Comment expliquer l'arrêt inattendu de certaines livraisons d'armes à l'Ukraine par les États-Unis ?
En diminuant son aide militaire à l'Ukraine, Washington confirme une réorientation de sa politique de défense.

- Publié le 02-07-2025 à 14h51

"Tout retard ou délai" dans les livraisons d'armes américaines à Kiev "encouragerait" la Russie à "poursuivre la guerre et la terreur, plutôt que de rechercher la paix", a averti mercredi le ministère ukrainien des Affaires étrangères, après avoir convoqué le chargé d'affaires américain.
En cause : l'annonce inattendue de l'arrêt de la livraison de certaines armes par les États-Unis à l'Ukraine, notamment les systèmes de défense aérienne Patriot, l'artillerie de précision et les missiles Hellfire. La Maison-Blanche explique, par voie de communiqué, que "cette décision a été prise pour mettre les intérêts de l'Amérique en premier, à la suite d'un passage en revue, par le ministère de la Défense, de l'aide militaire de notre nation à d'autres pays à travers le monde."
Cette interruption intervient quelques jours après une rencontre entre Donald Trump et son homologue Volodymyr Zelensky à la Haye, en marge du sommet de l'Otan fin juin. Cela faisait des semaines que le président ukrainien appelait les États-Unis à lui vendre des systèmes de défense aérienne et des missiles Patriot, qui sont essentiels pour contrer efficacement les attaques russes de drones et de missiles balistiques.
Les deux dirigeants avaient convenu de poursuivre les discussions avec leurs partenaires européens pour renforcer la défense aérienne ukrainienne. Ils avaient également discuté d'une éventuelle production conjointe de drones et d'équipements de guerre électronique. Après leur échange, Donald Trump s'était montré évasif, déclarant que les États-Unis "devraient envisager" cette possibilité. Il s'est manifestement ravisé depuis lors.
La raison officielle est donc que Washington s'inquiète de la baisse de ses propres stocks de munitions. L'aide militaire américaine à l'Ukraine, commencée sous le mandat de Joe Biden, est en effet directement prélevée dans les réserves de l'armée américaine.
Pas un arrêt total à ce stade
"Il y a une pression militaire russe qui continue. Donc dans la perspective ukrainienne, c'est inquiétant", analyse Christophe Wasinski, Professeur au département de science politique à l'ULB. Le chercheur précise que le matériel et les munitions qui sont livrés à l'Ukraine sont, certes, prélevés des stocks des forces armées américaines, mais pas que : une autre partie est également produite par des entreprises américaines. "À ce stade, ça ne semble donc pas être un arrêt total des livraisons d'équipements militaires et d'armes."
Le stock de munitions de l'armée américaine n'est pas prioritairement réservé à l'Ukraine
D'après le chercheur, la décision américaine peut notamment s'expliquer par la situation au Proche et Moyen-Orient. "Des équipements militaires états-uniens sont livrés aux forces armées israéliennes, qui sont en train de réprimer les territoires palestiniens et bombarder l'Iran. Et par ailleurs, les forces armées américaines sont aussi impliquées dans une campagne de bombardement au Yémen où il y a eu visiblement une certaine consommation d'équipements et de munitions." La Maison-Blanche est donc plus regardante sur les munitions et les réserves de son armée.
Réorientation de la politique de défense
Mais il n'y a pas que cela, ajoute Christophe Wasinski. Derrière cette décision se trouve Elbridge Colby, sous-secrétaire à la Défense du Pentagone. "Il a la réputation de considérer que la menace centrale pour les États-Unis, c'est la Chine. Et il n'est pas le seul au sein de l'Administration Trump."
Dans cette optique, Washington est donc en train de réorienter sa politique de défense et de sécurité, en se désengageant progressivement des théâtres conflictuels considérés comme secondaires pour éviter le gaspillage de ses ressources militaires.
Elbridge Colby, sous-secrétaire à la Défense du Pentagone, considère la Chine comme la menace principale pour les États-Unis
Pour l'heure, s'il y a bien un acteur qui se frotte les mains, c'est le Kremlin. "Moins il y a d'armes livrées à l'Ukraine, plus proche est la fin de l'opération militaire spéciale", s'est félicité son porte-parole, Dmitri Peskov. L'invasion de l'Ukraine, et le conflit qui a suivi, a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts des deux côtés, tant des civils que des militaires.