35 est-il le meilleur avion militaire au monde ?
On peut entendre tout et son contraire sur les simulations de compétition entre avions de combat, mais il y a un endroit qui ment rarement : celui du terrain. Et à ce niveau, le F-35 a bluffé pas mal de spécialistes en juin dernier lors des frappes israéliennes contre des infrastructures iraniennes. Tsahal, l'armée israélienne, a largement utilisé le nouveau-né furtif de Lockheed Martin pour réussir à échapper aux radars ennemis. "Jamais une attaque d'une telle ampleur n'aurait été possible sans ces avions", avance un spécialiste. Pour Théo Francken aussi, cet épisode iranien a prouvé que le F-35 "était largement supérieur d'un point de vue technologique" à ses concurrents. "Le F-35 est ultra-dominant", selon le ministre. "C'est l'avion qui fait le plus peur à Poutine ", renchérit le chef de groupe N-VA Axel Ronse.
Beaucoup le qualifient de "Ferrari du ciel". Mais la "petite" Belgique a-t-elle besoin d'un tel engin ? Non, selon Xavier Tytelman, pour qui le choix belge est "aberrant". "En plus de pouvoir emporter les bombes nucléaires américaines, le seul intérêt de cet avion est d'être furtif, ce qui est inutile pour 99,9 % des missions conduites par la Belgique."
2. Est-il impayable pour la Belgique ?
À plus de 110 millions d'euros le modèle, le F-35 n'est pas un avion bon marché. Rien que le casque du pilote, hyperconnecté et permettant une vue à 360 degrés à l'extérieur de l'aéronef, coûte 400 000 euros pièce. Mais c'est surtout son coût opérationnel qui inquiète. "Le prix par heure de vol a explosé. Il est passé à plus de 40 000 euros contre 20 000 euros pour le Rafale", soutient Xavier Tytelman. "Ce surcoût incontrôlé va limiter les possibilités d'autres armes aériennes belges". D'aucuns estiment ainsi que ces onéreux chasseurs sont devenus moins pertinents depuis l'avènement des drones, beaucoup moins chers.

Mais du côté de l'armée, on maintient sa position. "Le F-35 est le choix le plus judicieux, non seulement sur le plan militaire, mais aussi budgétaire et économique, insiste le colonel aviateur Roeland Van Thienen. Il n'existe aujourd'hui aucune alternative offrant une telle capacité de combat aérien à ce prix". Notons aussi que si elles ne sont pas négligeables, les retombées économiques pour le F-35 seront moindres que celles du F-16, considéré comme le "contrat du siècle" pour les industriels belges. Avec le F-35, on parle pour le moment de deux milliards d'euros de potentielles futures retombées et de centaines de jobs créés en Belgique.
3. L'armée pourra-t-elle faire décoller ses avions sans l'accord des États-Unis ?
Outre les questions d'argent, plusieurs pays se sont détournés récemment du F-35 (voir p.4). La cause invoquée ? Un manque de souveraineté sur l'avion. "La Belgique ne pourra pas faire décoller ses avions tel qu'elle le souhaite : elle est pieds et poings liés aux États_Unis, affirme Xavier Tytelman. Si demain, la Russie envahit un pays européen et que les F-35 belges veulent intervenir, les Américains peuvent les bloquer".
S'il n'existe pas de bouton de désactivation à distance ("kill switch"), le chasseur a besoin de mises à jour régulières de logiciels, qui sont aux mains des Américains. "Si l'avion n'est pas connecté au serveur durant trente jours, il est mis hors service". Cette dépendance aux États-Unis vaudrait pour tous les avions vendus à l'étranger, à part ceux commandés par Israël. Theo Francken parle "d'intox". "Nous pouvons engager le F-35 de façon souveraine pour nos missions opérationnelles", affirme le ministre.
Une arrivée sous haute surveillance
En plus de leur valeur stratégique, les quatre F-35 qui arriveront lundi en Belgique valent leur pesant d'or. Vu leur prix d'achat, on parle de près d'un demi-milliard d'euros qui se retrouvera désormais sur la base de Florennes. La Défense a débloqué un budget de 300 millions d'euros, avec des hangars spécifiques, pour accueillir ces nouveaux avions. Si notre pays ne possède aucun système anti-aérien, un dispositif anti-drones va être déployé à proximité de la base wallonne. Car la menace venue du ciel est là, comme l'ont démontré les différentes incursions de drones suspects en Europe ces derniers jours. Tout le monde a en mémoire ce que d'aucuns ont appelé le "Pearl Harbor" russe. En juin dernier, l'Ukraine avait réussi à détruire près de 40 avions militaires stationnant dans des bases russes à l'aide de simples drones. Un scénario que la Défense belge veut absolument éviter sur notre territoire.