"Sur un thème, Donald Trump est dans le domaine de la malhonnêteté intellectuelle"
L'économiste était l'invité de Maxime Binet ce mardi matin dans le Café Sans Filtre. Et impossible évidemment de ne pas évoquer l'information du moment: l'investiture du nouveau président américain qui a promis de frapper fort.
- Publié le 21-01-2025 à 10h52
- Mis à jour le 21-01-2025 à 12h02

"Nous sommes dans un monde qui va mal, parce que pour avoir envie de voter Trump, il faut vraiment aller mal dans sa tête." Etienne De Callataÿ n'a pas fait de mystère à propos de l'investiture du 47e président américain: il est inquiet.
Notamment concernant l'Europe et la guerre commerciale que Trump veut mener avec la Chine. "Il faut aussi aller mal dans le portefeuille pour avoir choisi Trump, mais les maux sont surtout mentaux. Même si cette élection signifie aussi que ce monde a besoin de changements. Même si les Américains n'ont pas choisi le bon cheval ou le bon remède."
Pour lui, les Américains ont basculé avec un monde qui appartient au passé. "En réalité, le slogan 'Make America great again', c'est rendre son prestige. Le présent est source d'insatisfaction pour l'électeur et le futur fait peur. Par conséquent, il y a une seule solution : c'est de regarder dans le passé et de penser que le passé était glorieux."
Ce cofondateur économiste auprès d'Orcadia Asset Management et ancien conseiller auprès de personnalités politiques a aussi décortiqué l'une des mesures fortes à l'égard des Européens avec une augmentation des frais de douane. "Pour moi, ce n'est pas une erreur de stratégie politique puisque ce thème a été déterminant dans la campagne. Par contre, on est dans le domaine de la malhonnêteté intellectuelle. L'erreur est avant tout économique. La première victime sera le consommateur américain pour qui ce sera plus onéreux de mettre des jouets sous le sapin de Noël à la fin 2025."
L'économiste ne croit pas à cette mesure sur du long terme. "Je pense qu'il va vite s'en rendre compte et qu'il va changer son fusil d'épaule. Donald Trump est un opportuniste. Il va utiliser l'arme tarifaire de manière discriminatoire. En réalité, il va dire aux entreprises : 'soyez gentil avec moi ou bien je vous impose des tarifs douaniers'. Ce ne seront donc pas des tarifs généralisés, mais personnalisés."
Comment l'Europe doit-elle se positionner face aux États-Unis ?
Actuellement, les pays se positionnent différemment par rapport aux élections. Certains en ont peur, d'autres veulent absolument collaborer. Pour Etienne De Callataÿ, le dialogue va être primordial avec nos alliés US. Même si l'Europe va devoir faire valoir ses intérêts. "Notamment sur les géants de la tech", embraye-t-il. "Il serait inconcevable que nous abandonnions nos exigences en termes de respect de la vie privée, de concurrence ou de pratiques éducatives. Il ne faut surtout pas faire courbe rentrante devant les grands industriels qui seraient appuyés par Trump."
En revanche, il va falloir céder du terrain sur d'autres sujets. "Comme les budgets de la défense par exemple. Il faut accepter que nous ayons aujourd'hui à augmenter le budget. On a trop longtemps bénéficié du parapluie américain sans payer pour. Il vaut mieux dépenser un petit peu plus, à la fois pour sa sécurité et pour son autonomie."
Un modèle qui se généralise dans le monde ? "Un exemple belge peut rassurer"
Etienne De Callataÿ n'est pas le seul. Mais il est particulièrement inquiet de la montée des extrêmes. "Ce qui se déroule dans le monde n'est pas propre à Monsieur Trump. De l'Argentine à d'autres pays européens, on voit que cette manière d'aborder les choses a un certain écho sur le plan électoral."
Ce qui signifie qu'il va falloir s'habituer à voir ce type de personnalités au pouvoir. "Je pense que, malheureusement, aujourd'hui, la vue tempérée n'est pas toujours récompensée."
Éternel optimiste, l'économiste estime pourtant qu'il y a des éclaircies dans la grisaille. Et notamment en Belgique. "Les élections de juin dernier ont plutôt été mauvaises pour des partis qui auraient été extrémistes ou fort radicaux. Et on a vu un parti relativement centriste, "Les Engagés", auteur d'un discours tempéré, faire beaucoup mieux qu'attendu. Donc il ne faut pas désespérer de l'électorat. Mais force est de constater qu'une bonne part de cet électorat cherche un discours de changement profond."
