"Toyota Woven City", une ville du futur en construction au pied du Mont Fuji, au large de Tokyo
Imaginée par le bureau d'architecture international BIG, Toyota Woven City est fondée sur la mobilité douce.

- Publié le 29-09-2023 à 11h58

Le sujet de la conférence organisée à Realty (sommet des professionnels de l'immobilier, 19-20 septembre, Gare maritime de Tour&Taxis à Bruxelles) par le réseau belgo-luxembourgeois PropTech Lab était pour le moins intrigant : "Toyota Woven City", ce qui se traduit en français comme la ville tissée de Toyota, envisagée telle une étude de cas afin d'évoquer la vision des villes à l'horizon 2050. Pour en parler, par écrans interposés, et en direct depuis ses bureaux new-yorkais, le réseau avait convié le concepteur de cette cité futuriste, Kai-Uwe Bergmann, partenaire au sein du bureau d'architecture international d'origine danoise BIG.
En préambule, attisant la curiosité de l'assemblée, l'architecte a survolé l'histoire du constructeur automobile japonais, qui s'est d'abord illustré dans l'industrie textile en inventant le premier métier à tisser automatique en 1924 avant de changer de secteur et de reconvertir ses ateliers en usine de production automobile en 1937. Aujourd'hui, alors que la voiture individuelle est décriée, Toyota a frappé à la porte de BIG avec une demande inhabituelle. "Le groupe s'est ouvert à nous sur ses craintes pour le futur. Celui de la planète, liés aux enjeux environnementaux, et celui du secteur automobile, relate Kai-Uwe Bergmann. Pour redéfinir en profondeur son rôle dans un monde où le tout à la voiture est révolu, Toyota nous a chargés de concevoir la ville de demain, pensée et articulée autour de la mobilité douce."

Clin d'œil au passé textile du groupe, l'équipe de BIG est partie d'une trame. "De tout temps, la mobilité a dicté le plan des villes, rappelle l'architecte. Nous avons retenu trois flux - piéton, cycliste et automobile - que nous avons croisés pour obtenir une trame, un peu comme le plan en damier de New York. Puis, nous avons étiré et déformé cette trame de façon à ce que certains intérieurs d'îlots soient amplifiés par rapport à d'autres afin d'y aménager des espaces verts et des places publiques." De quoi donner au maillage de la Toyota Woven City un aspect plus organique.
Durable et hyper connectée
Chaque flux est caractérisé par une vitesse maximale, poursuit Kai-Uwe Bergmann : 5, 15 et 30 km/h. Afin de s'assurer que ces limitations soient respectées, BIG a imaginé des rues parsemées d'arbres et de mobilier urbain. "Cela oblige les cyclistes, les trottinettes électriques et les e-scooters à ralentir." Si les flux piéton et cycliste sont amenés à partager certaines artères, le flux automobile a l'exclusivité des siennes, à l'exception des navettes e-Palette de Toyota qui se faufilent partout pour embarquer des passagers ou effectuer les livraisons. "En surface, circulent les véhicules autonomes, 100 % électriques ou roulant à l'hydrogène. Les flux liés au transport de marchandises sont, eux, souterrains", précise l'architecte. C'est aussi sous terre que BIG a créé de vastes parkings de délestage et installé des réseaux de chaleur et de récupération, traitement et distribution de l'eau.

Pour le reste, le bureau d'architecture a dessiné une multitude d'immeubles d'affectations diverses (logements, bureaux, équipements collectifs, bâtiments administratifs…) afin de composer une véritable ville nouvelle. Qu'il a voulue, bien évidemment, durable, neutre en carbone et hyper connectée, truffée de capteurs et de domotique. S'inspirant de l'architecture traditionnelle japonaise, le bâti privilégie le bois, matériau phare au Japon et écologique. De larges baies vitrées apportent un maximum de lumière naturelle à l'intérieur des immeubles, et, sur les toits, des panneaux photovoltaïques produisent de l'électricité en soutien de celle générée par des piles à hydrogène enterrées sous la cité.

Un modèle destiné à être répliqué
Officiellement présentée à l'édition 2020 du CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas, la Toyota Woven City n'est pas une utopie. Le constructeur automobile a d'ores et déjà désigné un terrain de 70 hectares pour l'accueillir, au pied du Mont Fuji, à 100 km au sud-ouest de Tokyo. Ancien site de production fermé voici quelques années, il est en chantier depuis. "Une première phase de douze immeubles est en cours de construction, acquiesce Kai-Uwe Bergmann. En novembre 2022, les travaux en étaient au stade des fondations et devraient se terminer d'ici 2026."

Laboratoire grandeur nature pour tester les technologies du futur en matière de robotique, d'intelligence artificielle et de conduite automatisée, Woven City est destinée à abriter une communauté de 360 chercheurs et employés de Toyota et leurs familles. À terme, elle comptera quelque 2000 habitants, ajoute l'architecte, qui souligne que le groupe japonais prévoit de reconvertir de la sorte une grande partie de ses sites de production de par le monde.