Comment donner du sens à ses investissements en obligations
Libre Eco week-end | Les obligations vertes permettent de cibler des projets environnementaux précis. Analyse des points à prendre en compte.
- Publié le 13-05-2024 à 09h02

Les obligations vertes (green bonds en anglais) sont des obligations dont les montants sont affectés à des programmes environnementaux qui visent soit à atténuer le réchauffement climatique, soit à adapter des populations ou des zones géographiques aux nouvelles donnes climatiques. Ces fonds permettent, par exemple, de réhabiliter des centrales nucléaires ou de favoriser les énergies renouvelables ou encore de protéger les populations contre certains phénomènes écologiques irréversibles comme la déforestation ou les inondations. "De ce fait, les émetteurs de ces obligations vertes s'engagent à identifier les projets environnementaux et à les soutenir par l'émission obligataire. Ils s'engagent aussi à mesurer le bénéfice environnemental avec des indicateurs précis", explique Johann Plé, gérant obligataire chez AXA IM.
Mais qui réglemente aujourd'hui ce type d'émissions ? Pour le moment, il n'existe pas de réglementation concernant les émissions de green bonds. Il existe uniquement des recommandations, les green bonds principles, définies par l'ICMA group. Il en résulte donc que n'importe quel émetteur peut lancer une obligation verte sans contrainte réglementaire. "Il faut donc être vigilant sur les opérations de greenwashing à deux égards. D'une part, il faut analyser le projet qui est financé. Ensuite, il faut aussi s'interroger sur l'émetteur de cette obligation. Si, parallèlement à cette émission, il développe une stratégie peu soucieuse de l'environnement, nous sommes face à une incohérence entre le projet et la stratégie globale de l'entreprise. C'est le rôle de l'investisseur de se pencher sur ces deux aspects au-delà des caractéristiques financières de l'émission", avertit Johann Plé.
Quelle rentabilité ?
Ces obligations sont-elles aussi rentables que les obligations classiques ? Il y a quelques années, les obligations vertes étaient effectivement plus chères que les obligations classiques. En effet, le marché était assez étroit et, dans une configuration où l'offre était plus faible que la demande, les prix se sont ajustés à la hausse. Mais, selon notre interlocuteur, nous sommes, aujourd'hui dans une situation différente. "Ces écarts de rentabilité entre les obligations vertes et les obligations classiques se réduisent. Nous assistons à une belle dynamique sur ce marché en croissance. Le marché est plus fluide, plus gros et plus mature. Les rendements sont donc, en moyenne, en ligne avec ceux des obligations classiques."
Ce marché n'est plus un marché de niche. Il se caractérise chaque année par une croissance continue du nombre d'émetteurs. Il affiche aussi davantage de granularité avec plus de 700 émetteurs dans différents secteurs. L'offre de green bonds représente aujourd'hui 1 600 milliards de dollars. On y trouve à la fois des dettes souveraines et des dettes d'entreprises. "Ce type de placements constitue désormais une alternative crédible aux obligations classiques avec un bénéfice environnemental potentiel à la clef. Les green bonds sont des investissements à impact direct sur l'environnement", constate Johann Plé. L'investisseur particulier a intérêt à aborder ce type de placements par l'intermédiaire de sicav. En effet, les tickets d'entrée dans ces émissions sont élevés et ces investissements requièrent une expertise concernant la qualité environnementale des projets financés.Isabelle de Laminne