"Un des grands défis actuels est d'offrir du logement à des prix abordables"
L'Urban Land Institute met en avant l'importance pour le secteur de contribuer à un développement plus inclusif et durable.

- Publié le 27-03-2021 à 11h24
- Mis à jour le 27-03-2021 à 11h25

Libre Immo |
Comment créer de la valeur sociale dans le cadre d'un projet immobilier ? C'est sur cette thématique qu'a planché l'Urban Land Institute (ULI). Cette organisation mondiale compte plus de 45 000 professionnels de l'immobilier et du développement urbain et se consacre à "façonner l'avenir de l'environnement bâti afin d'avoir un effet positif sur les populations à travers le monde". Ses recherches ont conduit à la publication d'un rapport intitulé "Zooming in on the "S" in ESG : Une feuille de route pour la valeur sociale dans l'immobilier".
Un rôle important
Dans son rapport, l'ULI souligne la reconnaissance croissante des chefs d'entreprise et des investisseurs de leur rôle dans la résolution des problèmes environnementaux et sociaux. Cependant, jusqu'à présent, l'attention s'est portée davantage sur les questions environnementales que sur les facteurs sociaux. "Or, nous savons bien qu'il existe des problèmes dans nos démocraties. Par exemple, les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres", note Nicolas Bearelle, membre du comité exécutif d'ULI Belgium, actif au sein d'un groupe de travail au niveau européen sur l'immobilier résidentiel, et président exécutif du développeur durable Revive (voir ci-dessous). "Si l'ULI rassemble essentiellement des investisseurs et des développeurs, c'est l'ensemble du secteur immobilier qui est concerné par cette problématique. On peut avoir un impact aux différentes étapes d'un projet. Lors du master planning, il est important d'être à l'écoute des besoins du quartier : faut-il y construire des bureaux, du logement, du commerce… ? C'est nécessaire pour apporter de la valeur au quartier. Il importe également de travailler avec les riverains. Avant l'obtention du permis, chez Revive, nous utilisons le site désaffecté pour des usages temporaires, comme des activités artistiques ou culturelles. Cela permet de créer une nouvelle histoire pour le lieu et d'y faire revenir les gens. Lors de la construction, c'est la sélection des partenaires qui peut avoir un impact social", précise Nicolas Bearelle.
"La Covid-19 est un signal d'alarme", indique pour sa part, Lisette van Doorn, CEO d'ULI Europe. "Si la pandémie a entraîné des risques et des défis majeurs pour le secteur, elle offre également des possibilités de repenser la manière de réorienter et de relier le développement et l'investissement immobiliers aux besoins locaux. Nous devons accorder la priorité au rôle du secteur immobilier dans la lutte contre les inégalités sociales et spatiales et en tenir compte."
Six actions
Afin de soutenir le secteur dans son cheminement, le rapport jette les bases d'une feuille de route et décrit les actions nécessaires pour soutenir un avenir solide, durable et de confiance pour le secteur immobilier. La feuille de route met en évidence six catégories d'actions : vision et stratégie locales dirigées par le gouvernement, leadership d'entreprise, transparence, responsabilité et données, innovation, éducation et formation, et, enfin, collaboration.
"Un des grands défis actuels est d'offrir du logement à des prix abordables", estime Nicolas Bearelle. Le problème, c'est le prix du terrain. "Il faut créer de nouveaux modèles de construction de logements abordables. Nous discutons, par exemple, avec les pouvoirs publics locaux qui ont encore pas mal de terrains. Souvent, quand ils sont en vente, c'est celui qui met le prix le plus élevé qui l'emporte. Mais cela change de plus en plus. Des villes organisent des concours où les promoteurs viennent avec des projets qui doivent apporter de la valeur à tous. Il existe des opportunités énormes si on peut travailler ensemble, secteurs public et privé, avec une stratégie commune", précise Nicolas Bearelle qui cite notamment l'exemple du fonds privé Inclusio qui travaille avec les agences immobilières sociales (AIS).
Un exemple pour le secteur
Le leadership au sein de l'organisation a été identifié comme le moteur le plus important de la création de valeur sociale. Cela passe entre autres par un changement culturel au sein du secteur. "Les développeurs et investisseurs doivent prendre le leadership pour faire bouger les autres acteurs du secteur de l'immobilier", abonde Nicolas Bearelle.
Autre piste d'action : la transparence et les données. "Dans le secteur financier, dont font partie certains de nos membres, suite à l'adoption par la Commission européenne du règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (Sustainable Finance Disclosure Regulation, SFDR), des standards de reporting vont être définis. Les entreprises devront chiffrer leur impact environnemental et sociétal pour éviter le greenwashing. L'ULI essaye également d'établir des standards pour le secteur immobilier. Le rapport n'est que le début d'un processus."
Le rapport évoque également comme action l'innovation. "Il faut des nouveaux business models pour collaborer, entre partenaires privés, privés-publics. Avec les universités aussi. Il faut innover dans les concepts, dans la façon de concevoir les quartiers."
Enfin, le rapport de l'ULI souligne encore que l'éducation, la collaboration et le partage des connaissances sont des facteurs essentiels pour conduire le changement.
