Quand la Chine fait dans le conseil boursier pour faire revenir ses investisseurs
Le pouvoir chinois veut relancer la machine financière qu'il a fait trébucher.
- Publié le 22-04-2022 à 18h32

Dans l'attente de messages forts de la part des dirigeants des principales banques centrales de la planète, c'est la Chine qui s'est rappelée cette semaine au bon souvenir des investisseurs. À plusieurs égards. En premier lieu, et c'est plutôt surprenant, après avoir vilipendé la spéculation et mis à l'amende de grands groupes locaux en vue de rétablir la concurrence et de réduire les inégalités économiques, voilà le pouvoir chinois qui conseille de revenir en Bourse…
C'est que les marchés d'actions chinois sont au plus bas depuis deux ans, ce qui pèse entre autres éléments sur l'économie chinoise. Selon l'agence Bloomberg, si la Banque populaire de Chine demande aux gros investisseurs banques et assureurs de revenir sur les actions d'entreprises chinoises, c'est pour combler l'effet de pauvreté créé par la disparition en fumée de plus de 2 700 milliards de dollars de capitalisation boursière. Le Parti veut aussi encourager la création de plans de pensions individuels, en vue d'un choc démographique majeur. Bonne idée ! Mais il en faudra peut-être plus pour faire revenir les investisseurs. Chat échaudé…
On réduit la voilure
Par ailleurs, les nouveaux épisodes de confinement en Chine, menés à la hussarde, ont visiblement affecté la dynamique économique au point que la demande en provenance du plus gros importateur mondial de pétrole pourrait chuter de 20 % d'une année sur l'autre, pour revenir à son niveau du début de la pandémie en 2020. Sachant que les prix de l'énergie sont la principale source de l'explosion de l'inflation ces derniers mois, il y a lieu de se demander si le coup de froid économique chinois ne serait une bonne nouvelle… Vendredi, en tout cas, cette perspective commençait à peser sur les marchés à terme de l'énergie.
Les taux grimpent encore
Ceci pourrait alors influencer le sentiment des décideurs en matière de politique monétaire, aux États-Unis, comme en zone euro. C'est que, cette semaine, Jerome Powell, le patron de la Réserve fédérale (Fed), a donné de la voix pour préparer les marchés à une hausse plus rapide que prévu des taux d'intérêt à court terme, en raison du niveau inquiétant de l'inflation. Ce qui a eu pour effet de peser sur les marchés d'actions et de remplumer le dollar. Le redémarrage du billet inquiète, de ce côté-ci de l'Atlantique, puisqu'il est synonyme d'inflation importée, les principales sources d'énergie se négociant en dollar. Une baisse des prix pétroliers liée au tassement de la demande chinoise pourrait toutefois calmer le jeu, et permettre à la Fed de respirer, elle qui donne le sentiment désormais d'avoir sous-estimé le risque inflationniste, comme le mettait cette semaine en évidence The Economist, titrant en uneThe Fed That Failed…
Les marchés boursiers ont toutefois terminé la semaine sur de sérieuses prises de bénéfices, en raison de la conjonction des élections françaises, de la récession qui se profile, de la guerre en Ukraine et de l'inflation. Et cela, notamment dans le secteur des matières premières, avec, en Europe, AngloAmerican (-13,8 %), Glencore (-8,8 %), RioTinto (-7,4 %) ou encore, le secteur du commerce en ligne, avec JustEat Takeaway (-11,3 %), Delivery Hero (-13,1 %), Prosus (-9,4 %) ou Zalando (-7,4 %).
Elon Musk sur tous les front
Un ressac qui intervient après un rebond lié aux solides résultats de quelques poids lourds cotés. Ainsi, à l'exception notable de Netflix (-36 %) qui a piqué du nez sur l'annonce d'un recul du nombre de ses abonnés, les entreprises américaines cotées incluses dans l'indice S&P 500, ont pour l'heure publiés de beaux résultats. On retiendra ceux de poids lourds comme IBM (+10,50 %) en dépit de la suspension de ses activités en Russie. Procter&Gamble a également conservé le cap de la croissance sur le trimestre écoulé, comme Johnson&Johnson.
Tesla a pour sa part pulvérisé les attentes des analystes, pendant que son patron, Elon Musk, préparait l'artillerie lourde pour séduire les actionnaires de Twitter, sous forme d'une surenchère, alors que le management lui a tendu un piège à l'ancienne sous forme d'une poison pill. À suivre.
Chez nous enfin, c'est GBL qui a fait l'actualité avec deux acquisitions d'entreprises non cotées dans le domaine de la santé, pour un montant maximal de 1,75 milliard d'euros. Une opportunité pour le particulier visant le private equity ?