Starlink en Russie : le réseau censé être coupé continue d'alimenter la flotte fantôme russe
Alors que Starlink était censé être bloqué en Russie depuis février, certains navires de la flotte fantôme continuent de l'utiliser pour communiquer et contourner les sanctions.

- Publié le 07-04-2026 à 16h33
- Mis à jour le 07-04-2026 à 17h47

La saga Starlink continue en Russie. Alors que le réseau du milliardaire Elon Musk était censé ne plus fonctionner en Russie depuis début février, il apparaît que certains navires de la flotte fantôme russe (pétroliers opérant sous le radar pour contourner les sanctions occidentales et continuer à vendre du pétrole à prix réduit), parviennent malgré tout à communiquer via l'outil Starlink. C'est en tout cas ce que rapporte une enquête du média ukrainien Kyiv Independent, qui a pu récupérer des informations grâce à plusieurs marins ukrainiens qui ont témoigné avoir participé, à leur insu, à des opérations sur ces flottes fantôme du Kremlin. Ces marins ont affirmé ignorer que ces navires étaient soumis à des sanctions et ont expliqué avoir été recrutés par un simple appel provenant d'un numéro britannique.
Pour rappel, Starlink est un outil conçu par l'entreprise SpaceX, pour fournir un accès Internet à haut débit partout sur Terre, même dans les endroits les plus reculés.

Starlink, l'outil bloqué qui continue de fonctionner
Ces marins ukrainiens ont donc affirmé que la "communication entre les pétroliers de la flotte parallèle et leurs propriétaires se faisait souvent grâce à des technologies occidentales, notamment des téléphones satellites et des terminaux Starlink".
Si l'accès des marins aux terminaux reste assez limité, les capitaines des pétroliers, eux, bénéficieraient toutefois d'un accès illimité, afin d'assurer un contact direct et permanent avec leurs propriétaires, en cas de problème. "On peut l'acheter par l'intermédiaire d'une société intermédiaire. Partout dans le monde, il suffit de le commander et de se le faire livrer par la poste", a expliqué un membre de l'équipage au média ukrainien.

À l'arrêt en Russie
Des déclarations qui affirment donc que la Russie continue de se procurer le système Starlink, ou, du moins de l'utiliser, malgré son interdiction début février. En janvier déjà, avant son interdiction totale, des rapports de plusieurs médias révélaient que la Russie parvenait à se procurer des terminaux Starlink via des entreprises étrangères, notamment aux Émirats arabes unis et à Hong Kong, pour limiter le risque de traçage.
"Nous attendons de SpaceX qu'elle prenne des mesures pour empêcher l'utilisation de Starlink par des flottes clandestines, y compris la Russie, le Venezuela ou l'Iran",
Selon The Moscow Times, quelques mois après l'interdiction, cette situation a eu des effets très négatifs pour la Russie et a créé "plus de problèmes pour l'armée russe que ses dirigeants ne veulent bien l'admettre". Plusieurs analystes estiment que la perte de cette communication satellitaire a notamment été l'un des facteurs qui a permis aux forces ukrainiennes de progresser ces derniers mois.
"Nous attendons de SpaceX qu'elle prenne des mesures"
Starlink est un outil précieux pour l'Ukraine. En effet, au lendemain de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, Elon Musk avait mis à disposition le réseau Starlink, avec l'aide du gouvernement américain. L'entreprise du milliardaire avait alors livré plus de 5000 terminaux au gouvernement ukrainien. Depuis, ceux-ci sont massivement utilisés par l'armée ukrainienne sur le champ de bataille, mais également par la population civile, notamment pour remédier aux fréquentes coupures de courant.

Des révélations qui ont donc contrarié les autorités ukrainiennes et particulièrement Vladyslav Vlasiuk, représentant du président ukrainien pour la politique de sanctions. "Nous attendons de l'entreprise SpaceX qu'elle examine attentivement cette question et qu'elle prenne des mesures pour empêcher l'utilisation de Starlink par des flottes clandestines de quelque pays que ce soit, y compris la Russie, le Venezuela ou l'Iran", a-t-il déclaré au Kyiv Independent.
Les cryptomonnaies, la monnaie phare de la Russie
Au-delà de l'utilisation de Starlink, l'enquête met également en lumière le recours aux cryptomonnaies. En effet, selon les marins, les membres de l'équipage sont très souvent rémunérés via ce système, notamment en Tether, un géant de la cryptomonnaie qui émet le plus gros stablecoin au monde, l'USDT. Dans d'autres cas, les salaires sont distribués en espèces. Le média rapporte également que les opérations des navires sous sanctions russes, vénézuéliennes et iraniennes bénéficient "d'une infrastructure financière commune", sans fournir plus de détails.
Selon plusieurs sources du média, le coût d'un seul navire, avec un équipage d'une trentaine de personnes, peut s'élever à 120 000 dollars par mois uniquement en salaires, soit près de 1,5 million de dollars par an. Les salaires les plus bas se situeraient entre 2 000 et 3 000 dollars. Un marin a également affirmé que ces salaires étaient bien payés en dollars, de quoi susciter des interrogations quant à la portée des sanctions américaines sur l'utilisation de sa monnaie..