Et si les troupes ukrainiennes forçaient les Russes à quitter Bakhmout sans y mettre un pied ?
Aussi lente soit-elle, la contre-offensive ukrainienne progresse, à l'est comme au sud de la ligne de front.
- Publié le 20-09-2023 à 17h36
- Mis à jour le 20-09-2023 à 17h44

Plusieurs voix, notamment américaines, se sont inquiétées ces derniers jours de l'état de la contre-offensive ukrainienne. Quelques heures avant l'atterrissage de Volodymyr Zelensky à New York pour assister à l'Assemblée générale des Nations unies, ce mardi, Kiev s'est donc empressé de communiquer sur les sept kilomètres carrés de terrain repris aux Russes en l'espace d'une semaine. Deux kilomètres carrés près de Bakhmout (est), cinq kilomètres carrés dans l'Oblast de Zaporijia (sud), où la prise de Robotyne le 28 août dernier constituait une toute première percée dans la très solide triple ligne de défense mise en place par Moscou.
Bien que modeste, cette nouvelle avancée "crédibilise l'exploitation ukrainienne de sa contre-offensive, estime Thibault Fouillet, directeur scientifique de l'Institut d'études de stratégie et de défense (IESD). Pour la simple et bonne raison qu'elle continue à progresser. Cela signifie que toutes les forces n'ont pas encore été mises sur le front et que les Ukrainiens peuvent encore faire basculer la situation en leur faveur. Dans l'Oblast de Zaporijia, les troupes ont franchi la première ligne et sont très proches de la deuxième. On devrait bientôt avoir une idée de la capacité des Russes à les arrêter ou non."
La pince de Bakhmout
Bakhmout, à l'est, dont la violente et coûteuse prise par Wagner en mai dernier demeure encore dans les esprits, est à nouveau sous le feu des projecteurs. Trois jours après la reconquête du petit village d'Andriivka, le commandant des troupes terrestres de Kiev a annoncé lundi celle de Klishchiivka – situé juste à côté de Bakhmout- et une nouvelle percée.
"Ici, la logique militaire est particulièrement intéressante, commente l'expert de l'IESD. On n'est pas sur une attaque frontale de la ville ni un encerclement court. Les pinces sont assez élargies. Ça ressemble à ce qu'on avait déjà vu à Kherson : une menace d'encerclement par les feux, pour forcer les Russes à évacuer la ville sans avoir à entrer dans un combat rapproché. Les Ukrainiens ont pris les hauteurs, mais ne veulent pas exploiter massivement leurs gains en envoyant toutes leurs troupes. On voit clairement que l'idée est de consommer le moins de ressources possible et de prendre suffisamment de bonnes positions pour pouvoir les exploiter plus tard."
Le challenge de la raspoutitsa
Reste à voir si ces manœuvres auront lieu avant ou après la raspoutitsa – la saison humide suivie des périodes de gel – qui rendra le terrain et donc les combats extrêmement difficiles dans les deux camps et devrait se manifester d'ici à la fin du mois d'octobre, reportant les opérations majeures à 2024. "On est désormais dans une bataille des réserves, analyse Thibault Fouillet. Toute la question est de savoir si les Ukrainiens ont les capacités pour prendre un avantage suffisamment significatif avant la Raspoutitsa pour pouvoir repartir après, avec des objectifs plus importants. Ou, à l'inverse, si les Russes tiendront et reculeront suffisamment doucement pour épuiser l'adversaire près de Severodonestk et Bakhmout. La fin de l'année jouera en faveur de celui qui se trouvera dans la meilleure position tactique."
