La météo, trouble-fête des viticulteurs belges ? "Je n'ai pas encore récolté le moindre raisin"
Le dossier de La Libre Eco | Baudouin a planté ses premiers pieds de vigne en 2019. Depuis lors, mildiou et gel l'ont empêche de produire une seule bouteille de vin.

- Publié le 13-10-2024 à 10h30

Professeur d'œnologie en Chine, Baudouin Neirynck est arrivé un peu par hasard sur les hauteurs du village de Rièzes (Chimay) en 2018. "Je cherchais un vignoble d'environ un hectare à acheter ou à planter. Il fallait que le prix soit raisonnable. Je suis tombé sur cette propriété avec 1,5 hectare en pâture", explique-t-il. Les analyses effectuées avant de signer l'acte d'achat son concluantes : "La terre est bonne pour la vigne. Il fallait juste ajouter de la chaux, car le sol était très acide".
Le 23 avril 2019, il plante 5 060 pieds de vigne : 2 500 pieds de chardonnay, 2 500 de pinot noir, 30 de sauvignon blanc et 30 de riesling, "pour essayer". Cinq ans plus tard, il n'a pas encore récolté le moindre raisin, alors que la vigne a besoin de quatre ans pour produire.
Tout a mal commencé dès l'année de plantation. "2019, c'était une grande sécheresse et malgré l'arrosage, 30 % des vignes ont crevé. En 2020 et 2021, il y a eu des gelées tardives aux saints de glace. Là, il y a encore 50 % des vignes qui ont disparu. Et puis, en 2022, mildiou : encore 10 % des vignes qui sont parties." Mais ce n'est pas tout. Baudouin Neirynck apprend ensuite que son domaine est situé au sud de la Calestienne, une bande de terre qui vient de France en passant par Momignies et ensuite Boutonville (Chimay). "Au sud de la Calestienne, c'est une zone qui n'est pas bonne pour la culture du raisin. C'est même déconseillé de planter des vignes car les sols sont très acides et qu'il n'y a que 50 centimètres de limon et en dessous, c'est de l'argile."
"Avant fin septembre, il n'y a pas de maturité suffisante pour faire un vin correct avec assez d'alcool. Il y a eu de la pluie en mai et un déficit de soleil. C'est donc extrêmement compliqué"
Gel le 22 avril
Aujourd'hui, il lui reste 100 plants de chardonnay et 750 plants de sauvignon kretos, un cépage développé par l'Université d'Udine. "C'était la première fois, l'année dernière, que je replantais. Cela ne démarre pas non plus. Les plants restent très chétifs." Où est le problème ? "Il y a un problème à propos de l'absorption des nutriments par la vigne. C'est probablement le sol, quoique 4 plants poussent très bien dans ma serre alors que c'est le même sol." Et puis il y a les conditions climatiques. "Il faut 150 jours entre le débourrement, c'est-à-dire quand le bourgeon éclate et donne les premières fleurs, et la maturité du raisin. Avant fin septembre, il n'y a pas de maturité suffisante pour faire un vin correct avec assez d'alcool. Il y a eu de la pluie en mai et un déficit de soleil. C'est donc extrêmement compliqué."
Le débourrement, c'est en avril. "Une fois qu'il gèle là-dessus, c'est tout noir le lendemain. Il faut alors attendre que la vigne redémarre avec des bourgeons secondaires, mais là on est fin mai, début juin et c'est trop tard."
Le gel, Baudouin l'a subi la nuit du 22 avril. "J'ai utilisé 200 bougies de six kilos qui réchauffent de 1 ou 2 degrés, pas plus. Cela n'a pas suffi. À partir de -1,5 degrés, la vigne gèle. Or, il a fait -7."
Des serres ?
À Bourlers (Chimay), à quelques kilomètres de Rièzes, un viticulteur est bien plus heureux : Thomas Constant a planté ses vignes en même temps que Baudoin. "Il a vendu ses premières bouteilles de vin cette année-ci. Il y a trois degrés de plus à Bourlers qu'à Rièzes".
Son idée ? Il étudie actuellement la faisabilité financière de placer des serres, au moins sur une partie du vignoble. "C'est un investissement majeur." Il faudra aussi replanter le vignoble, installer le goutte-à-goutte, amender le sol. Fera-t-il appel au crowdfunding ? "Pourquoi pas ?"
"Est-ce que je vais poursuivre ? Ce sera une décision de cœur que je prendrai. Est-ce que c'est viable à long terme ? "Non, quand on voit à quel prix on vend une bouteille de vin", poursuit Baudouin, qui produit aussi une bière, s'occupe d'un verger, d'un potager, de ruches et des chambres d'hôtes du Domaine Marie-Astrid.