Comment le Canal de Bruxelles est passé de frontière à zone d'attractivité
Cela fait plus de trente ans que l'architecte Olivier Bastin pratique les abords du Canal, qu'il ne voit plus comme une frontière.

- Publié le 04-05-2022 à 14h30
- Mis à jour le 05-05-2022 à 15h47

Libre Immo | Le dossier
Le canal barrière. Le canal frontière, psychologique autant que sociologique. Le Canal dit de Willebroek ou de Bruxelles, que l'on associe erronément à la seule commune de Molenbeek-Saint-Jean alors qu'il traverse aussi Anderlecht et Bruxelles-Ville, bordant également ses prolongations que sont Laeken et Neder-over-Hembeek.
Cette voie d'eau que d'aucuns apprécient dans d'autres villes - on pense à la Seine comme au canal Saint-Martin à Paris, à la Tamise ou au Regent's Canal à Londres, au réseau de cours d'eau d'Amsterdam… - a longtemps été honnie à Bruxelles. Mais les choses ont commencé à changer il y a une vingtaine d'années quand de jeunes ménages d'Ixelles, Watermael-Boitsfort, Auderghem ou Uccle l'ont franchi en direction des villages du nord (Jette, Ganshoren…) où les maisons étaient à un prix plus abordable. Quand de jeunes professionnels se sont installés à Molenbeek-Saint-Jean, pour de mêmes enjeux immobiliers, s'offrant parfois un loft dans la foulée. Quand la KBC et la Communauté française se sont posées sur les quais. Quand Tour&Taxis a entamé sa rénovation.
Un lien dans la ville
Aujourd'hui, ce même Canal attire l'attention, à défaut de déjà rapprocher. "Désormais, il est plutôt à voir comme une attractivité. La barrière qu'il était n'est plus", note Olivier Bastin, de la coopérative d'architectes L'Escaut qu'il a fondée en 1989 et installée d'emblée "aux abords du Canal, derrière Tour&Taxis", précise-t-il.
Un quartier qu'il connaît bien pour le pratiquer au quotidien, mais qu'il a aussi doté de quelques projets : 31 logements-ateliers pour artistes à côté de la chaussée de Gand (ex-brasseries Hallemans) ; la rénovation de l'ancienne brasserie Belle-Vue en hôtel ; Émailleries, une opération immobilière près de la gare de l'Ouest pour Belgian Land, "qui aurait pu permettre à une classe moyenne ou basse de Molenbeek d'être propriétaire mais qui a, finalement, été commuée en logements sociaux par la SLRB et le Fonds du Logement", détaille l'architecte, qui a été le premier maître architecte de la Région bruxelloise de 2009 à 2014.
Mis en avant au Mipim en 2013
"On a pour habitude de parler du Sud et du Nord de Bruxelles, dont le Canal serait la ligne de démarcation, poursuit Olivier Bastin. À dire vrai, la trajectoire du Canal ne va pas du Sud vers le Nord, mais d'Ouest en Est. Et il y a davantage de ponts qui s'établissent de part et d'autre qu'on le croit." Au propre comme au figuré. "Tout le long du Canal, des initiatives communales et régionales sont prises, précise-t-il, parfois plus délicates comme les moulins à vent colorés de Molenbeek, parfois plus fortes comme les passerelles piétonnes qui le franchissent.Il y a, par ailleurs, quantité d'outils, études, schémas, plans directeurs…, qui visent à suivre le cours des événements, car l'apport d'eau est un facteur de développements sociaux, urbanistiques et immobiliers."
En 2013, au Mipim (Marché international des professionnels de l'immobilier), la Région bruxelloise avait fait sensation en misant une bonne part de sa communication et de son stand sur cet axe alors toujours un peu décrié. Un territoire dont les nombreuses formes d'investissement (contrats de quartier, chemins de la ville, amélioration des équipements et infrastructures, réappropriation des potentiels fonciers, dépollution des sols, discours positifs et plus cohérents…) portaient enfin leurs fruits et où il y avait une actualité certaine signée tant par le public, que par les privés (Atenor, Besix, Equilis…).
Actualité qui ne s'est pas tarie. "J'ai toujours un énorme plaisir, quand on me propose de montrer ce que Bruxelles est capable de faire en matière de rénovation urbaine, de me promener le long du Canal car on y découvre pléthore d'exemples d'architecture contemporaine, ajoute Olivier Bastin. Avec des projets tantôt plus mesurés en termes de taille, tantôt moins, comme la tour UpSite."
Convergence d'actions publiques privées
Actualité qui se poursuivra, du côté du port, de Tour&Taxis, du site KBC, sur Sainctelette/Yser, vers la porte de Ninove… jusqu'à Anderlecht qui polarise de gros enjeux à la fois en équipements et en logements et sur lesquels certains promoteurs ont pris des risques. Pour nombre d'observateurs, il y a eu un essor public sur lequel se sont greffés des privés. "De là à dire que c'est un terrain d'expansion du logement acquisitif aisé, je n'en sais rien, ajoute l'ancien maître architecte. Des échos que j'ai, tout ce qui reste dans le secteur privé reste relativement cher. Au point d'inciter les locaux à quitter leur quartier pour aller du côté de Neder-over-Hembeek, par exemple. On n'est en tous les cas plus dans le scénario où l'on vient à Molenbeek-Saint-Jean pour du moins cher."
