Le Kenya fâche Kinshasa en nommant un consul à Goma
Le mois dernier, l'Ouganda avait déjà ouvert ses frontières avec les zones sous contrôle des rebelles.

- Publié le 19-08-2025 à 06h36

Les tensions entre le Kenya du président William Ruto et la République démocratique du Congo de Félix Tshisekedi sont reparties à la hausse ce vendredi 15 août. En cause ? La désignation par les autorités de Nairobi d'un consul du Kenya à Goma, ville gérée par la rébellion de l'AFC/M23 depuis sept mois.
"Iinapproprié" selon un communiqué de Kinshasa qui a expliqué, le 16 août, ne pas avoir été informé de la décision kényane. La ministre congolaise des Affaires étrangères, Mme Wagner, s'est ensuite entretenue avec son homologue kényan "pour faire le point sur les relations bilatérales".
Mais ce lundi, Nairobi n'avait pas changé d'avis. "Les autorités kényanes savaient que cette décision fâcherait le gouvernement de Kinshasa", explique un diplomate longtemps actif dans la région. "La décision n'a pas été prise sur un coin de table. Les autorités kényanes ne reverront pas leur décision."
Parti pour durer
Pour plusieurs interlocuteurs politiques de la région des grands lacs contactés ce lundi, cette décision du président Ruto "démontre que certains responsables voisins pensent que la situation va durer un certain temps."
Tous mettent en avant le poids économique de la région occupée par le mouvement dirigé par Corneille Nangaa. "On est sur un territoire de 40 000 kilomètres carrés et de plus de 20 millions d'habitants", explique un militaire. "Un marché énorme et naturel pour Kigali, Kampala ou Nairobi. Les habitants de Goma ou de Bukavu ne regardent pas vers Kinshasa, qui se trouve à près de 2000 kilomètres et qui ne parle pas leur langue."
Tous les interlocuteurs insistent aussi sur le fait que l'Ouganda, poids lourd de la région et voisin direct de la RDC, a réouvert ses postes frontaliers avec la zone contrôlée par l'AFC/M23 depuis le 10 juillet dernier, "ce qui rapporte beaucoup d'argent de part et d'autre. Kinshasa avait aussi dit son agacement face à cette situation. Le 11 juillet lors d'un conseil des ministres, la cheffe de la diplomatie, Mme WagMme avait été invitée à prendre des dispositions afin d'obtenir des explications claires de la part des Ougandais. Mais rien de tout cela n'a freiné Kampala, très pragmatiques".
Pression américaine ?
Les pourparlers de paix entre le gouvernement et l'AFC/M23, qui selon diverses sources à Kinshasa, pourraient reprendre cette semaine à Doha, la capitale du Qatar, ne convainquent aucun interlocuteur. Même constat pour les éventuelles pressions américaines pour obtenir un retrait du mouvement rebelle de Goma ou Bukavu. En cause, notamment, le nombre d'hommes recrutés et formés dans les rangs rebelles. "Ils sont approximativement 20 000 quand le mouvement a commencé avec 1 000 hommes", poursuit notre militaire qui indique aussi que c'est la 15e promotion des cadres politiques du mouvement qui s'est terminée récemment. "Que deviendraient ces hommes en cas de retrait unilatéral de l'AFC/M23?".
"Il n'y aura pas de solution si les rebelles ne sont pas associés d'une manière ou d'une autre au processus de gestion de la région. Tous les négociateurs africains l'ont compris, j'espère que cette donne a été intégrée aussi à Washington et Doha, sous peine d'aller vers de grosses désillusions", enchaîne un diplomate qui "n'imagine pas les Américains ou les Qataris intervenir militairement sur le sol congolais."
Tous conviennent que le pouvoir congolais dispose de grandes ressources financières. "Kinshasa peut se permettre d'acheter tous les arsenaux possibles, il peut même encore recourir à des mercenaires étrangers et il ne s'en prive pas. Mais personne ne connaît le terrain et pour les rebelles, c'est une question existentielle".
Pas un mot sur les forces armées congolaises. "Parce que cette armée n'existe pas. N'existe plus. C'est le talon d'Achile de Félix Tshisekedi, continue le militaire swahiliphone. "Et tous les officiers sérieux de cette armée croupissent dans les cachots congolais."
L'annonce de l'arrivée prochaine du consul kényan à Goma est une victoire pour la rébellion et la démonstration d'un évident isolement de Tshisekedi, au moins dans l'est du continent.