Qu'est-ce que le traité russo-américain New Start, que Vladimir Poutine propose de prolonger d'un an alors qu'il ne le respecte pas vraiment?
Partiellement respecté, cet accord est le dernier liant les États-Unis et la Russie pour limiter le risque de conflit nucléaire.

- Publié le 23-09-2025 à 19h11

Vladimir Poutine a annoncé lundi, à la télévision russe, qu'il était prêt à prolonger l'adhésion de la Russie à l'initiative russo-américaine New Start après son expiration, le 5 février 2026, pour une durée d'un an.
Entré en vigueur en 2011, le traité est le dernier accord de maîtrise des armements qui lie Washington et Moscou : ni l'un ni l'autre n'a signé le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires, et les États-Unis se sont retirés en 2019 du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), signé du temps de l'URSS, accusant la Russie de ne pas le respecter.
Le traité New Start limite à 1 550 le nombre de têtes nucléaires déployées par la Russie et les États-Unis, tous deux étant soumis à un mécanisme d'inspection
Le principe du New Start est de limiter le nombre d'armements déployés par la Russie et les États-Unis et ce, de manière égale. Concrètement, chaque pays peut disposer au maximum de : 1 550 ogives et bombes nucléaires stratégiques offensives, 700 missiles balistiques intercontinentaux, mer-sol et bombardiers lourds destinés à des missions nucléaires, et 800 lanceurs de missiles et bombardiers. Un mécanisme est prévu pour vérifier le bon respect du traité par les deux parties, qui sont tenues d'être transparentes sur leur arsenal.
Vers un nouvel accord ?
Le traité avait une durée initiale de dix ans, et a été prolongé en 2021 pour cinq ans – le maximum autorisé par le texte – sans conditions supplémentaires. À l'époque, le président américain Joe Biden, à peine investi, avait proposé ce sursis de dernière minute. Les négociations étaient restées dans l'impasse avec son prédécesseur Donald Trump, qui avait créé un différend avec la Russie en se retirant du FNI et en posant comme condition d'inclure la Chine dans les restrictions des arsenaux, en vain.
La question qui se pose donc aujourd'hui est de savoir si le traité sera une nouvelle fois prolongé comme le suggère Vladimir Poutine, s'il va disparaître, ou si un nouveau texte sera négocié. Dans le dernier cas, de nombreuses questions subsistent quant au type et au nombre d'armes que pourrait inclure le nouvel accord.
Restriction partagée
Pour l'heure, le chef du Kremlin a assuré que "la Russie est prête, après le 5 février 2026, à continuer de respecter pendant un an les restrictions quantitatives centrales prévues par le traité", à condition que "les États-Unis agissent de manière analogue". Après cette période d'un an, Moscou prendra une décision "sur la base d'une analyse de la situation".
Vladimir Poutine a demandé aux agences russes de surveiller si les États-Unis respectent le traité d'ici le 5 février 2027
Il a demandé aux agences russes de surveiller si les États-Unis respectent le traité d'ici là, menaçant de "réagir en conséquence […] par des mesures militaro-techniques". Le Kremlin a notamment dans le viseur le Dôme d'Or, un projet de Donald Trump de construire un gigantesque système de défense antimissiles américain. Pour Moscou, ce bouclier serait "profondément déstabilisant" car il envisage "un renforcement des arsenaux pour mener des opérations militaires dans l'espace" et fait de l'espace "une arène de confrontation armée".
Une grosse omission russe
Le président russe a affirmé que ce serait une "erreur de courte vue" d'abandonner complètement le New Start. Mais ce qu'il ne dit pas, par contre, c'est que Moscou a suspendu sa participation en février 2023, sous prétexte que Washington développait de nouvelles armes nucléaires. Depuis, la Russie refuse de partager les données liées à ses missiles (et à leur lancement) et refuse les inspections de ses sites de missiles balistiques. Dans sa déclaration télévisée, Vladimir Poutine n'a d'ailleurs pas mentionné une possible reprise de ces inspections, pourtant considérées comme essentielles dans le traité.
Ce que Vladimir Poutine ne dit pas, c'est que Moscou a suspendu sa participation en février 2023
Vladimir Poutine tente également de lier New Start au règlement du conflit en Ukraine. Il a affirmé que la mise en œuvre du traité est associée à "l'ensemble des efforts visant à normaliser les relations bilatérales" avec les États-Unis et pourrait créer des conditions "propices à un dialogue stratégique substantiel".
Dans une analyse, l'Institute for the Study of War estime que "le Kremlin fait miroiter aux États-Unis la perspective de négociations bilatérales sur le contrôle des armements pour garantir les demandes souhaitées par la Russie en Ukraine et détourner l'attention de la responsabilité de la Russie quant au manque de progrès dans les négociations de paix russo-ukrainiennes."