Le directeur du FBI préfère démissionner qu'être limogé par Donald Trump
Christopher Wray a annoncé qu'il renoncerait à ses fonctions avant la passation de pouvoir à la Maison-Blanche. Son départ était inévitable dès lors que Trump lui a d'ores et déjà choisi un successeur en la personne de Kash Patel.

- Publié le 12-12-2024 à 20h03

Christopher Wray a choisi de lever lui-même le dernier obstacle à la désignation d'un nouveau directeur du FBI par Donald Trump en annonçant, mercredi, qu'il abandonnerait ses fonctions avant la passation de pouvoir à la Maison-Blanche, le 20 janvier prochain. Nommé pour dix ans par l'ancien Président, en août 2017, M. Wray quittera donc son poste deux ans et demi avant l'échéance normale, une décision prise pour lui épargner l'humiliation d'un limogeage, alors que le nom de son successeur, Kash Patel, avait déjà été rendu public le mois dernier.
"C'est le meilleur moyen d'éviter d'entraîner le Bureau plus profondément dans la mêlée, tout en renforçant les valeurs et les principes qui sont si importants dans la manière dont nous accomplissons notre travail", a sobrement commenté Christopher Wray, en s'adressant aux employés du FBI. "J'aime cet endroit, j'aime notre mission, et j'aime nos gens", a-t-il ajouté, avant de quitter la salle sous une "standing ovation", serrant des mains tandis que certains essuyaient une larme, a rapporté la presse américaine.
Le sort du huitième directeur du FBI était scellé dès la victoire de Donald Trump connue, au soir de l'élection présidentielle du 5 novembre. On sait à quel point les relations du milliardaire new-yorkais avec le Bureau fédéral d'enquête ont toujours été conflictuelles, et combien il lui tardait de pouvoir régler de nouveau ses comptes avec les responsables d'une agence à qui il n'a cessé de reprocher aussi bien un prétendu acharnement à son égard qu'une tout aussi hypothétique complaisance à l'égard de ses adversaires démocrates.
Le limogeage de James Comey
Il n'avait fallu que trois mois à Donald Trump, après son arrivée à la Maison-Blanche en janvier 2017, pour que ses rapports avec le FBI tournent à l'aigre. Alors que d'aucuns s'interrogeaient sur une ingérence russe dans la campagne de 2016 et sur son rôle éventuel dans la victoire du candidat républicain, le nouveau Président exigea du directeur du FBI, à l'époque James Comey, qu'il témoigne d'une loyauté sans faille à son égard. Comey, un Républicain nommé par Barack Obama en septembre 2013, s'y refusa. Trump le limogea, le 9 mai 2017.
Pour lui succéder, le Président jeta son dévolu sur un avocat new-yorkais formé à Yale, Christopher Asher Wray, qui avait gravi les échelons de l'appareil judiciaire sous George W. Bush, jusqu'au poste d'Assistant Attorney General. Donald Trump loua d'abord ses mérites, mais les rapports entre les deux hommes ne mirent pas longtemps à se dégrader, Trump dénonçant avec toujours plus de véhémence la "chasse aux sorcières" à laquelle, selon lui, le FBI prêtait son concours. La rupture fut consommée dès le sommet russo-américain du 16 juillet 2018 à Helsinki, quand Donald Trump, à la stupéfaction générale, déclara faire autant, sinon plus confiance à Vladimir Poutine qu'à ses propres services de renseignement, FBI en tête.
Fatale perquisition à Mar-a-Lago
L'hostilité a atteint un point de non-retour avec la perquisition du 8 août 2022 à Mar-a-Lago. Le FBI cherchait, dans la résidence de Donald Trump en Floride, les documents top secret que l'ancien Président y avait illégalement conservés. Ce dernier jugea l'initiative aussi vexatoire qu'inutile. Un excès de zèle qu'il a depuis opposé à l'incapacité du Bureau d'empêcher les deux tentatives d'assassinat de l'été 2024 contre lui.
En remplaçant Wray par Kash Patel, Donald Trump entend faire payer au FBI son attitude envers lui. L'agence doit se préparer au mieux à une purge, au pire à une restructuration aux allures de démantèlement. Patel, un complotiste nourri des idées du mouvement d'extrême droite QAnon, est obsédé par le "Deep State", une coalition supposée d'élites de la politique, des médias et du Big Tech à laquelle le FBI offrirait refuge et protection. Sous sa direction, le Bureau se prépare donc à vivre des années pour le moins agitées.