Patrick Genard, un Namurois installé à Barcelone
L'architecte namurois Patrick Genard, qui a ses bureaux au sein de la métropole espagnole, vient de voir le pavillon belge de l'Exposition Universelle 2015 de Milan renaître sur l'Esplanade de la Citadelle de sa ville d'origine.
- Publié le 24-03-2021 à 12h15
- Mis à jour le 24-03-2021 à 12h16

Libre Immo | La personnalité
Patrick Genard est un homme heureux. À 67 ans, lui dont le travail avait déjà été récompensé du prix décerné par sa ville d'adoption, Barcelone, en 2009 pour l'immeuble Mediapro, lui dont le projet de pavillon belge avait été retenu pour l'Expo universelle de 2015 à Milan, voit ce même pavillon dominer sa ville natale, Namur, et devenir pérenne sous la forme d'un temple dédié à la culture numérique.
Le retour de l'enfant prodigue est l'occasion de jeter un coup d'œil sur une carrière entamée en 1978. "J'étais alors en dernière année d'ingénieur-architecte à l'UCL et j'ai obtenu une bourse pour aller bosser chez l'architecte catalan Ricardo Bofill chez qui je suis resté 15 ans. Ce fut une école formidable puisque j'ai travaillé un an en Algérie mais surtout, on a fait des projets à distance, à une époque où il n'y avait ni ordinateur ni télex. Tout se faisait à la main, à la planche à dessin, notamment pour un projet au Japon… Des conditions difficiles et passionnantes."
En 1994, Patrick Genard décide de changer de cap en créant son propre bureau international. "Toujours à Barcelone car je m'y plaisais."
Puis vient Milan 2015. "Un tel pavillon était inédit pour moi. C'est un ami namurois, le restaurateur Benoît Gersdorff, qui allait s'occuper de la partie restauration, qui me téléphone pour me signaler le concours d'architecte pour l'Expo. J'ai été séduit par la thématique proposée, à savoir comment sauver la planète."
Travaillant à l'étranger, son père étant décédé quelque temps auparavant, sans contact politique, Patrick Genard s'est dit qu'il fallait mettre les petits plats dans les grands et bosser beaucoup pour séduire le jury : stratégie gagnante. "Sur un terrain tout en longueur, on a fait un bâtiment dans l'esprit de l'Expo, avec des matériaux recyclables : fer, bois, verre. Le pavillon est une maquette du modèle urbanistique reconnu idéal aujourd'hui, comme une fleur ; vous avez le centre-ville et, au lieu de faire des quartiers concentriques à l'infini qui rendent une ville invivable, la 'lobe city'se construit comme les pétales d'une fleur avec, entre eux, de l'espace, vert ou bleu (percées de forêts comme à Berlin ou percées d'eau comme à Amsterdam). En Belgique, Alost se développe de cette façon."
Pour le Namurois, le travail ne s'arrête pas une fois le concours remporté. "Nous avions carte blanche pour la scénographie du lieu." La ferme est ainsi une sorte d'allégorie des fermes du Brabant wallon tandis que la coupole en est une des serres de Laeken.
Retrouver son pavillon à Namur est une surprise pour Patrick Genard. "Bien sûr, ce pavillon a été conçu pour être démonté à la fin. Par contre, on ne savait pas qui allait le reprendre. Et je félicite le bourgmestre Maxime Prévost qui a eu l'idée de le racheter, de le reconstruire et d'en faire un écrin pour le KIKK. C'est une opération win-win."
Si, pour le moment, en Belgique, l'architecte n'a qu'un projet de maison sur le feu, il garde un gros regret. "Je suis fâché sur moi car je n'ai pas pu faire aboutir mon projet et mes idées pour le Grognon, à Namur. Au niveau architectural, le résultat est proche de mes conceptions, par contre, au niveau urbanistique, c'est une erreur de faire passer les piétons dans un tunnel et de laisser les voitures au-dessus. En faisant l'inverse, on aurait laissé la citadelle se prolonger piétonnement jusqu'au Grognon. Je n'ai pas réussi à convaincre… dommage !"
Pour en revenir au pavillon namurois, la grosse différence avec le milanais, est qu'il s'agit d'un bâtiment avec des fondations solides, prévues pour durer des décennies. "Mais cela avait été prévu dès la conception."
