"Une catastrophe", "Un effet domino": la décision de Trump de suspendre l'aide étrangère est entrée en vigueur et génère une grande incertitude
Le gel des aides américaines au développement impactent déjà les acteurs du secteur, et risque d'affecter des millions de personnes vulnérables à travers la planète.

- Publié le 03-02-2025 à 20h33
- Mis à jour le 04-02-2025 à 09h54

La suspension pour trois mois de la quasi-totalité des programmes d'aide étrangère des États-Unis ordonnée par Donald Trump le jour de son investiture est entrée en vigueur ce 3 février. N'en déplaise aux employés du quartier général, à Washington, de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAid), principal fer de lance de cette assistance, qui ont reçu la consigne, quelques heures auparavant via email, de ne pas s'y présenter ce lundi matin. N'en déplaise aussi au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, qui a demandé la semaine dernière des "exemptions supplémentaires" à celles mentionnées dans le décret présidentiel, à savoir l'aide alimentaire et humanitaire d'urgence et l'assistance militaire pour Israël et l'Égypte. De nouvelles dérogations qui pourraient permettre la poursuite des livraisons d'aide "pour les plus vulnérables dans le monde".
Le gel des aides risque d'impacter des millions de personnes à travers la planète, ont dénoncé des cohortes d'ONG dont le financement dépend au moins en partie d'une aide américaine. Selon le décret du 20 janvier, la suspension de nonante jours doit permettre à la nouvelle administration de réévaluer et réaligner les aides sur sa politique étrangère, Donald Trump estimant que ces dernières sont actuellement en porte-à-faux avec "les intérêts américains et, dans de nombreux cas, contraires aux valeurs américaines". "Elles servent à déstabiliser la paix mondiale en promouvant dans les pays étrangers des idées qui sont directement inverses à des relations harmonieuses et stables au sein des pays et entre eux", dit encore le document. Les États-Unis sont depuis très longtemps le premier pourvoyeur mondial de l'aide au développement. En 2023, ils y ont alloué plus de 64 milliards de dollars (62,4 milliards d'euros).
Des emplois menacés
"C'est une catastrophe car cette décision va impacter les ONG directement, que ce soit au niveau du paiement des salaires des collaborateurs ou des transferts de fonds" pour les besoins des missions, estime Véronique Craenenbroeck, cofondatrice de Wapa, une ONG belge qui œuvre à la réinsertion des enfants soldats, pour l'heure en République démocratique du Congo et en Colombie. Quoique non dépendante des aides américaines, cette responsable affirme que le gel de l'administration Trump menace une multitude d'emplois dans l'aide humanitaire et au développement.
Au-delà de ces impacts directs de la décision américaine, "c'est surtout l'incertitude qui préoccupe les équipes", ajoute Désirée Ketabchi, responsable du Département humanitaire d'Oxfam Belgique, qui comme son homologue américaine est indépendante des aides américaines. Par contre, elle évoque un programme humanitaire d'Oxfam à Goma, financé par USAid et dédié à la protection de quelque 745 000 personnes déplacées par la guerre dans l'est en République démocratique du Congo.
Un effet domino
"L'interruption du financement durant trois mois implique le non-paiement des salaires du personnel mais aussi des incertitudes quant à son éligibilité aux dérogations décrétées et quant à la pérennité des projets en cours. Ce que va devenir ce projet après la suspension de trois mois dépend de la décision de l'administration américaine. Cela inquiète les acteurs impliqués dans cette aide existentielle. Au-delà, cela pose des questions sur la solidarité, qui plus est dans une zone sensible avec des populations très vulnérables, et dans un contexte où les dépenses humanitaires ne cessent d'augmenter", résume Désirée Ketabchi.
Elle pointe aussi un "effet domino" induit au niveau des ONG locales ou internationales qui bénéficient de fonds des Nations unies, qui sont elles-mêmes financées par les États-Unis. Suite au gel de l'aide étrangère américaine, les agences des Nations Unies ont déjà commencé à réduire leurs opérations d'aide au niveau mondial. l'impact potentiel sur les autres organisations humanitaires et de santé qui dépendent du financement américain, et sur les personnes dont la survie dépend de l'accès à ces services essentiels".