Réforme fiscale: un nouveau psychodrame au sein du gouvernement De Croo
(Nouveau) gros moment de tension au sein de la Vivaldi sur la réforme fiscale. Le MR veut claquer la porte. PS et Écolo refilent le valet noir aux libéraux francophones. Le Premier ministre y croit encore. Silence radio à l'Open VLD et au CD&V, qui voit ses rêves de trophée s'envoler…

- Publié le 17-07-2023 à 17h01
- Mis à jour le 17-07-2023 à 17h35

"Les libéraux attendent juste le retour de la N-VA pour mettre en œuvre leur calendrier socio-économique. Je ne pense pas qu'ils reviendront à la table des discussions sur la réforme fiscale. C'est une opportunité manquée, lance George Gilkinet, vice-Premier ministre Écolo. Je ne dis pas que tout ce qui était sur la table nous plaisait, mais il y avait matière à faire un geste pour les bas et moyens salaires."
Discussions dans tous les sens
"Nous, on n'y voit plus clair. Il n'y a plus de tableau budgétaire global, et depuis samedi, il n'y a plus que des réunions bilatérales, des échanges via WhatsApp, Teams, … ça part dans tous les sens. Le message et la méthode, ça ne va plus", lance une source libérale. Ce qui explique sans doute pourquoi le MR a officiellement annoncé, ce lundi après un Conseil du parti, son souhait de "reporter la discussion sur la réforme fiscale au moment des travaux budgétaires, soit en septembre-octobre". Comme David Clarinval l'avait suggérée dans nos colonnes ce samedi. Pour le MR, les dernières propositions mises sur la table ne constituent pas "une base équilibrée de négociation et ne permettent pas le redémarrage de discussions en séance plénière". Selon les libéraux francophones, "il n'est pas question de se faire mal deux fois. Lors de la conception du budget 2024, dès la rentrée de septembre, on sait qu'il va falloir réaliser à nouveau des économies, il nous semblerait logique de grouper les discussions à tête reposée", nous explique-t-on au cabinet du vice-Premier libéral David Clarinval.
C'est maintenant qu'il faut avancer
"On continue à travailler", martèle-t-on cependant au 16, rue de la Loi. "Si on veut avancer, c'est maintenant. Nous avons d'ailleurs des réunions bilatérales avec le MR ce lundi après-midi. Cela n'aurait pas de sens de reporter les discussions au mois d'octobre, sans quoi on ne pourrait pas mettre en œuvre la baisse des charges sur le travail sur laquelle nous travaillons avant juin 2024, explique-t-on du côté de la Chancellerie. Nous ne sommes pas en vacances."
Sur quoi la Vivaldi, travaille-t-elle finalement ? Il faut avouer que ce n'est pas très clair. La réforme, on le sait, a été réduite dans son ampleur à 2 milliards d'euros. Ce qui ne représenterait même plus une hausse du salaire net de 50 euros par mois par travailleur. Du côté des financements, la réforme de la TVA aurait été réduite à portion congrue : TVA à 6 % sur les journaux, et retour de la taxe "sucre", sur les sodas et alcools, hors bières, taxe avion, .... Les jeux de hasard seraient aussi taxés à hauteur de 1 % (250 millions de budget) et le régime RDT (revenus définitivement taxés) à charge des entreprises a été fortement allégé aussi. Tout comme les mesures "emploi". Seuls les flexi-jobs subsisteraient (coût de 150 millions d'euros). La taxe sur les compte-titres de plus d'un million d'euros aurait disparu des radars – "mais il ne faut pas rêver, jamais le PS n'acceptera une réforme sans une taxation du capital". Le relèvement de la taxe sur les compte-titres serait cependant moindre (de 0,15 à 0,2 ou 0,25 %) et pourrait comprendre différents seuils d'imposition (taux progressif suivant les montants en compte). Bref, avec ce qui est sur la table, le MR n'y trouve pas du tout son compte. Les libéraux francophones plaident donc "pour qu'une vue d'ensemble soit apportée dans les discussions". "Ce n'est qu'avec cette vue d'ensemble que nous pourrons poursuivre le travail d'équilibre entamé par le gouvernement pour assainir les finances publiques et diminuer la fiscalité tant des citoyens que des entreprises."
Enterrement de première classe ?
Et qu'en pense le PS ? "Il faut voir ce que le Premier compte vraiment faire. Nous, nous prenons acte de la décision du MR. On trouve ça dommage en tout cas. On avait enfin l'occasion de baisser la fiscalité sur les bas et les moyens salaires et de financer cela par une contribution des très riches et du capital. Mais l'on ne peut forcer un partenaire à négocier. On ne va pas non plus se le cacher : on avait encore des difficultés avec les dernières propositions sur la table. Espérons à présent que ce n'est pas du travail perdu, tout ce que l'on a construit ces 5 dernières semaines. On espère que l'on pourra alimenter les discussions en septembre/octobre… ", nous dit-on dans l'entourage du vice-Premier socialiste Pierre-Yves Dermagne. Bref, le PS semble "résigné" à ce que l'atterrissage de la réforme ne se produise pas le 21 juillet selon le calendrier initialement fixé. Écolo aussi. En prenant bien soin d'affubler au MR le rôle du valet noir.
"C'est un enterrement de première classe, personne n'est dupe. On renvoie au mois d'octobre, puis au 31 décembre, et puis cela tombe dans le fossé. La vérité, c'est que cette réforme fiscale ne verra jamais le jour avec le MR", a lâché le président du PS Paul Magnette à Belga. Et le CD&V ? Le "porteur" de la réforme, Vincent Van Peteghem, contacté, estime que "le Premier tente de maintenir tout le monde autour de la table. Laissez-nous plutpôt réagir là-bas (que dans la presse)…". "Le CD&V rêve d'avoir son trophée et ferait n'importe quoi pour avoir un accord, mais ce sera sans nous", ajoute une autre source libérale. De là à dire que c'est mort et enterré, il y a un pas que l'on pourrait allègrement franchir vu le contexte mais la vie tumultueuse de la Vivaldi incite à la prudence. Tous les partis reconnaissent que si des pas sont faits dans la bonne direction, ils pourraient se montrer constructifs. Sans trop y croire.