Pour Copenhague, les États-Unis sont aussi dangereux que la Russie ou la Chine : "Leur rôle de garant de la sécurité européenne est incertain"
Un rapport du renseignement militaire danois fait d'eux, non plus un protecteur, mais une menace pour la sécurité nationale.

- Publié le 11-12-2025 à 19h05

Un pays membre de l'Otan qui en considère un autre – et non des moindres – comme une menace pour sa sécurité, nul ne l'aurait facilement imaginé, même en gardant à l'esprit le contentieux historique entre la Grèce et la Turquie. C'est pourtant la conclusion à laquelle est parvenu le Danemark à propos des États-Unis. Dans son rapport annuel publié mercredi, le renseignement militaire danois range pour la première fois ceux-ci parmi les facteurs de risques pour le royaume, au même titre que la Russie ou la Chine.
Les États-Unis, déplorent les auteurs de ce document de 64 pages, "utilisent leur puissance économique, notamment sous la forme de menaces de droits de douane élevés, pour imposer leur volonté, et n'excluent plus le recours à la force militaire, même contre leurs alliés". Qui plus est, alors que le danger d'une agression russe contre l'Otan n'a jamais été aussi élevé, "le rôle des États-Unis comme garant de la sécurité de l'Europe est devenu incertain".
Les analystes danois partagent le pessimisme prévalant dans les capitales européennes. Jamais, depuis les tirades méprisantes des néoconservateurs de l'Administration Bush, les Rumsfeld et autres Wolfowitz, contre la "vieille Europe", la relation transatlantique n'avait été aussi malmenée. Alors que la Maison-Blanche cherche à conclure à tout prix, avec le Kremlin, un accord contre nature qui sacrifierait l'Ukraine, elle confirme, dans sa nouvelle stratégie de sécurité nationale présentée le 5 décembre, le peu de cas qu'elle entend faire de l'Europe désormais.
Convoitises sur le Groenland
Le Danemark a, toutefois, des raisons supplémentaires de s'inquiéter. Avec le Groenland, une colonie devenue région autonome, le royaume scandinave possède un immense territoire, riche en ressources naturelles, au large des côtes nord-américaines. Une île que Washington veut plus que jamais ancrer dans sa zone d'influence et que Donald Trump s'est promis d'annexer, "d'une façon ou d'une autre", en l'achetant, en ralliant sa population ou, au besoin, en l'occupant militairement.
Paradoxalement, c'est au moment où les rapports entre Washington et Copenhague sont au plus bas qu'a été votée, en juin dernier, une loi danoise accordant aux États-Unis la jouissance de trois bases aériennes dans le pays, à Aalborg, Karup et Skrydstrup. Ils pourront y stationner des troupes, y stocker du matériel et même s'en servir pour lancer des opérations militaires hors du Danemark. C'est la première fois dans son histoire que le royaume autorise la présence de soldats étrangers sur son sol, exception faite du Groenland.
L'accord a été, il est vrai, conclu sous la présidence de Joe Biden, quand rien ne laissait présager la situation à laquelle on assiste depuis l'arrivée au pouvoir de son successeur. Sa concrétisation n'en mécontente pas moins une majorité de Danois, quand bien même ils s'efforcent de croire qu'elle sera susceptible de calmer les ardeurs belliqueuses de la Russie. Une menace qui a récemment convaincu le Parlement danois d'étendre le service militaire obligatoire aux femmes.