Qui est Gustavo Petro, le président guérillero qui a mis un genou à terre face à Donald Trump
Face aux pressions américaines, la Colombie a finalement accepté dimanche le rapatriement d'immigrés colombiens expulsés par Washington.
- Publié le 29-01-2025 à 07h58

Les États-Unis ont eu le dernier mot face à la Colombie. Donald Trump a finalement suspendu dimanche soir sa menace de mettre en œuvre une série de sanctions contre Bogota qui, sous la contrainte, a accepté les conditions imposées par le président américain pour le rapatriement d'immigrés expulsés par Washington. Les tensions s'étaient accrues de façon spectaculaire entre les deux partenaires commerciaux ce week-end, après que la Colombie a refoulé des avions militaires américains rapatriant des migrants colombiens.
Au plus haut de ce bras de fer, le président colombien Gustavo Petro avait fait savoir sur X qu'" un migrant n'est pas un criminel et doit être traité avec la dignité qu'un être humain mérite". "Vous pouvez essayer de faire un coup d'État avec votre puissance économique et votre arrogance, comme ils l'ont fait avec (l'ancien président chilien Salvador) Allende. Mais je mourrai dans mon droit, j'ai résisté à la torture et je vous résiste", a-t-il ajouté. La trajectoire politique cet ancien guérillero a été marquée par son opposition aux élites traditionnelles et son engagement en faveur des réformes sociales et environnementales.
Exilé en Belgique
Premier dirigeant de gauche du pays, Gustavo Petro est né en 1960 au sein d'une famille de la classe moyenne, d'un père italien conservateur et d'une mère colombienne progressiste. Dès 18 ans, il rejoint le Mouvement du 19 avril, le M-19, groupe de guérilla impliqué dans le conflit armé colombien de 1974. Grand admirateur du Nobel de littérature Gabriel Garcia Marquez, il prend le nom d'Aureliano, colonel et personnage central de "Cent ans de solitude", pendant sa clandestinité. En 1984, il est torturé et emprisonné pendant près d'un an et demi pour ses activités militantes. Durant sa détention, il sera accusé d'être impliqué dans la prise du palais de justice de Bogota de 1985 – aucune preuve n'a jamais été établie.
La démobilisation du M-19 marque les premiers pas en politique légale de Gustavo Petro. L'année suivante, il est élu membre de l'Assemblée constituante de 1991, qui a rédigé la nouvelle Constitution colombienne. Il a alors 31 ans. Menacé de mort à plusieurs reprises, il est contraint de s'exiler trois ans en Europe, plus précisément en Belgique. Durant cette période, il obtient un diplôme en études du développement de l'Université catholique de Louvain (UCL) et se sensibilise aux enjeux écologiques.
Parcours politique
À son retour en Colombie, il gravit les échelons politiques, devenant sénateur en 2006. Gustavo Petro dénonce alors à plusieurs reprises la corruption des politiques et leurs liens avec des groupes paramilitaires d'extrême droite, et participe à la médiatisation du "scandale des faux positifs" (des meurtres de civils commis par l'armée nationale dans le but de les faire passer pour des guérilleros, et ainsi gonfler les chiffres officiels).
De 2012 à 2015, il devient maire de Bogota, un mandat durant lequel il est impliqué dans diverses polémiques, notamment une passation de marché considérée illégale et ayant entraîné sa destitution. Il sera finalement rétabli à son poste par la suite, sur ordre du Tribunal supérieur de Bogota. Après plusieurs tentatives infructueuses, il remporte finalement l'élection présidentielle face au riche homme d'affaires et candidat indépendant Rodolfo Hernandez le 19 juin 2022, avec 50,44 % des voix.
Son genou à terre face au milliardaire Donald Trump dimanche a sonné comme un avertissement dans toutes les capitales de la planète. La présidente du Honduras Xiomara Castro a d'ores et déjà appelé à une réunion "urgente" des présidents et chefs d'État de la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes (Celac) le 30 janvier pour discuter de la question migratoire.
