"La protonthérapie tue les tumeurs et réduit les effets secondaires" : IBA se diversifie et affiche quelques records
Le fleuron wallon de la protonthérapie IBA publie des chiffres solides.

- Publié le 27-03-2026 à 12h41
- Mis à jour le 27-03-2026 à 13h27

Malgré les tensions internationales, IBA, fleuron néolouvaniste, poursuit sa route. Dans son rapport annuel, le groupe annonce plusieurs records, avec des résultats en nette hausse, un carnet de commandes très solide et une ambition élargie : s'imposer non seulement en protonthérapie, son cœur de métier, mais aussi dans la médecine nucléaire, les services et les technologies d'irradiation.
Le message de la direction est clair. "On s'est réorganisé pour libérer le potentiel, accélérer la croissance." En d'autres termes, IBA se diversifie pour renforcer sa résilience.
Les investisseurs, eux, ont accueilli cette communication avec prudence : en milieu de matinée, le titre reculait d'un peu plus de 1,20 %.
Records solides
Sur le plan financier, IBA affiche pourtant une performance solide. En 2025, son chiffre d'affaires a bondi de 24 %, à 620,2 millions d'euros, un niveau inédit pour le groupe. Le bénéfice net a progressé de 38 %, à 12,7 millions d'euros, tandis que l'Ebit ajusté a grimpé de 58 %, à 27,4 millions. Le carnet de commandes atteint, lui, 1,6 milliard d'euros, là aussi un record.
Ce rebond s'explique d'abord par la dynamique retrouvée de la protonthérapie. Le segment a signé sa deuxième meilleure année en nombre de salles vendues, tandis que les commandes d'équipements ont atteint 452 millions d'euros, en hausse de 41 %.
"La protonthérapie tient ses promesses : elle tue la tumeur et réduit les effets secondaires."
Olivier Legrain, CEO, reconnaît que cette croissance exceptionnelle est "cyclique", compte tenu du modèle économique du groupe. "Mais il y a un vent nouveau en protonthérapie", explique-t-il. Selon lui, cette dynamique repose sur l'accumulation de données cliniques et de publications majeures, notamment aux États-Unis. "La protonthérapie tient ses promesses : elle tue la tumeur et réduit les effets secondaires."
Ce changement de perception se traduit déjà sur le terrain, avec des avancées commerciales aux États-Unis, en Europe et en Asie. IBA cite notamment des succès avec le MD Anderson Cancer Center à Houston (au sein duquel IBA a récupéré le marché auparavant confié à Hitachi), à Heidelberg en Allemagne, mais aussi en Inde, à Taïwan et en Corée.
Mais l'autre message du groupe est qu'il faut désormais regarder au-delà de son activité historique. "On a fait 50 % de croissance en deux ans grâce aux différentes activités", souligne Henri de Romrée, Deputy CEO d'IBA.
Catherine Vandenborre, CFO d'IBA, insiste, elle, aussi sur cette évolution. "Il y a un mouvement de développement", dit-elle. IBA continue de faire croître son activité de fabrication d'accélérateurs de particules, utilisés notamment dans la stérilisation et l'irradiation alimentaire. Mais le groupe avance surtout sur un terrain jugé bien plus porteur : la médecine nucléaire thérapeutique.
"Depuis peu, la médecine nucléaire va vers le fait de guérir des maladies"
Longtemps, rappelle-t-elle, les isotopes radioactifs ont surtout servi à l'imagerie médicale, par exemple pour les PET scans. Aujourd'hui, le marché change d'échelle. "Depuis peu, la médecine nucléaire va vers le fait de guérir des maladies", explique-t-elle, en ciblant les tissus cancéreux avec des isotopes faiblement radioactifs. "On lance un portefeuille d'activités dans la médecine nucléaire et la production d'isotopes en vue de guérir, et pas seulement d'imager."
C'est dans cette logique qu'IBA se développe via PanTera, sa coentreprise, entre autres. En parallèle, le groupe a racheté ORA, une société belge spécialisée dans la radiochimie, pour un montant estimé à 17 millions d'euros. Un signal de plus : IBA veut clairement se positionner dans la chaîne de valeur des radiopharmaceutiques.
Du matériel à l'activité de "service"
Le groupe met aussi en avant un autre levier de solidité : la montée en puissance des services. IBA ne vend plus seulement des machines. "En plus de vendre des équipements, on opère et on entretient les équipements", rappelle Catherine Vandenborre. Résultat : "On a une croissance de l'activité services sur le temps, qui génère des revenus de plus en plus stables."
Cette évolution se reflète dans la composition du carnet de commandes. Sur le 1,6 milliard d'euros enregistré, 822 millions concernent les services, contre 780 millions pour les équipements. Pour une entreprise longtemps perçue comme très dépendante des grands contrats de protonthérapie, ce n'est pas anodin.
IBA revendique également son ancrage belge et européen. Le groupe emploie 2 300 personnes, dont environ la moitié en Belgique, et affirme avoir recruté plus de 150 personnes en 2025. "On est fiers de se dire ancrés en Belgique, dans une logique de réindustrialisation européenne", souligne Henri de Romrée. "On se fournit principalement en Belgique et, pour les trois quarts des composants, en Europe."
Dans un secteur dominé par des acteurs souvent bien plus imposants, IBA continue de cultiver sa différence. "C'est l'histoire d'IBA : on était un petit Poucet dans un monde de grands, on a grandi mais on reste face à des gros compétiteurs", résume Olivier Legrain.
À l'approche de ses 40 ans, le groupe belge ne veut plus seulement être perçu comme un pionnier. Il veut s'imposer comme un acteur plus large, plus robuste et moins dépendant d'un seul métier.