François Bayrou ressuscite son idée de "Banque de la démocratie"
Le Premier ministre veut mettre sur pied un organisme public pour assurer le financement des partis. Une première tentative, lorsqu'il était ministre de la Justice en 2017, avait échoué.

- Publié le 30-01-2025 à 06h54

L'argent, on le sait, est le nerf de toute campagne électorale. Mais en France, pour nombre de partis politiques, en emprunter relève parfois du parcours du combattant. C'est dans ce contexte que le Premier ministre François Bayrou a annoncé lors de sa déclaration de politique générale le 14 janvier la création d'une "Banque de la démocratie".
"Au nom du pluralisme"
L'actuel hôte de Matignon – du moins jusqu'au vote du budget prévu début février… – souhaite que "le financement des partis politiques et des campagnes ne dépende plus de choix de banques privées, mais puisse éventuellement, […] être le fait d'organismes publics". L'idée ? Offrir équitablement à chaque parti, quels que soient son poids électoral et son positionnement politique, la possibilité de financer sa campagne sous la forme de prêts ou de garanties.
On se souvient qu'en 2014, le Rassemblement National avait essuyé, preuves à l'appui, 53 refus de banques françaises et avait finalement contracté un prêt auprès d'une banque russe (depuis une réforme adoptée en 2017, les emprunts contractés auprès d'établissements situés en dehors de l'Union européenne sont interdits afin de prévenir toute ingérence étrangère dans la vie publique française). Le parti d'extrême droite n'est cependant pas le seul à peiner à emprunter : lors des campagnes présidentielles et législatives de 2017, La France Insoumise avait également essuyé plusieurs refus de banques privées, avant d'obtenir in extremis un prêt de 8 millions d'euros auprès de la Banque Postale. Les Républicains eux aussi avaient eu du mal à renflouer les caisses de la campagne présidentielle de François Fillon, les banques étant réticentes à prêter après le scandale des emplois fictifs.
Interrogé, le député Philippe Gosselin (LR), qui planche actuellement sur une proposition de loi visant à créer cette fameuse "Banque de la démocratie", se dit convaincu qu'" il existe bel et bien une problématique liée au financement des campagnes électorales. Cela touche de nombreux candidats, installés ou bien issus de micropartis ou hors des sentiers battus, et pose un enjeu démocratique significatif". Alors il s'affaire à créer les contours de cette banque, "qui pourrait être adossée à la Banque Postale, déjà investie de missions de service public", avec des modalités – prêts à taux zéro ou au taux en vigueur sur le marché, plafonds de financement – qui restent à définir.
Amadouer le Rassemblement National ?
L'idée d'une "Banque de la démocratie" n'est pas nouvelle. En 2017 déjà, alors (éphémère) ministre de la Justice, François Bayrou avait tenté de créer ce même organisme, sans succès. À l'époque, les inspections générales de l'administration et des finances mandatées avaient conclu que l'accès au crédit "relève moins d'une absence d'offre bancaire, que viendrait combler la Banque de la démocratie, que de questions d'informations ou de délais, qui pourraient être réglées par le médiateur du crédit". D'autres arguments avaient pesé contre le projet : lourdeur administrative, crainte d'une immixtion de l'État dans le jeu politique et coût budgétaire important dans un contexte d'austérité. Résultat ? Ce guichet public, intégré dans la loi sur la confiance dans la vie politique, avait été discrètement abandonné sous Édouard Philippe.
Thierry Vedel, chercheur au Cevipof, ne croit guère à la naissance imminente de cette banque, encore moins à sa nécessité. "Ce n'est pas un sujet prioritaire. Si notre démocratie rencontre bel et bien des problèmes, ils ne sont pas liés au financement des campagnes. Le pluralisme politique existe en France, comme le prouve le nombre de candidats à chaque élection présidentielle – entre 12 et 16. La vraie barrière, ce sont les parrainages, et la vraie question de notre démocratie, c'est celle du référendum d'initiative citoyenne, trop compliqué à mettre en œuvre", commente-t-il.
Alors pourquoi relancer ce dossier aujourd'hui ? Certains n'hésitent pas à y voir une manœuvre politique. À l'instar de son initiative en 2022 de "Banque des parrainages" pour sauver des candidatures comme celle de Marine Le Pen, François Bayrou chercherait-il à amadouer le Rassemblement National, voire les Insoumis, et à acheter leur bienveillance à quelques jours du vote d'une motion de censure pouvant faire chuter son gouvernement ? Il est possible d'imaginer que cette perspective ne soit pas étrangère à ce regain d'intérêt pour le sujet, reconnaît le député Gosselin, tout en précisant croire volontiers à la "sincérité" du Premier ministre.