L'avenir des Gazaouis n'est plus vraiment entre leurs mains : "Le grand rêve d'un Palestinien aujourd'hui, c'est d'avoir une nouvelle tente"
L'Administration Trump a annoncé le lancement la phase 2 du cessez-le-feu. Celle-ci s'organise autour d'une nouvelle structure de gouvernance dominée par les États-Unis et une poignée de dirigeants étrangers choisis par ceux-ci.
- Publié le 15-01-2026 à 18h18

En cette fin de semaine, les regards des Palestiniens de Gaza étaient tournés vers l'Égypte. C'est en effet dans ce pays voisin qu'a été formé mercredi un organisme composé d'acteurs internationaux et palestiniens pour se saisir de la gouvernance de l'enclave. "La population place beaucoup d'espoir dans ce comité, surtout pour qu'il améliore la situation humanitaire. Le grand rêve d'un Palestinien aujourd'hui, c'est d'avoir une nouvelle tente", résumait jeudi Rami Abou Jamous, un journaliste gazaoui joint au téléphone par La Libre.
À l'issue d'une journée de pourparlers au Caire entre négociateurs internationaux et factions palestiniennes, l'émissaire américain Steve Witkoff a annoncé en soirée le lancement de la deuxième phase du cessez-le-feu. Prévue par le "Plan en 20 points" de Donald Trump pour Gaza, elle doit mener "à la démilitarisation, à la gouvernance technocratique et à la reconstruction" de l'enclave palestinienne, a-t-il souligné.
Une gouvernance en trois étages
Au sommet, selon le média britannique Politico, un "Bureau de la Paix" composé de membres de gouvernements étrangers, dont l'identité n'a pas encore été confirmée. À l'exception de son président et acteur majoritaire sur le terrain : l'ex-coordinateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient de l'Onu, le Bulgare Nikolay Mladenov. Toujours selon Politico, des "chefs de gouvernement d'au moins neuf pays" devraient y siéger, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Allemagne, la Turquie, le Qatar, l'Égypte, les Émirats arabes unis et la Jordanie.
Deuxième niveau de cette gouvernance pour Gaza : un groupe dont feraient notamment partie l'émissaire américain Steve Witkoff et le gendre du président Trump, Jared Kushner, a détaillé le Financial Times. Il superviserait – au troisième niveau – un comité technocratique palestinien composé de 15 membres.
Ali Shaath, ancien député de l'Autorité palestinienne (AP), a été désigné comme chef de ce groupe de technocrates. Dans une interview donnée mercredi à la radio palestinienne Basma, il se félicitait de ce comité palestinien issu selon lui "d'une décision internationale et d'un consensus arabe". Et d'insister : "Tous les États arabes, sans exception, ont soutenu cette décision et ont affirmé l'importance et l'utilité" d'une telle entité.
Fait rare, la liste des membres de ce comité de technocrates a été approuvée à la fois par le Hamas et par son rival au pouvoir en Cisjordanie, le Fatah, selon des sources égyptiennes et palestiniennes interrogées par l'agence Reuters.
Des questions cruciales en suspens
La question du désarmement du Hamas reste cependant en suspens, alors qu'elle figure parmi les conditions d'un retrait militaire israélien de Gaza dans le cadre du plan de transition. Le corps du dernier otage israélien encore détenu dans l'enclave, Ran Gvili, doit aussi être restitué, insiste Israël. En visite mercredi dans la famille de cet homme alors que les États-Unis faisaient leurs annonces, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a assuré que "la décision de créer un comité de technocrates chargé d'administrer Gaza n'aura aucune incidence sur les efforts déployés pour rapatrier Ran en Israël."
De leur côté, de nombreux observateurs palestiniens craignent que les besoins des Gazaouis soient sacrifiés sur l'autel des intérêts américains et israéliens. "On a entendu parler du désarmement du Hamas, du nouveau gouvernement, mais pas de l'amélioration de nos vies", regrette le journaliste Rami Abou Jamous.
Une mise sous tutelle "aux allures d'occupation étrangère"
L'architecture de cette gouvernance, "censée être temporaire" au regard des Nations unies, "ne doit pas masquer la nécessité d'une gouvernance palestinienne" à terme, rappelait pour sa part Inès Abdel Razek, directrice du Palestine Institute for Public Diplomacy (PIPD) à Ramallah. "Ces technocrates, quels qu'ils soient, ne sont pas redevables à la population palestinienne, mais à une entité aux allures d'occupation étrangère", estime-t-elle.
Inès Abdel Razek souligne par ailleurs que la première phase de trêve n'a pas rempli ses promesses. Depuis qu'elle est entrée en vigueur le 10 octobre 2025, 449 civils ont été tués par des frappes israéliennes, et la réouverture des trois points de passage prévus par le plan de Donald Trump pour l'aide humanitaire n'a pas eu lieu.
Le 1er janvier 2026, Israël annonçait par ailleurs sa décision de ne pas renouveler l'autorisation de 37 ONG internationales d'exercer à Gaza dès fin mars. Le gouvernement évoquait leur non-adhésion aux nouvelles règles édictées en décembre 2024 qui exigent la divulgation d'informations concernant les travailleurs humanitaires et les donateurs. Il annonçait aussi qu'elles seraient exclues en cas de soupçon d'antisémitisme, de négationnisme, de soutien au terrorisme ou d'appel au boycott d'Israël.
