Ne vous faites pas arnaquer par la cryptomonnaie de Donald Trump
Donald Trump a créé sa propre cryptomonnaie ce week-end, faisant exploser sa capitalisation à plus de 7,6 milliards de dollars. Mais cette "meme coin" n'est pas sans risques pour ceux qui voudraient s'y attarder.

- Publié le 21-01-2025 à 17h55
- Mis à jour le 21-01-2025 à 18h32

Deux jours avant de prêter serment, Donald Trump a lancé sa propre cryptomonnaie à son effigie. Bilan des courses : en quelques heures, plus de 200 millions de jetons ont été vendus. À l'heure où sont écrites ces lignes, le cours de cette "$Trump" a atteint 36,75 dollars pour une capitalisation de 7,6 milliards de dollars. En un seul week-end, Donald Trump a donc propulsé "$Trump" dans le top 25 des cryptos avec les plus grandes valorisations et ce, depuis la nuit des temps. Au passage, il s'est rempli les poches et celles sa société Trump Organization.
Surfer sur du buzz
Donald Trump aurait-il eu un coup de génie pour parvenir à un tel succès financier ? Disons plutôt que le président américain a le sens du buzz. La cryptomonnaie lancée par le 47e président des États-Unis est en effet une "meme coin". "Un meme permet de générer une idée très rapidement et simplement sur Internet", explique Owen Simonin, youtubeur vulgarisateur du monde de la finance. Avant d'ajouter : "Il s'agit souvent d'une image, d'une courte vidéo ou d'un son. Les meme coin sont donc des cryptomonnaies créées sur une idée, et ne reposent à la base sur aucun projet spécifique". En bref, Donald Trump a profité de sa prise de pouvoir imminente et de la viralité de cet événement pour créer une meme coin, misant sur l'engouement provoqué par sa personne pour faire grimper la valeur de sa crypto. Et cela s'est avéré gagnant.
Acheter un "$Trump", c'est comme acheter une casquette à son effigie, sauf qu'on peut très vite s'en procurer des milliers pour les revendre ou spéculer avec. Lui, pendant ce temps-là, est gagnant sur tous les tableaux".
Sur le site dédié à la crypto "$Trump", il est affirmé qu'acheter un jeton est synonyme de "soutien" et d'" engagement" envers le président. Mais pour Grégory Raymond, auteur de "Bitcoin-Cryptos, l'enjeu du siècle", "il n'y a aucun autre intérêt que de le rendre riche". Ce dernier explique en effet à Libération que cette meme coin "lui permet de capitaliser sur ses soutiens". Il ajoute : "Acheter un "$Trump", c'est comme acheter une casquette à son effigie, sauf qu'on peut très vite s'en procurer des milliers pour les revendre ou spéculer avec. Lui, pendant ce temps-là, est gagnant sur tous les tableaux".
L'arnaque du siècle ?
Le geste du président américain n'est pas passé inaperçu dans le monde financier. Au-delà des gains immédiats qu'il a générés, la question du conflit d'intérêts pèse sur les épaules du président. Car il faut le dire, les meme coin sont très volatiles. Leur cours varie drastiquement en quelques instants. Par exemple, ce dimanche, Melania Trump a dévoilé également sa propre cryptomonnaie. Ce faisant, le cours de la "$Trump" a chuté de plus de 40 %. Se pose donc la question de savoir si Donald Trump pourrait profiter de son statut présidentiel pour prendre des décisions ou faire des déclarations qui permettraient de faire grimper le cours de sa meme coin (pour s'enrichir au passage).
Aussi, "l'ampleur de la corruption sera d'une magnitude supérieure à ce que nous avons vu sous la première administration Trump", déduit pour l'agence AP, Kathleen Clark, avocate spécialisée en éthique gouvernementale à l'université Washington de Saint-Louis (Missouri). Elle ajoute que les personnes qui tentent de gagner les faveurs de Donald Trump peuvent parvenir à leurs fins en réalisant de prétendus "investissements" dans les cryptomonnaies du président.
La "$Trump" est détenue à 80 % par des sociétés affiliées à la Trump Organization, tandis que 20 %, soit 200 milions de jetons, sont mis sur le marché.
Dans le monde, près de quatre cryptomonnaies sur cinq qui ont vu le jour sont des meme coin. Le succès est fulgurant, et attire des personnes mal intentionnées.
Quand une personnalité ou un anonyme crée une meme coin, il garde une réserve de jetons pour lui-même et en met une autre partie sur le marché. La "$Trump" est par exemple détenue à 80 % par des sociétés affiliées à la Trump Organization, tandis que 20 % sont en circulation. C'est l'engouement pour ces mêmes 20 % (200 millions de jetons) qui permettent de faire exploser le cours de la "$Trump" ces derniers jours. Mais il arrive que le créateur de la cryptomonnaie profite de l'explosion du cours pour revendre toute sa réserve et disparaître avec ses gains (on appelle cela le "pump-and-dump", soit "Gonfler et vider"). Une combine efficace qui fait directement plonger le cours de la cryptomonnaie. Les acheteurs "lambdas" peuvent donc y perdre gros.
La Securities and Exchange Commission (SEC), soit l'autorité de régulation et de contrôle des marchés financiers américains, a déjà traité de cas d'arnaques aux cryptoactifs. On peut notamment citer l'influenceuse Haliey Welch, qui avait créé sa propre meme coin "$Hawk" (dérivé de son surnom Hawk Tuah) surfant sur un buzz la concernant. Rapidement après sa mise sur le marché, la valeur de "$Hawk" a grimpé jusqu'à 490 millions de dollars, mais 20 minutes après, elle s'est effondrée à 60 millions de dollars. En quelques heures, cette crypto avait perdu 90 % de sa valeur. L'affaire est toujours en cours, mais Haliey Welch est soupçonnée d'avoir eu recours à cette pratique du "pump-and-dump". Cette dernière, par le biais de son avocat, nie ces accusations.
"Les personnalités qui créent et mettent en avant des meme coins peuvent être condamnées à une amende et tenues responsables en vertu de la Directive sur les pratiques commerciales déloyales", expliquent Catherine Smirnova et Yuriy Brisov, experts juridiques chez Digital et Analogue Partners, au média spécialisé Coin Telegraph. Dans le cas du "pump-and-dump", on peut parler de délit d'initié dans la mesure où le créateur de la meme coin la créerait dans l'unique but de faire gonfler sa valeur en surfant sur un buzz, pour ensuite revendre ses jetons et réaliser un profit. Mais cette intention reste à prouver, et ce genre de litige se termine le plus souvent par un règlement avec "une amende dans l'action civile", précisent encore ces experts.
Dans le cas de la "$Trump", la SEC ne s'est pas encore exprimée et personne n'a encore saisi la Cour suprême pour juger de la constitutionnalité de la démarche du président. Affaire à suivre donc.